Bleu-blanc-bleu

(Je ressors un texte de mes vieux tiroirs pour rendre hommage, à ma façon, à la Saint-Jean-Baptiste, fête nationale du Québec, qui est devenue un peu la mienne… ]

image_drapeau_quebecJ’ai dansé le set carré

Parc Athéna, à Montréal, le jour de la fête nationale. Je rejoins une amie bretonne et ses parents venus lui rendre visite. L’atmosphère est moite, et il règne dans ce petit coin de verdure comme une ambiance de guinguette. La foule est bigarrée, les visages multi-ethniques. Sur une petite estrade, une grappe de musiciens fait chanter et danser la Saint-Jean-Baptiste. Le parc pavoise aux couleurs de la province. C’est le jour de gloire du bleu et du blanc.

La Bretagne ne tarde pas à me mettre au parfum. Elle me parle de set carré et d’une danse à laquelle je vais être initié. Set carré ? J’aurais plutôt parié sur un jeu de cartes, ce qui aurait arrangé mes affaires. À cette heure de la journée, et après six bonnes heures à crapahuter dans la ville sous un soleil de plomb, je n’envisageais que la position assise. Elle fut de courte durée.

Je me suis donc retrouvé face aux musiciens, en com- pagnie de gens excités à l’idée de sautiller et de virevolter sur des musiques traditionnelles. Pour ne pas avoir l’air d’un troupeau de moutons apeurés, un homme d’un groupe folklorique, en bon connaisseur, nous décortique cette partition patrimoniale. Le set carré se danse par groupes de quatre couples. On change souvent de partenaire (rien de sexuel), on se tient par la taille, on valse en bondissant, on forme une petite farandole qui penche à droite puis à gauche. Le couple 1 festoie avec le couple 3, le couple 2 avec le 4, et ainsi de suite. Bref, un beau mé- lange qui nécessite un réel effort de concentration chez le débutant. Pendant que deux des couples sont attelés à leur chorégraphie, les deux autres les observent en tapant dans leur main.

Le problème avec les danses traditionnelles, c’est qu’elles durent ! C’est entraînant, vivifiant même, mais c’est long ! Le chanteur est dans sa bulle, psalmodiant des paro- les comme un sorcier vaudou en transe, ses musiciens font chauffer leurs violons en accentuant la cadence, et vous, vous dansez, encore et encore, nonobstant la journée radiateur, un genou cagneux, et des sandales qui n’ont pas été conçues pour ce type de tourbillon. En clair : aussi agréable qu’une séance de badminton avec des chaussures à crampons.

Inutile de vous dire qu’après deux prestations, j’ai été transféré dans l’équipe des passifs, ceux qui se contentent de regarder en tapotant le sol avec un pied pas toujours dans le rythme. Adossé à la statue de la déesse Athéna, j’ai assisté à une belle séance de drague. J’ai vu des Québécois de bonne humeur faire la cour à leurs racines. Des gens heureux, authentiques et fiers comme cette musique qu’ils s’évertuent à maintenir en vie. Le Québec qui gigue, c’est un pays qui respire, une nation qui bombe son passé pour ne pas finir amnésique. Et c’est cette tradition qui vous remplit les poumons. 

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