Mauvais tempo

265px-Patrice_Evra_Euro_2012Cher Patrice Evra,

Qu’as-tu donc fait là ?! (rime pleureuse)

Comme des milliers de Français, je me suis rué sur cette fameuse interview de Téléfoot, où tu dézingues quatre consultants qui ont eu la dent dure à ton égard ou ont sali ton image et ta réputation. À peine entré sur le terrain du jeu des questions-réponses que tu t’es emballé. L’échauffement a duré à peine deux minutes. C’est à ce moment que tu te lâches, que tu pètes ton câble, qu’on te perd sur le radar de la bienséance. Ton visage se ferme. Tu balances, et c’est du lourd… Tu tires à boulets rouges sur Luis Fernandez et Rolland Courbis – rebaptisés, sous le coup de la rancœur sans doute, Michel Fernandel et Rolland Tournevis – mais aussi Pierre Ménès et Bixente Lizarazu, dont le palmarès en équipe de France impose un minimum de respect, qu’on apprécie ou pas le personnage… On se demanderait presque si tu es dans ton état normal. 

La question qui me hante, et je ne dois pas être le seul, vu les tombereaux de commentaires indignés, tient en un seul mot : pourquoi ? Pourquoi maintenant, alors que l’équipe de France s’apprête à jouer deux matches de barrage cruciaux, face à l’Ukraine, en vue d’oblitérer son ticket pour la prochaine coupe du Monde au Brésil ? Pourquoi avec cette véhémence, ce courroux insultant, devant des millions de téléspectateurs, dont une tripotée d’enfants j’imagine, à qui l’on a infligé ce bien triste spectacle ? Imagine si la France ne se qualifie pas ? Tu deviendras le bouc émissaire de cette humiliation, injustement sans doute, mais tu feras une cible parfaite pour pour amortir la désillusion et calmer la tempête. Ne vois-tu pas déjà rougir les braises de la vindicte ?

En te libérant le cœur comme tu l’as fait, tu t’es tiré une balle dans le pied. À te voir insister pour que tes propos soient maintenus à l’antenne, on comprend qu’il fallait que l’abcès soit percé. Visiblement, il était purulent. La convocation de la FFF (Fédération française de football), suite à tes propos incendiaires, pour ne pas dire calomnieux, n’est rien à côté de la bronca populaire, laquelle n’attendait qu’une étincelle pour finir les restes de Knysna, l’ultime cerise sur le gâteau rance que vous nous avez servi en – piteux – dessert lors de la coupe du monde en Afrique du Sud en 2010. Oui, tu déballes, et on constate que les tâches de cette grève dévastatrice sont tenaces sur le beau maillot bleu. On pensait que c’était fini, et on voulait croire à des lendemains plus glorieux. Le pardon était en marche… Et puis cette entrevue qui réduit tout à néant, qui foule aux pieds les efforts de réinsertion d’une équipe en mal d’affection. Je pense aussi à tes coéquipiers, et notamment à Frank Ribéry, un des bagnards de Knysna, qui a fait amende honorable sur le terrain, le seul endroit où les plaies du passé peuvent être rebouchées. En se comportant comme il le fait, en mouillant ce maillot dont il faut être fier, il a entamé son chemin de croix vers la rédemption. Ça ne suffira pas à en faire un saint, et encore moins un Messie, ni à effacer ce douloureux fiasco sud-africain teinté de honte, mais ça facilite le pardon, du moins ça y encourage. 

Pour en revenir à ton intervention télévisée désastreuse, ce n’est pas tant le fond de qui me gêne. Nous avons tous des ennemis, des haines et des rancœurs, des hématomes sur le cœur. Ils nous font déraper, exploser, avec souvent le regret dans leur sillage, mais ils nous rendent humains, quoi qu’en pensent les donneurs de leçon et les pères la morale. J’avoue que Pierre Ménès, par exemple, n’est pas un modèle de modération quand vient le temps de tailler des croupières à des joueurs de foot en-deça de leur performance ou de leur réputation. Et je peux comprendre que ses saillies verbales puissent blesser. Il n’y a pas de fumée sans feu…

Tes mots ont la douceur d’un tacle appuyé. Fallait-il pour autant se servir de la télé pour régler tes comptes ? C’est la forme, tu vois, qui m’horripile, moins d’ailleurs que ton usage approximatif du français, qui ne fait qu’enflammer les commentaires désobligeants à ton égard… J’aurais préféré un bon coup de boule en privé, façon Zidane, dans ces coulisses de la vie où se règlent bien des différends. Ce sont des histoires d’hommes après tout, des histoires pas toujours honorables, c’est vrai… Mais pas comme ça, à découvert, pas dans cette cour de récréation où le monde du foot se donne souvent en spectacle et dilapide son capital sympathie (mais en a-t-il encore vraiment ?). 

Te voilà donc convoqué par les grandes instances du football français – pas des enfants de chœur non plus il est vrai -, et déjà jugé et fusillé par un peuple sous pression – à tous points de vue – qui s’en remet au sport pour penser à autre chose, loin du chômage et de tous ces nuages qui assombrissent son quotidien. 

Ta démarche est hautement égoïste, car tu n’as pas pensé aux conséquences de ce grand déballage public, à commencer sur ta carrière en bleu et ta réputation déjà fortement écornée. C’est un affront à tes coéquipiers et à tous ces gens qui vous entourent et vous poussent dans un stade, pas toujours exemplaires eux-aussi, certes, qui s’en remettent à onze joueurs pour mettre un peu de baume sur leurs crises et leurs angoisses. 

Ta conduite prouve, hélas, que cette équipe de France n’en a pas fini avec ses vieux démons. Ton attitude ne fait que donner du grain à moudre à ceux qui prônent un plus grand nettoyage. Et ce n’est pas le récent sondage, publié dans le journal Le Parisien, qui vous remontera le moral. Son enseignement est sans appel : la reconquête du public sera votre match le plus ardu à disputer. 

Je déteste tirer sur les ambulances, et loin de moi – qui fut un footballeur ordinaire dans un modeste championnat de district – l’idée de remettre en cause tes compétences sportives, car si tes performances se sont avérées décevantes dans l’ensemble sous le maillot français, on ne peut pas renier ton succès sous celui, tout aussi prestigieux, de Manchester United, où tu as gagné tes galons à la force des crampons.  

Ce n’est ni la haine ni la colère qui nourrissent ces lignes, mais une profonde déception, ce qui est pire si tu veux mon avis. On ne vous demande pas d’être des exemples dans l’intimité du vestiaire, mais d’être des hommes sur le terrain, et des exemples lorsque vous apparaissez en public. Vous portez sur vos épaules une tunique qui vaut mieux que vos états d’âme de nantis…

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