J’aime pô l’dimanche

J’aime pas les dimanches. J’essaie de les semer, mais ils finissent toujours par me rattraper en fin de semaine. C’est le jour de la paresse. Elle bourgeonne puis donne de belles fleurs. On ne fait rien un dimanche, ou du moins on fait semblant. On fait semblant de sortir, d’aller voir de la famille ou des amis. Chacun tente, à sa façon, de combattre les apparences, de donner encore un sens à ce week-end qui n’en est déjà plus un, qui claudique en se rendant vers l’échafaud, terrible, du lundi. 

Je crois bien que ces deux-là sont complices, s’efforçant de briser tout ce que le vendredi et le samedi, avec parfois l’aide du jeudi, ont mis tant de cœur à bâtir dans les têtes. C’est toujours comme ça : uppercut le dimanche et KO le lendemain. Moi, ce dimanche, je suis resté embourbé dans mon lit. J’avais pas vraiment sommeil, mais je retardais à ma manière les derniers soupirs du samedi. Il était 8 heures quand j’ai ouvert les yeux. Un reste d’énergie m’a fait engloutir mon petit-déjeuner. Et puis, je sais pas pourquoi ni comment, j’ai rembobiné mes gestes. Je suis retourné dans ma chambre, j’ai vu mon lit défait, celui que je m’empresse habituellement de débarbouiller. Pas là. J’ai pris un livre, ajusté mes coussins contre le mur, et me suis glissé sous ma couette encore tiède de ma nuit agitée. La lecture étant nocive pour les paupières, j’ai coulé. Je dérivais la bouche entrouverte sur mon matelas, bercé par le clapotis des vagues dominicales. 

On m’a libéré vers midi. J’avais les yeux pâteux et le pas chuintant. Mais une gaule d’enfer. Cette érection un peu tardive me rassurait : j’étais toujours un homme. Je bandais pour me redonner du cœur à l’ouvrage. J’ai regagné la cuisine au garde-à-vous, la silhouette penchant un peu en avant sous le poids de cet appendice défiant les lois de la normalité. C’est en sommeillant que l’inspiration m’est venue, avec des tas de mots qui formaient des phrases. « Écris un truc sur le dimanche », me susurrait la voix de l’inspiration. Je ne me lasse pas de forniquer avec cette nymphomane. Il y a des jours comme ça où, entre ses mains, je n’écris plus mais j’éjacule. Des jets partout, qui viennent féconder la petite page blanche de mon ordinateur. 

Il est maintenant 12h17. Je fais aller faire un peu de sport pour me redonner une apparence humaine. Comme souvent les dimanches, je vais bailler entre deux répétitions d’exercices de musculation. J’aurai l’air d’un sportif du dimanche, le cheveu encore ébouriffé, mais en quittant la salle, revigoré par la douche, je bomberai le torse du devoir accompli. Je sentirai bon sous les aisselles et dans mon slip, tout heureux et fier d’avoir aplati la larve qui était en moi. Et ce soir, j’appellerai Mamie Pizza. Car c’est aussi ça un dimanche : une envie de cuisiner très aléatoire.

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