Petite sœur…

Avec son grand frère lors de sa venue au Québec durant l'été 2009.

Avec son grand frère lors de sa venue au Québec durant l’été 2009.

J’ai une petite sœur. Je précise tout de suite que ma mère ne vient pas d’accoucher à 60 balais. Quand je dis petite, je veux dire plus jeune de deux ans. Notre maman ayant bien fait les choses, elle a éjecté un mâle en premier, comme pour mieux affirmer ma supériorité sur celle qui allait me prendre comme modèle, et aussi me foutre dans la merde en lançant à des prétendants un peu trop pressants et autres goujats de la pire espèce : « Eh ben mon frère, il va venir te casser la gueule. » Moi qui n’aurais pas fait de mal à une mouche, d’autant qu’à l’époque, les mots muscle et sport étaient des parias dans mon dictionnaire de larve pubère.

Ma sœur est née le 1er novembre 1974, d’où cet hommage. Oui, le jour de la Toussaint, celui des morts et des tombes qu’on fleurit. La frangine a donc poussé ses premiers cris quand tant de gens se rappellent la disparition d’un proche. Remarquez, cela aurait pu être pire. Je pense à tous ceux qui ont eu la bonne idée de brailler un 24 ou un 25 décembre, période de fort embouteillage christique. Leur naissance est soudainement noyée dans la commémoration diluvienne de la Nativité, sans oublier que ce télescopage entre Noël et leur jour de gloire leur fait craindre moins de cadeaux. Ou comment faire d’une pierre deux coups comme on dit.

Ma sœur aime frimer en posant à côté de ses amis les stars. Ici Karembeu, champion du monde avec l'équipe de France de football en 1998

Ma sœur aime frimer en posant à côté de ses amis les stars. Ici Karembeu, champion du monde avec l’équipe de France de football en 1998

Notre relation n’a pas débuté sur de bonnes bases. Faut dire qu’avant elle, j’étais le roi, le Titi à sa môman – que je suis resté d’ailleurs, même à 6 000 km de la France (c’est une mère juive, enfin dans l’attitude) -, malgré des colères qui sont passées à la postérité, ce qui me valut quelques fessées carabinées, à une époque où les châtiments corporels ne faisaient pas polémique. Malgré quelques traces de phalanges sur mon petit cul blanc, ma mère n’a pas fini en taule ou lynchée par l’opinion publique, bien versatile il est vrai… Tout ça pour dire que ma domination sans partage dans le cœur de ma supérieure biologique était soudainement remise en cause, et cela je ne pouvais l’accepter sans faire montre d’un minimum de protestation, ou me comporter comme la bouture d’homme que j’étais. Je décidai donc de frapper un grand coup, à la clinique, où je refusai de voir le joli minois de Virginie, puisque c’est ainsi qu’il fallait désormais l’appeler, mais qui allait devenir, pour une raison mystérieuse, VERginie dans la bouche de certains, mais aussi Bubulle, comme on la surnommait affectueusement.

Donc, je boudais, j’étais furax. Une pétasse, une pisseuse sur mon terrain de jeu, qui menaçait mes camions et mes Big Jim avec ses poupées et sa dinette, et qui encouragerait sans doute notre mère à m’expliquer les bienfaits de pisser assis. J’avais donc décidé de faire la grève du « fait risette à ta sœur », disposant de trop peu de moyens, vu mon jeune âge – deux ans – pour lui pourrir la vie ou la couler dans une dalle de béton.

Ma sœur avant d'aller nager avec les phoques au Québec. Oh qu'elle est contente !

Ma sœur avant d’aller nager avec les phoques au Québec. Oh qu’elle est contente !

