Maudit Gatsby…

Je suis allé voir le dernier film de Baz Lhurman, Gatsby le magnifique. Sauf qu’en assistant à la réminiscence de sentiments enfouis entre Gatsby/DiCaprio et son amour de toujours, c’est un autre long-métrage du réalisateur qui est remonté à la surface. Car ce Great Gatsby m’a fait penser à Moulin Rouge, et par ricochet à une histoire vécue par l’auteur de ces lignes.

J’étais devenu Christian, le personnage incarné par Ewan McGregor, et mon cœur battait la passion pour celle qui était à mes yeux une Satine plus que parfaite. Je ne savais plus alors si ce que je vivais appartenait à la réalité ou était simplement le fruit d’un scénario dont la fin tragique, inéluctable, me déchirait. J’ai connu le nirvana et la descente aux enfers, l’index appuyé sur la gâchette d’un revolver que j’appellerai le destin, ou la fatalité. J’ai bafoué jusqu’à mes principes les plus sacrés pour une femme qui aurait rendu le soleil fou de jalousie. Je lui ouvrais la porte et c’était l’apesanteur, le sol devenait plus moelleux. Je ne voyais pas les nuages qui amortissaient mes pas mais je les sentais me porter. Quand nous nous enlacions, des meutes de frissons venaient aboyer sur nos épidermes. Serrés l’un contre l’autre, nous étions un peu comme ces enfants siamois qu’on ne peut pas séparer. Elle et moi, c’était une évidence, le genre d’histoire habituellement réservée au cinéma. Nous avions notamment en commun cette fameuse comédie musicale signée Baz Lhurman, en ayant alors l’impression d’être des copies, ou en tout cas des reflets des deux personnages principaux. J’étais ce bohème sans le sou, poésie à fleur de mots, et elle était cette courtisane destinée à un autre. 

Satine a d’abord été une amie, et notre complicité ne m’avait jamais laissé entrevoir ce qui allait se passer. Quand ladite complicité a changé de trajectoire, son couple battait de l’aile. Voyant qu’elle était délaissée, ce que je ressentais comme une injustice, je m’étais mis en tête de la consoler, comme un ami digne de ce nom est censé le faire. La consoler, cela voulait dire lui remonter le moral, la faire rire, en attendant que l’orage passe. Sauf que ça ne s’est pas déroulé exactement comme ça. Un grain a enrayé la logique. Des graviers partout sur la route et un dérapage incontrôlable. Encore aujourd’hui, toutes ces années après, je ne sais pas ce qui s’est passé. Les textos ont fini par devenir équivoques et les coups de téléphone moins espacés. Nous étions déjà amants avant de nous embrasser, comme si nous sentions arriver l’inévitable. Nos regards ont à de nombreuses reprises remplacer nos bouches. Ils disaient des tas de choses derrière nos pupilles exaltées. Ils bavardaient sans un mot, et bien que muets, ils nous inondaient les tympans. Quand nous nous sommes embrassés la première fois, j’ai ressenti comme une décharge, comme si on m’avait ouvert la poitrine pour écouter ce que mon cœur avait à crier. Je venais de franchir le Rubicon, en m’emparant de celle qui était la compagne d’un homme que je considérais comme un frère, avec lequel je vivais une autre science-fiction de sentiments. Je les aimais autant l’un que l’autre, de façon différente bien sûr.

Une fois le poison dans nos veines, nous étions devenus accros à la présence de l’autre, et la moindre de nos rencontres, même la plus courte, nous faisait un bien fou. On recollait nos morceaux et notre solitude en nous serrant fort, comme des amants aimants. On aurait pu rester ainsi des heures, coincés dans cet ascenseur qui nous faisait monter très haut. Nous jouions avec le feu, nous en étions conscients, mais elle était mon insuline et j’étais sa morphine. Nous foncions vers un avenir incertain, mais nous vivions cette histoire fantastique avec l’insouciance de deux ados qui défient les convenances. Nous dénotions dans la bienséance, mais peu importait. Et à aucun moment ces fichues caméras qui nous auraient rendu un fier service. Sauf que la fiction n’était pas à l’ordre du jour. C’était elle et moi, au plus que parfait du présent.

Notre idylle a fini par être démasquée, et ce moment fut terrible à vivre. Des semaines à me cogner la tête contre le mur de mes idées noires, à regretter le mal que j’avais pu faire, mais par-dessus à refuser d’accepter que je n’allais plus la revoir. Je me raccrochais à toutes les traces qu’elle avait pu laisser, et je persistais à penser que nous deux, ça méritait une suite, une saga avec des petits cœurs partout. J’avais contribué à son bonheur, et rien que pour ça, j’en étais heureux. Je la voyais fâner à vue d’œil, et je jubilais lorsqu’elle s’épanouissait dans mes bras, dans une cage d’escalier plongée dans la pénombre ou sur un canapé qui voguait vers notre imaginaire. Je l’aimais oui, intensément, et elle m’aimait aussi. J’ai franchi un océan pour tenter de l’oublier, mais il y a toujours des chansons et un film pour me rappeler qu’elle est enfouie en moi. 

Gatsby-le-magnifique_scaledown_450Cette histoire foudroyante aura été comme une victoire à la Pyrrhus quand j’y repense. Beaucoup de dégâts et de pertes pour quelques semaines de paradis. Mais je préfère cent fois le remord, même lancinant, au regret corrosif, qui vous ronge pour le restant de vos jours. Satine aura toujours une place dans mon petit royaume. Elle était magnifique, comme Gatsby.

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