Chauffeur en tut tut

Août 2013.

Je vais vous parler d’un travers qui me taraude depuis un bon moment : la klaxonnite aiguë des Québécois, en tout cas des Montréalais. Je songe à faire une thèse sur le sujet. Quand je suis arrivé au Québec, tout émoustillé à l’idée de découvrir cette nouvelle terre, j’étais persuadé que le cousin estampillé Américain du Nord serait plus silencieux derrière un volant que son homologue certifié français. Eh bien non ! Considérant que le klaxon n’est pas une option, et qu’il a donc payé pour s’en servir, il en abuse allègrement. À tire-larigot ! Il ne s’agit là que de mes observations, mais quand même… Tenez, encore aujourd’hui, alors que je patientais à un feu tricolore, sagement assis sur mon vélo racé, le mollet saillant et le regard perçant du mâle en ruth majeur. pastedGraphic.png

Bruit de klaxon, à 11h (pour faire comme les pilotes de chasse). Froncement de mon sourcil gauche. Crispation de mes poignets. Le feu vient à peine de passer au vert mais un automobiliste est déjà en mode surchauffe, signalant à son prédécesseur que le fruit rouge est retombé. C’est pas comme si le mec s’était assoupi, ou avait entamé la lecture d’un livre au volant. Là, j’aurais compris. Même pas le temps d’appuyer sur l’accélérateur ou d’enclencher une vitesse, ce qui est plus rare ici étant donné les boîtes automatiques fort répandues. J’imagine toujours ces pilotes un peu trop pressés avec de la bave aux lèvres, le regard injecté de sang, et le pois chiche (aussi appelé cerveau) proche de la rupture d’anévrisme. 

Ceci dit, il y a une différence avec le conducteur français. Il y en a toujours une entre un Québécois et un Français ! Généralement, le cousin reste calme derrière son pare-brise lorsqu’il actionne son tocsin tannant. Il klaxonne, et pis c’est tout. Là où le Gaulois commence à s’agiter, à mouliner des bras, vociférant quelques insultes bien senties dans son habitacle vicié, joignant quelques gestes disgracieux à sa vindicte verbale, son pendant nord-américain préfère le sobre, la retenue. Aucune crise d’épilepsie, pas de cheveux ébouriffés par la colère, ou de pression inappropriée sur le volant, juste ce petit bruit reconnaissable entre mille : tut-tut-tut… ! 

Après, il peut y avoir des exceptions, comme ce conducteur dont j’ai gardé en mémoire le majeur bien tendu adressé, avec accusé réception, à un chauffeur de bus qui lui reprochait de lui avoir grillé la priorité. Tout venait de s’écrouler devant mes yeux aveuglés par les clichés. Il y avait donc, dans ce coin du Canada, dans cette province qu’on disait si consensuelle, des gens comme nous ! 

J’ai véritablement compris ce jour-là pourquoi nous étions cousins. Il y a, dans chaque Québécois qui râle, un Français qui sourit… 😉

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