Ca(ca)bourg

Je tiens à vous prévenir que ce qui va suivre est à rebours de l’élégance qui me caractérise, même si je vais tout faire, j’ai bien dit tout, pour vous rendre la lecture la plus agréable possible, ce qui n’est pas gagné puisqu’il il va être question de caca. Mais trêve de plaisanterie, je vous livre ce que j’ai sur le cœur. C’était un vendredi.

 Cabourg, le 2 août 2013. La veille de mon retour au Québec, après un merveilleux séjour en France, et notamment en Normandie, en compagnie d’un couple d’amis fort apprécié, Muriel et Michel, friand tout comme moi d’un humour sans queue ni tête. Bref, LE cocktail explosif, des hématomes plein les côtes et au final un bien fou, la vie sans les tracas du quotidien. Ce jour-là, nous partons de bonne heure, mon acolyte et moi, baguenauder dans les rues de cette petite ville bourgeoise et balnéaire qui servit entre autres de cadre – pour la scène finale – au phénomène Intouchables.

Je finis par prendre congé de mon pote. J’ai en effet décidé de m’attabler à la table d’un café pour lire la presse. Un rituel. Je me contente souvent de peu et ça fait de moi un homme heureux. J’opte pour un bar-brasserie qui a fière allure. Le bâtiment à colombages abrite un hôtel deux étoiles. Du colombage au colombin, il n’y a qu’un pas que je franchis sans hésiter. Car depuis une bonne heure, mon ventre est au bord de l’explosion. Mes intestins en ont ras les boyaux. Tout ça pour dire que j’ai une grosse envie de chier, pour parler trivialement. Donc, pour moi, à cet instant précis, la terre peut s’écrouler, le monde basculer dans une 3e guerre mondiale, je n’en ai rien à foutre. Nous sommes tous pareils : quand on a une grosse envie, plus rien ne compte. Il n’y a pas plus égoïste qu’un homme qui s’apprête à déféquer. À peine entré dans le café, je me dirige vers le comptoir, où j’informe la serveuse que je vais d’abord passer par les toilettes avant de siroter mon café crème.

Je vous passe le protocole une fois sur place, avec pose de papier sur la cuvette par prévention… N’étant pas un amateur de lecture dans ce lieu à la poésie discutable, je fais fissa. Une légère ride barre mon front lorsque je lâche le rejeton. Accouchement sans douleur. Une formalité. Je me retourne et comprends alors pourquoi je me sentais si lourd. Un monstre. 

Je dirige alors un index vers ce bouton rutilant synonyme de chasse d’eau. J’appuie. Rien (début de panique). Le filet d’eau qui s’écoule depuis quelques minutes dans la cuvette me laisse craindre le pire. J’appuie une deuxième fois. Toujours rien (invocation d’une puissance divine pour me porter secours). Dernière tentative en appuyant sur un autre bouton. Cette fois, la cascade salvatrice se déclenche, mais son débit est dérisoire ! Pas assez puissante pour engloutir un coton-tige. Mon rejeton reste immobile, j’ai comme l’impression qu’il me nargue.

Je me sens seul, très seul. C’est GRAND, un moment de solitude. Je ne dispose d’aucune solution de rechange. Pour limiter la casse, non sans avoir une pensée pour celui qui me succédera, je recouvre le mastodonte de papier toilette. Le linceul paraît bien futile, mais il a le mérite d’atténuer l’horreur. Je quitte prestement les lieux. À cette heure de la journée (à peine 10h), le café est quasi désert. Je m’assieds à ma table, commence la lecture de mon journal. Mais je ne suis pas tranquille, j’ai l’impression qu’une personne va surgir des toilettes en hurlant qu’un malotru a condamné les lieux ad vitam aeternam. Je pourrais leur dire que la chasse d’eau ne fonctionne pas, mais ils s’apercevraient du cadeau que je leur ai laissé. Bonjour la gêne ! Je songe à avaler d’une traite mon café, mais il est brûlant. Dix minutes plus tard, je suis déjà parti, sans avoir vraiment pris le temps de parcourir les nouvelles du jour.

Toute la journée, cet épisode a alimenté nos délires d’éternels ados. On a tout imaginé, jusqu’aux gérants mettant la clé sous la porte en raison des dégâts occasionnés par ma bombe olfactive. Je vous épargne les détails et la profondeur de nos conversations loufoques, que Michel et l’auteur de ces lignes sont les seuls à comprendre.

Toutefois, laissez-moi vous donner un conseil : en cas de grosse commission, vérifiez toujours à l’avance que la chasse d’eau fonctionne, et quelle soit digne de votre petit présent ! Sans quoi vous entendrez bourdonner la mouche de l’impuissance, en priant Dieu qu’une personne ne soit pas en train d’attendre son tour derrière la porte… 

Vie de merde.

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2 replies »

  1. Le thème est cru mais réaliste, j’ai connu les toilettes du Martinez à Cannes, c’était immonde. Une chasse d’eau qui ne fonctionne pas, qu’importe, notre corps est ce qu’il est, et chacun se reconnapitra dans ce vécu épicuro-étroniste.
    Capitaine Philou

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