Cadeau ou gâteau ?

Avril 2013.

Un an de plus. Ça change quoi ? Pas grand-chose. Ça dure 24 heures et puis tout est oublié, vidangé. Une journée pour penser un peu à soi, comme si tout autour de vous le monde s’était arrêté. On repense à l’heure de sa naissance, par exemple. Forcément. Si vous ne le faites pas, d’autres s’en chargent pour vous. D’autres… enfin je veux dire ma mère. Je suis né à 10h10, pas bien compliqué à retenir quand on a passé son permis de conduire. Le pilote fraîchement émoulu applique à la lettre ce qu’on lui a appris, en gardant ses deux mains sur le volant, la petite aiguille gauche sur le 10, la grande main droite sur l’autre 10. Voilà, c’est le résumé de mon arrivée sur Terre : je suis né sur un volant. Pas étonnant que j’ai à ce point la bougeotte…pastedGraphic.png

Avec les années, les fêtes se font plus rares, les cadeaux moins nombreux. Ils perdent de leur charme et de leur nécessité. À vrai dire, ce n’est pas ça qui compte. Tous ces présents ne sont qu’une manière de respecter un protocole gravé dans le marbre. Vous aurez beau répéter que ce n’est pas l’essentiel, les gens débarqueront toujours avec une attention. C’est comme ça, on n’y peut rien. C’est mignon, mais cela ne constitue pas l’essence d’une authentique relation.

Cette année, j’ai fait dans le léger. Rien dans mes jumelles pour fêter cet anniversaire dont je tairais le nombre de bougies, sans doute pour attiser les spéculations. Sur Facebook, certains ont été étonnés de constater que je célébrais mon 103e printemps. Sur Facebook, on peut noyer le poisson dans des tas de bocaux. La jeunesse, après tout, c’est dans la tête. Les rides du corps ne sont heureusement pas celles du cœur et de l’esprit. 

Je me suis contenté d’un petit plaisir, moi qui ait toujours eu horreur des superlatifs. Ma vie est parsemée de petits riens, et je continue à m’émerveiller de tout comme au premier jour. Le premier jour, justement, on ouvre de grands yeux devant le visage attendri de sa maman, et c’est ce bonheur immédiat qui doit, en théorie, guider vos pas pour le restant de votre existence. Moi, pour mon anniversaire, j’ai juste décidé de ne pas faire l’impasse sur le gâteau. Parce que je suis un fieffé gourmand. Le sucre, le sexe, même constat, même péché véniel, même si le second s’est fait plus distant, ce qui a le mérite d’alimenter bien des conversations à mon égard. Pas de gonzesses, pas de mioches, pas de bague au doigt : vous dénotez dans un monde formaté où les gens différents sont comme des bêtes de foire. 

Le gâteau d’anniversaire, on n’y peut rien, il s’incruste. Les cadeaux sont secondaires, mais pas lui. C’est cette petite tentation bien légitime que j’ai voulu assouvir. Alors je suis parti en quête d’un petit endroit où je pouvais me sucrer le bec. J’ai fondu pour un délice au chocolat fourré aux noix de pacane (ou noix de pécan). Bien sucré, compact. Petit mais costaud. Une bouchée pour s’en mettre plein les dents et sentir la décadence envahir le palais et le ventouser à la langue. Quand on mâche une cochonnerie, on rumine son plaisir, on savoure au ralenti les fragrances enjouées, on devient un légume sous l’effet dévastateur de la gourmandise. Tout autour de vous, le néant. Exit le soleil, les badauds radieux sous le printemps renaissant, exit ce décor qui se dilue dans une assiette maculée de calories, comme autant de traces d’un massacre à peine perpétré. Le café sans sucre vient faire contrepoids à cet excès soudain, avec cet effet déculpabilisant qui laisse planer la tentation d’une suite à ce débordement gustatif.

Un café, un gâteau décadent. Il n’en fallait pas davantage pour embellir cette journée particulière. Comme j’aime à le répéter, ce sont les petits plaisirs qui font les grandes existences. Inutile de se casser les méninges pour revendiquer sa part de bonheur. 

Amen.

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