M comme minuscule

Un dimanche de juillet 2013 à Québec, quelques heures avant de rejoindre les Plaines d’Abraham pour la venue du chanteur – M -. Je flâne dans les rues de la vieille ville, traverse un océan de touristes avant de me retrouver dans la rue Saint-Jean, où j’ai semé quelques habitudes. L’une d’elles consiste à aller fouiner dans un magasin de vêtements pas trop chers, et en général assez tendance.

Quand je pénètre dans ledit magasin, il n’y a plus grand monde. On peut même dire que je suis le seul client. Les vendeuses me remarquent à peine, et leur mine occupée me renseigne vite sur la fermeture imminente de la boutique. À peine suis-je entré que l’une d’elles retourne la pancarte accrochée à la poignée de la porte. Le OUVERT se mue en FERMÉ. C’était moins une.

Il ne me faut pas longtemps pour trouver chaussure à mon pied. Je jette mon dévolu sur un tee-shirt vintage à la gloire de l’incroyable Hulk. Il n’est pas vert, c’est déjà ça. Une des vendeuses croit bon de m’informer que la marque en question taille petit. OK, j’en prends deux. Je commence par enfiler le M (pour éviter toute confusion et autre blague bien grasse, je précise qu’il ne s’agit pas du chanteur). La fille avait raison : si je l’enlève pas illico, le sang ne va plus passer dans mes bras. Esthétiquement parlant, j’avais l’air baraqué, mais je balaie cette considération avantageuse d’un revers, je ne draguerai personne mort.

Je me rabats sur le L. C’est mieux. Je pourrais le mettre sans faire rire mon entourage. Je quitte la cabine d’essayage. Une vendeuse vient aux nouvelles et me désigne un autre produit. Même couleur, mais cette fois plusieurs super-héros cohabitent sur le tissu. Les dessins font aussi dans le rétro. Il me plaît. La vendeuse me tend un M. « Essaie celui-là pour commencer », me dit-elle. Elle est entreprenante. Une rouquine plutôt jolie. Gironde mais jolie. Française. Pas grave, je fantasme quand même.

Retour à la case départ. J’endosse le tee-shirt. Il colle bien au corps. N’ayons pas peur des mots : il moule. Même cause, même conséquence : je boudine. Putain, c’est quoi cette marque qui travaille pour des Liliputiens ?! Je ressors, j’explique à une autre vendeuse que je vais essayer le L. Elle : « Ah, il n’y a pas de taille au-dessus pour ce modèle monsieur, car il s’agit du rayon juniors. »

Un ange passe. J’entends une mouche voler, et même un escadron de mouches. Je pense les compter pour meubler un peu le vide. D’habitude, c’est ma distraction qui me joue des tours, mais pas cette fois. Non monsieur le juge, je ne suis pas coupable. Je sens comme un « oups » dans la tête de la vendeuse tête en l’air (vous savez, la rouquine). J’essaie de lui trouver une circonstance atténuante mais c’est impossible. Peut-être a-t-elle pensé que je voulais faire un cadeau à un neveu, sauf que le neveu auquel je pense n’a même pas deux ans, et que je me vois mal essayer l’habit que je souhaite lui offrir !

Ça m’a rappelé le jour où je me suis acheté un short de basket-ball en France, il y a quelques années de cela. Rouge, je le revois encore. Je trouvais bizarre de pouvoir à peine enfoncer mes mains dans les poches, comme je trouvais bizarre que mon achat me fasse l’effet d’un cuissard de cycliste. Le mystère avait rapidement été levé : j’avais acheté du 16 ans.

À Québec, une personne m’a induit en erreur, mais l’effet est le même : grande sensation de solitude et grosse envie de quitter le magasin par une porte dérobée.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s