L’homme de trop

Septembre 2013.

Un dimanche à Québec, une ville que je commence à connaître sur le bout des doigts à force de faire le guide pour des amis français en visite. Je dois à ma légendaire distraction quelques souvenirs croustillants, lesquels, réchauffés par le micro-ondes de ma mémoire, me procurent toujours quelques sourires agréables sur les joues.

Je sirotais un café au lait dans la vieille ville, presse bien en vue, quand ma vessie se mit à faire du chantage en menaçant de jaunir mon beau jean Levis si je ne me dirigeais pas illico presto vers les toilettes. Je n’ai eu aucun mal à localiser les latrines. Alors que la vidange était en cours, j’ai perçu comme deux voix féminines au loin. Puis elles se sont rapprochées, jusqu’à empiéter sur mon carré intime. La porte s’est ouverte, je les avais dans mon dos, une simple porte faisant barrage entre elles et moi, dans cette posture du mec qui se soulage, main droite sur les hanches et l’autre s’échinant à maîtriser le flot ininterrompu de la bête (mesdames, vous devriez savoir qu’un homme exagère toujours). C’est à ce moment qu’une petite voix intérieure m’a murmuré :

•Mais que diable ces femmes font-elles chez les hommes ?! 

Aussitôt après, une autre voix, plus convaincante celle-là, a répondu :

•C’est peut-être parce que tu es dans les toilettes réservées aux dames.

C’est à ce moment précis que j’ai senti un grand moment de solitude m’envahir. J’aurais pu patienter dans les toilettes, en attendant qu’elles s’éclipsent, mais leur dialogue riche en digressions et autres rebondissements me laissaient entrevoir le pire quant à la durée de leur conversation. Refusant de camper sur place, je décidai de sortir de ma cache, en veillant à ne pas m’écrouler de honte.

Quand je suis sorti, la première a esquissé un sourire, tandis que la seconde a dû se demander à quel pervers elle avait affaire. Je leur ai servi aussitôt une explication qui a accentué l’amusement de la première et laissé de marbre sa copine. En quittant les lieux, j’ai considéré le pictogramme, espérant sans trop y croire qu’il me donnerait raison. Mais c’est bien une dame qui apparaissait sur la porte, une dame portant une robe ressemblant à un pantalon, mais une dame quand même, avec des seins et des hanches arrondies… Dans la précipitation, alors que ma vessie menaçait de saloper ma dignité, j’avais omis de porter attention à ces symboles bien pratiques dans ce genre d’endroit. Ça m’apprendra.

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