La grande évasion

Marcher pour s’aérer les bronches et les neurones. Respirer la vie, prendre le temps de regarder, les yeux levés aux ciel, les yeux comme des girouettes, à balayer le monde et toutes ces choses auxquelles on ne prête jamais attention, le nez toujours dans la même direction, de la routine plein les narines.

Beau temps oblige, j’ai plongé tête la première dans cet océan si familier, avec ses voitures sans branchies et ses milliers d’hippocampes vaquant à diverses occupations. La mer des hommes est aussi polluée que celle des poissons, mais en déviant un peu des trajectoires habituelles, on trouve encore des lieux où amarrer ses fuites.

Quand l’apnée du dedans devient insupportable, il faut s’évader, hameçonner la vie extérieure avec un peu d’envie. Le plus important, toujours, est de laisser sa boussole dans sa poche. Le hasard est le meilleur des guides, et le tournis de ses aiguilles un peu folles procure une enivrante sensation. Parfois, une balade, c’est une grande inconnue, une quête de petites surprises dans un quotidien qui en regorge. Elles sont comme les microbes. Il y en partout mais on ne les voit pas…

J’aime flâner dans Montréal quand les beaux jours la rende si séduisante. Quand le printemps ressurgit, elle se pare de vert avec une rapidité déconcertante, en faisant flotter son bel art de vivre comme une robe dévergondée par les assauts du vent. Après, à chacun ses havres de détente, ses îlots de décompression, ses bouées de sauvetage. Moi, j’ai tendance à me perdre toujours dans les mêmes endroits, loin des gratte-ciels si froids du centre-ville, avec ses badauds trop pressés et son commerce dégueulant. 

Il m’arrive de rôder dans le quartier d’Outremont, avec ses maisons cossues, sa communauté juive austère et sa verdure enrobée. C’est une façon comme une autre de rêver par procuration, d’imaginer ce que serait sa vie dans des demeures aussi imposantes. Dans ce secteur, les allées ombragées et les arbres opulents déconnectent le promeneur du brouhaha urbain. Il fait bon s’attarder dans cette quiétude contagieuse. Il y a un petit parc, bucolique au possible, où je m’arrête fréquemment. Je ne connais pas son nom, mais mon GPS d’épicurien m’y emmène sans encombres. Les familles, les contemplatifs, les couples s’y donnent rendez-vous. Un petit bassin embellit ce cadre paisible.

J’y ai posé mes fesses le temps de quelques minutes de lecture. Il restait un banc de libre, je ne me suis pas fait prier. J’alternais le livre et l’observation du monde devant moi, avec ses cris d’enfants, ses remontrances d’adultes et ses binômes aux cheveux gris arpentant, main dans la main, ce périmètre sacro-saint.

Quand je me suis relevé pour continuer pour chemin, je savais que j’allais revenir. C’est toujours comme ça.

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