Duel acrobatique

J’aime beaucoup ce clip. Je l’ai aimé tout de suite. Aucuns préliminaires, un coït immédiat. Le clip en question donne vie à la chanson Try, tirée du dernier album de la chanteuse Pink – aucune parenté avec la panthère rose – The Truth About Love. Je le trouve bestial et sensuel, et suffisamment suggestif pour reprendre goût au désir. Il est brutal, à l’image de cette relation d’amour et de haine qui électrise les deux personnages. Envoûtant ? Sans doute. Réussi ? Indéniablement. Esthétiquement donc, il n’ y a rien à redire. C’est original et la mise en scène est léchée, nerveuse et dense. Cela tient de la prouesse physique quand on voit ce duo combattre et se soutenir l’un l’autre, dans un effort qui peut paraître surhumain si on n’a pas de bons lombaires. Tout à fait le genre de numéros que le Cirque du Soleil, ou toute compagnie de ce calibre, aurait pu sortir de son chapeau. Ça file la gaule je trouve. On ne boude pas sa bandaison, et je ne parle pas des protagonistes de ce clip qui raviront autant la gent masculine que féminine, qui se pâmeront devant leur plastique impeccable et leurs enchaînements toniques. On dirait des gymnastes qui voltigent d’un sentiment à l’autre, sans filet. Une belle métaphore de la vie. Up and down, je t’aime moi non plus – la France et le Québec en somme -, bref, une belle séquence de la bestialité humaine, de sa versatilité, avec ses courants contraires. Ne nous voilons pas la face : l’amour est troué de doutes.

Mais soyons un tant soit peu moins sérieux dans notre description musico-artistique. Que voit-on dans ce court-métrage ? Un couple qui a dû mal à joindre les deux bouts, si l’on se réfère au décor monacal de leur appartement, réduit à quelques chaises et fauteuils hideux, un escabeau, et un matelas encore prisonnier de son emballage en plastique. Ou alors ils ont une appétence pour l’épure, façon art contemporain glacial qui repousse les convives et pousse au suicide. Ou bien encore ils préférent noyer leur pauvreté dans une simplicité outrancière, là où d’autres auraient foncé tête baissée dans le stupre et la fornication. On devine, du moins c’est ce que laisse penser le corps à moitié dénudé de la chanteuse, qu’ils tuent le temps en faisant un peu de peinture ou de coloriage (mais avec des gros feutres alors), voire qu’ils snifent des lignes de coke de différents parfums. C’est un peu comme les enfants qui commencent à dessiner sur une feuille et finissent leur apprentissage de l’art sur leur corps, généralement les mains et le visage. Pink, c’est pareil, elle en fout partout, jusque dans sa chevelure platine. Pas super excitant, sauf si vous avez l’âme artistique, le pinceau prêt à dégouliner sur ce tableau en gestation. Ah, la poésie…

Côté tenues, ils font là encore dans le léger, la palme de l’originalité – ou du « je me casse pas trop le cul en m’habillant avec ce que je trouve » – revenant haut la main à Pink, qui a trouvé son bonheur dans une doublure de rideau, dont la transparence a le don de mettre ma libido à rude épreuve. Un accoutrement à la Mad Max, à la fois tribal et sexy. On remarquera, dans leur chorégraphie enfiévrée, que la dame arbore quelques tatouages, dont le plus imposant trône sur sa cuisse gauche. Le degré d’importance de cette info ? Proche du néant, c’est simplement pour démontrer par le détail qui tue que je suis un observateur impitoyable… C’est pareil au quotidien : un vrai scanner sur pattes.

Par moments, on passe dans le jardin immense de leur demeure minable, qui doit faire à vue de nez la superficie du Luxembourg. On constate au passage un laisser-aller dans l’arrosage du gazon, si l’on se fie au panorama plutôt aride et la jaunisse de l’herbe. J’ai aussi noté une scène ô combien frustrante pour l’obsédé sexuel que je suis, lorsqu’on aperçoit le bellâtre se pencher sur sa partenaire, lui écarter les jambes… et se servir de son pied pour lui soulever le bassin. J’avais pas vu venir l’arnaque. J’avoue que le scénario est bien foutu car tout le monde – enfin je veux dire moi – a cru à un dérapage sexuel qui reste au stade des intentions dans ce clip à la limite de l’érotisme subliminal.

Quelques bonnes idées toutefois, notamment pour les couples en quête de piment : se servir de sa partenaire comme d’une haltère avant de la balancer sur le lit (on évite le matelas futon ou la planche à clous du fakir), ou on la maintient sur ses épaules en lui demandant de faire le poirier. L’acrobatie à laquelle je fais référence nécessite, on s’en doute, de longues heures d’entraînement, et pourra, le cas échéant, être un moyen comme un autre de faire comprendre à votre moitié que vous avez besoin d’un break…

Il va sans dire que tous les amoureux de cette Terre sont loin d’être aussi homogènes physiquement parlant. Si la différence de poids est trop importante, on évitera certaines figures, ou on fera appel aux services d’un cascadeur, et en dernier recours d’une grue pour les embonpoints les plus extrêmes.

À la toute fin du clip, on a quand même droit à un peu de clairvoyance de la part de Pink et Jerry (je trouve que ce prénom lui sied bien), puisqu’ils se balancent à la gueule leurs chaises des années 70, qui finissent sur la pelouse léprosée de leur terrain moribond. Le final tient davantage du manga, lorsque, après une course effrénée, ils se projettent dans les airs, ce qui laisse supposer un autre choc violent, ou une boule de feu qui va décimer la planète, entre ces deux amants, ou, devrais-je dire, ces deux aimants qui s’attirent, à défaut de consommer…

 

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