Daphné : la belle parenthèse Barbara

Deux ans après son album Bleu Venise, Daphné s’offre une belle parenthèse avec un CD de reprises consacré à une icône de la chanson française : Barbara. Intitulé sobrement Treize chansons de Barbara, le disque est l’occasion de réécouter quelques grands classiques comme GöttingenMa plus belle histoire d’amour, ou encore L’aigle noir. La chanteuse et parolière traversera l’Atlantique au mois de juin pour présenter cet opus tout en délicatesse au public montréalais, dans le cadre des FrancoFolies.

Photo : Claude Gassian.

Photo : Claude Gassian.

Commençons par la grande question : pourquoi Barbara ?

Au départ, ce n’est pas mon idée mais une invitation de Thierry Lecamp, animateur sur Europe 1 (ndlr : une radio française), qui m’a proposé de chanter Barbara sur scène pour lui rendre hommage. En me plongeant dans ses chansons, j’ai eu envie d’en faire un disque. Cela s’est fait très rapidement, très spontanément et avec beaucoup d’enthousiasme. 

Vous aviez déclaré être incapable d’écouter ses chansons en entier, tant sa voix et sa vérité vous faisaient pleurer…

C’est vrai que je ne l’écoutais pas énormément à cause de ça. Du coup, quand on m’a invitée à la chanter, j’ai découvert beaucoup de ses chansons.

D’autres artistes vous font-ils le même effet ?

Oui, Jacques Brel et Léo Ferré. Je sens quelque chose de très douloureux… 

Vous reprenez treize chansons de Barbara, dont des incontournables. Sur quel(s) critère(s) avez-vous bâti ces choix ?

Il fallait que ce soit des mots qui me parlent, que je puisse y accéder par images. Il y a beaucoup de ses chansons que je trouve très belles, mais elles ne font pas écho avec la personne que je suis. Pour les treize morceaux sélectionnés, je sentais que je pouvais raconter les choses avec sincérité. 

Produire cet album était un pari risqué, car on va forcément vous comparer à l’original…

Je pense surtout à ce que vont ressentir les gens. C’est pour ça que je fais ce métier : pour faire ressentir des choses et pour en ressentir aussi. Mais je ne mets pas dans la tête de quelqu’un qui va me critiquer, sinon je ne ferai jamais rien ! Barbara, évidemment, est inimitable; elle est unique. En reprenant ses chansons, le but n’était pas de lui ressembler, ce qui est impossible. Pour moi, comme je le dis souvent, c’était comme une comédienne qui va jouer une pièce de théâtre qui a déjà été présentée 150 fois. Des tas d’artistes ont chanté Barbara, et il y en aura sans doute d’autres…

Barbara elle-même a repris Brel et Brassens dans deux albums…

Oui c’est vrai. Quand on trouve quelque chose de très beau, on a envie de le faire partager. J’ai fait les choses avec simplicité, j’avais envie de transmettre des émotions. Ce qui m’intéressait aussi, c’était de faire passer l’âme de cette femme, son intelligence à travers ses textes. Tout ça m’a séduite. J’ai essayé de le faire le plus justement possible, avec ma voix et mon tempérament.

Avez-vous l’impression de mieux la connaître après cet album ?

Oui, et c’est très agréable ! Je ne la connaissais pas beaucoup, et du coup j’ai découvert plein de facettes de sa personnalité. C’était une femme que j’admirais, c’est devenu une femme que j’aime.

La pression est-elle plus forte sur scène quand on reprend les chansons d’un monument de la chanson française ?

La pression se situe au niveau de la mémoire des textes. Ça nous arrive à tous d’oublier nos paroles sur scène, on est humain après tout. Sur ses propres chansons, c’est moins grave. Mais quand on rend hommage à une auteure et une mélodiste de ce calibre, on a vraiment envie d’être à la hauteur !

Cet album est très classique dans sa forme et ses arrangements. Était-ce pour vous la seule voie possible pour lui rendre hommage ?

Si j devais l’enregistrer aujourd’hui, je le ferai peut-être autrement, car je suis passée par la scène. Mais pour répondre à ceux qui pensent que ce n’est pas assez audacieux, je leur dirai de le faire eux-mêmes ! Sortir un disque, c’est de toute façon audacieux car on se dévoile beaucoup. Ça l’est aussi de reprendre le répertoire d’une femme comme Barbara, car on sait très bien qu’on sera attendu au tournant et qu’on sera aussi critiquée, et pas toujours pour les bonnes raisons. Encore une fois, cet album correspondait simplement à ce que j’avais dans mon cœur à ce moment-là.

C’est aussi un album de duos. Vous êtes très bien entourée, puisqu’on vous mêlez votre voix à celles de Jean-Louis Aubert, Benjamin Biolay et Dominique A, un artiste dont on ne parle pas suffisamment je trouve… Pourquoi eux ? Comment s’est nouée cette symbiose ?

Pour Jean-Louis Aubert, c’est un peu différent des deux autres. C’est un chanteur que je ne connaissais pas personnellement, je l’ai rencontré à cette occasion. En fouillant dans l’œuvre de Barbara, j’ai découvert qu’ils avaient travaillé et écrit ensemble. Et puis j’aime beaucoup sa voix et la tendresse qu’elle dégage. J’étais très heureuse, car sans me connaître, il a répondu présent, ce qui était vraiment adorable de sa part. 

Dominique, on s’est croisé de nombreuses fois avant cette aventure. On s’entend très bien, c’est quelqu’un qui me fait beaucoup rire. Son œuvre me touche beaucoup, et j’aime aussi sa voix. On s’était dit plusieurs fois qu’on aimerait chanter ensemble. Quand on m’a fait découvrir la chanson La dame brune, j’ai pensé à lui.

Pour Dis, quand reviendras-tu ?, j’avais envie d’en faire un duo et surtout de mettre ces mots dans la bouche d’un homme. Je ne pouvais interpréter cette chanson qu’avec Benjamin. Je le connaît depuis bientôt dix ans, on a déjà eu l’occasion de faire des duos pour la télévision. 

Auriez-vous aimé chanter un duo avec Barbara ? 

Je ne sais pas, car je ne me vois pas lui rendre hommage de son vivant. Mais une chose est sûre : j’aurais adoré aller déjeuner ou dîner avec elle !  

La soirée aurait été longue…

Je pense qu’on ne devait pas s’ennuyer avec elle parce qu’elle était sincère. 

Avez-vous envisagé une suite à cet album hommage ?

Vous n’êtes pas le premier à me poser la question. Peut-être qu’un jour je le ferai, d’autant que sur scène, on joue d’autres chansons, comme Marienbad, que j’adore. Les gens aiment beaucoup cette reprise et trouvent dommage qu’elle ne figure pas sur le disque. Ce n’est pas dans mes projets proches, mais je ne ferme pas la porte. Je reste ouverte aux aventures musicales, et à des propositions. 

Pour le moment, je travaille sur mon prochain disque, qui était déjà sur les rails quand on m’a proposé de chanter Barbara. 

Pour finir sur une chanson de Barbara : et vous, votre plus belle histoire d’amour, c’est… ?

(elle hésite longuement) Comment répondre à cette question tout en gardant une vie privée ? (rires) Je ne sais pas trop quoi vous répondre, mais par rapport au sens de la chanson, elle a su trouver les mots justes pour faire cette déclaration qu’on a tous envie de faire, en tant qu’artiste, quand on monte sur scène.

Entrevue parue sur le site de Camuz (aujourd’hui fermé)

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