Petits mouchoirs grandes larmes…

L’amitié est un bien très précieux, mais la méritons-nous? Le film Les petits mouchoirs, signé Guillaume Cané, nous rappelle que nous n’en sommes pas toujours dignes. Personne n’est à l’abri, et nous pourrions tous, moi compris, faire notre mea culpa. Car nous sommes comme les personnages de cette fiction, obnubilés par notre confort et nos petits tracas. Les belles paroles, c’est toujours beau à entendre, et les belles phrases, joli à regarder. Ça nous rassure, ça nous soulage, ça nous dédouane. Nous avons tous des amis considérés comme des membres de la famille. Ce sont des frères, des sœurs, des modèles, des confidents, des pères spirituels et j’en passe… Certains actes, au quotidien, laissent pourtant supposer le contraire. La théorie est toujours plus accessible que la pratique.

Serait-on prêt à annuler ses vacances pour se porter au chevet d’un ami victime d’un grave accident de la route ? Décrocherions-nous le téléphone sans ronchonner si un ami nous réveillait en pleine nuit parce qu’il ne va pas bien ? Quand on y regarde de plus près, l’amitié a du plomb dans l’aile, ou alors c’est un mirage dont on s’accommode. Nous sommes les meilleurs amis du monde en apparence, mais aussi, parfois, de bien piètres hypocrites.En 2007, j’avais invité mon noyau dur d’amis à une petite fête avant mon grand départ pour le Québec. Je quittais la France pour un an, avec la perspective désagréable de devoir me passer d’eux. Tous étaient venus, enfin presque. Un couple, que j’appréciais beaucoup, avait décommandé sans prendre la peine de me prévenir. Le lendemain, ils m’ont expliqué, dans un courriel sans saveur, la raison de leur absence. Grosse journée de travail, fatigués. Ce coup de poignard reçu en plein cœur les a exclus de mon cercle sacré. Je sais qu’un véritable ami doit pouvoir pardonner. C’est chrétien, humain, mais parfois terriblement difficile à mettre en application ! Ce soir-là, j’imagine que la plupart des convives avaient sans doute prévu de se reposer chez eux après une journée harassante. Je suppose que la perspective de voir partir longtemps un bon pote les a motivés. Un de mes collègues n’a pas hésité à parcourir 60 kilomètres pour être de la petite fête, malgré un agenda assez usant. Je ne demandais pas à ces deux absents de s’éterniser sur place, juste d’être là, pour moi, comme un gage d’amitié. Moi, je l’aurais fait pour eux.
Nous sommes tous des personnages de Guillaume Canet. Nous attendons qu’un malheur frappe un proche pour l’apprécier à sa juste valeur ou renouer avec des sentiments. N’avez-vous pas remarqué que nous sommes toujours très ponctuels aux enterrements des amis ? Curieusement, pour se signer devant un cercueil, on est prêt à poser congé, à parcourir des centaines de kilomètres. On fonce, comme pour se donner bonne conscience. On fait acte de présence, mais il est un peu tard. On pardonne devant un cercueil, on pleure comme une merde. La mort remet au moins les pendules à l’heure. Il n’y a plus de querelles, les bons sentiments triomphent. Quel cruel paradoxe ! C’est la Faucheuse qui nous rend ce service, quand la vie en est souvent incapable. Si les amis de Ludo, alias Jean Dujardin, pleurent devant sa dernière demeure, c’est aussi parce qu’ils se sentent minables, pour tout vous dire. Leur fidèle compagnon, celui qui les faisait tant rire, est parti sans haie d’honneur, comme un clochard que ses proches auraient laissé sans le sou. Mais loin de nous, et de moi, l’idée de leur jeter la première pierre. Ce film, à la fois drôle et émouvant, nous met devant le fait accompli. Nous sommes bardés d’excuses, plus ou moins légitimes, pour ne pas prendre de nouvelles des gens qui comptent ou comptaient pour nous. Un coup de téléphone, un courriel, une carte, c’est pourtant cinq minutes de notre temps précieux. Ça représente quoi dans une journée, dans une vie ? Si les Petits mouchoirs font pleurer, c’est parce que nous quittons la salle de cinéma avec des larmes de repentis.
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