Rendez-vous manqué

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Crédit photo : Franck Socha.

J’ai un faible pour les entrevues physiques. Quand on est journaliste, en particulier dans le monde de la culture, on savoure toujours ces moments trop rares où un artiste, quel que soit son domaine, vous consent un petit face-à-face… Ces instants ont toujours plus de saveur qu’un téléphone ou un courriel atone. Ils permettent de grappiller bien des renseignements, sans prendre de notes, juste en observant. Moi, rien ne m’échappe. La sincérité d’un regard, une mimique, un parfum… J’aspire tout.

Prenez Féfé par exemple, que j’ai pu rencontrer dans le cadre d’un papier destiné à un site de musique avec lequel je collabore. L’interview de l’ex membre du Saïan Supa Crew m’a permis deux choses : pulvériser mon précédent record de partages, détenu jusqu’alors par mon compte-rendu d’un concert de – M – , et constater que les personnes de couleur – en l’occurrence les Noirs – n’avaient pas d’odeur. Je vous rassure, je le savais déjà, mais je profite de cette parenthèse pour fustiger tous ces Bonobos qui déversent leurs excréments dans les couloirs repeints en blanc du Front National, en tendant, pour certains, à leurs rejetons assoiffés de la même turpitude, des bananes qu’ils seraient bien inspirés de se fourrer dans le cul (je fais référence ici au scandale impliquant Christiane Taubira, ministre de la Justice en France, originaire de la Guyane, prise à partie lors d’un déplacement au cours duquel une ou des enfants l’ont traitée de guenon en brandissant des bananes). Un séant qui, cela dit en passant, au vu de leur comportement nauséabond et vomitif, doit aussi leur servir de cerveau. Fermez la parenthèse (je vais me laver les mains et je reviens).

Bien que chronométrée, cette séance m’a laissé un agréable souvenir. Je ne peux pas en dire autant de celle qui m’a lié à Rokia Traoré, une des grandes voix de l’Afrique. Femme engagée et engageante, la chanteuse malienne déchire le voile avilissant d’une burqua ou d’un cliché pugnace sur le continent africain avec ses mots à elle, les mots d’une personne avide de liberté, à commencer par celle qu’elle cultive sur l’autel sacré de l’expression. Ce qui me fait grincer des dents n’a rien à voir avec cette auguste et charmante dame, laquelle, dans un autre contexte, aurait sans doute eu plus de temps à m’accorder.

Mais pas là. Non, le mardi 12 novembre, à 11h heure québécoise, elle cheminait en Angleterre à bord d’une voiture, ai-je cru comprendre… Je n’ai donc pas eu l’honneur de la rencontrer en personne. J’ai dû me contenter d’un téléphone, avec les contingences inhérentes à ce moyen de communication parfois erratique, genre grésillements, ou carrément la coupure soudaine, impolie, comme j’ai pu le vérifier par moi-même.

Je reconnais à son attachée de presse une certaine ponctualité, à deux ou trois minutes près (mais on n’est pas là pour pinailler). À 11h04, le téléphone sonnait dans mon salon. Pour corser la chose – pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué – cette dernière devait faire la jonction entre le Québec et Londres à partir de Toronto, en Ontario, une ville mondialement reconnue pour les penchants illicites de son maire, un drogué patenté qui vocifère des menaces de mort à ses adversaires… Pour ceux et celles qui n’auraient pas suivi : Québec = moi, Londres = Rokia (qui n’est pas la sœur de Rocky), et donc l’attachée de presse à Crack City (lisez l’actu et vous saurez tout, tapez Rob Ford ou Dunlop, car c’est un élu gonflé. Celle-là c’est cadeau…)

Une fois le contact établi, j’ai entendu, enfin distingué la voix fragile, comme voilée, de l’artiste malienne. Un timbre plutôt verveine-menthe je dirai, là où je m’attendais à un café corsé. Son « bonjour Olivier » m’a fait l’effet d’un retour en grâce de l’été indien, alors que le Québec grelottait. En posant mon oreille gauche sur cet objet qu’on appelle un combiné, j’ai vite constaté que la conversation allait être pénible. Non pas que la chanteuse et guitariste était de mauvais poil, mais en raison de cette friture qui malmenait nos échanges, jusqu’à cette interruption pénible dont j’ai fait mention plus haut, ponctuée du proverbial « tu…tu…tu… » que laisse par exemple dans son sillage une personne qui vous a raccroché au nez. Bien entendu, son attachée de presse m’a aussitôt rappelé, s’excusant pour ce petit imprévu, mais pas pour cet anglais que sa bouche expulsait dans mon petit lobe de Gaulois souverainiste.

Il était prévu que l’entrevue dure un quart d’heure, et j’avoue que de côté-là aussi, ils ont été ponctuels ! Ça vient d’ailleurs sans crier gare, toujours, et l’effet est aussi délicieux qu’un malotru qui vous coupe la parole… L’attachée de presse est réapparue brusquement (pas devant moi vous vous en doutez bien). Une voix comme un couperet. Terminé. Au suivant. Le numéro 37 SVP…

Elle a alors baragouiné une phrase qui pourrait se résumer à ça :

  • Désolé Olivier, le temps est écoulé, nous espérons que tu as fait un beau voyage… (ah non, ça c’est dans les avions).

Au final, j’ai pu poser trois questions sur les neuf qui s’étaient matérialisées sur ma feuille blanche, autant dire pas grand-chose, questions que je m’étais cassé le cul à préparer la veille au soir, puisque je suis un journaliste consciencieux (si si). Ce simulacre d’interview m’inspire un grand sentiment de frustration, comme souvent d’ailleurs lorsqu’un chanteur ou une chanteuse – qu’on apprécie de surcroît – se résume à une tranche de bœuf achetée chez le boucher. Quand le temps dicte sa loi à la plus élémentaire des attentions, on en revient à se demander avec quel bout de l’artiste on va repartir…

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