Inutile de vous dire que cette atmosphère acrimonieuse a fait long feu. Car l’ennemie, la rivale tant redoutée, se révéla être une complice formidable. Elle et moi, c’était comme une huître collée à son rocher, ou le lierre agrippé au mur d’une maison. À un point tel que nous avons partagé le même lit jusqu’à l’âge de 8 ou 9 ans, au grand dam de ma mère, qui dut un jour se résoudre à couper ce cordon en béton, non sans nous avoir privé de dessert pendant huit mois et fait écouter en boucle du Nana Mouskouri pour nous passer l’envie de toute récidive. Je garde un délicieux souvenir de cette période d’insouciance et de fraternité innée, sans la moindre rature. Je plains – je ne les juge pas – les frères et les sœurs qui ne s’adressent plus la parole, ou qui se montrent violents voire méprisants avec leur moitié. Si ma mère est une femme formidable – et croyez bien que cet adjectif si commun renferme un être rare, en tout cas d’une dignité à toute épreuve -, je peux en dire autant de Virginie. Je n’ai pas souvenir d’un seul coup de tonnerre entre nous, ni du début d’un commencement de complication, et encore moins de coup bas ou de pensée malsaine. Nous sommes unis par les liens sacrés de la famille, et par ricochet de la vie et de l’amour. 

Complice depuis toujours :-)

Complice depuis toujours.

Cela ne m’a pas empêché de tester un jour sur elle les effets de la nicotine. Elle me doit sa première bouffée de tabac, dans cet immeuble d’une ville de la banlieue messine où le concierge se prenait pour un pyromane et où des voisins aux yeux bridés réglaient parfois leurs différends à coups de couteau, quand ce n’est pas une femme qui décidait de mettre fin à ses jours en se jetant par la fenêtre de son immeuble, pour finir onze étages plus bas, au milieu d’un troupeau de riverains se prenant pour des lézards sous un soleil maghrébin. 

Je crois bien que notre complicité, fortifiée par l’amour sans faille de notre Mimi Mathy (notre mère mesure 1,50 m, talons et cheveux inclus), est à l’origine de cette enfance dont je ne me plains pas, et qu’elle a aussi contribué à la solidité de la charpente familiale. Je ne suis pas issu d’une famille nombreuse, et je suis pas né avec une cuillère d’argent dans la bouche. Nous étions dans la moyenne des familles modestes, monoparentales, soumises à quelques sacrifices pour maintenir le navire à flots. Mais il y avait ce plaisir de vivre ensemble qui embellissait tout, qui badigeonnait un décor parfois gris avec de la couleur.

Comme son frère, Virginie en pince pour le Canadien de Montréal (elle a bon goût !)

Comme son frère, Virginie en pince pour le Canadien de Montréal (elle a bon goût !)

Aujourd’hui, je ne suis plus jaloux de ma sœur, et je ne la considère pas comme une rivale. C’est une associée, une coéquipière, une confidente parfois, et une super copine. Elle a été élue Miss de son village, a pondu à son tour deux enfants, comme sa mère (un garçon et une fille), et a prouvé à son frère que les diplômes n’étaient pas la seule voie du succès. Patience et abnégation auront été ses mentors. Elle fume toujours, hélas, enfin je devrais dire elle “vapote“, puisqu’elle a rejoint le cercle toujours plus volumineux des adeptes de la cigarette électronique.

Par contre, il ne faut pas lui chercher des noises, lui chier dans les louboutins. Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, la frangine ! Son caractère bien trempé est à l’origine de ma compassion à l’égard de tous ceux qui ont un jour été ses intimes. Mais comme je le dis toujours : il vaut mieux une femme entière, qui vous renvoie dans les cordes, qu’une plante (une potiche si vous préférez), qui a la répartie d’un poulpe. Sans doute faut-il relier cette forte personnalité à son signe astrologique (scorpion). Quand elle pique, ça peut faire mal. J’avoue d’ailleurs que je lui ai souvent envié sa franchise et ce tempérament parfois volcanique, là où j’avais tendance à être plus consensuel, trop gentil et arrangeant. Là où je tentais d’éteindre le feu, elle attisait les braises. Le frère diplomate, la frangine guerrière ! 

Un dessin qu'elle a réalisé pour moi quand nous étions enfants (pas sûr qu'elle se soit améliorée depuis)

Un dessin qu’elle a réalisé pour moi quand nous étions enfants (pas sûr qu’elle se soit améliorée depuis)

Récemment, je lui ai envoyé une belle carte pour souligner son 39e anniversaire. Une carte où je finissais par lui écrire que pas une seule seconde, depuis 39 ans, j’avais regretté son arrivée sur Terre. De tous les cadeaux offerts par ma mère, je peux dire que c’était le plus beau.

Joyeux anniversaire, sœurette.

Le frangin.

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