Faire comme NKM

La belle station Pie IX du métro de Montréal. Vous êtes émus ? C'est normal...

La belle station Pie IX du métro de Montréal. Vous êtes émus ? C’est normal…

C’était trop tentant… 

Quoi donc Olivier ?

Singer NKM, autrement dit Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate déclarée à la mairie de Paris. Pour ceux et celles qui ne sont pas au courant, l’élue UMP s’est laissée aller récemment à des commentaires enthousiastes sur le métro parisien, évoquant des moments de grâce dans ce lieu « anonyme et familier », mais aussi quelques « rencontres incroyables ». Ces confessions d’une contemplative shootée à l’angélisme a vite fait d’enflammer la twittosphère, les internautes y allant de bon cœur pour moquer ces déclarations hautement discutables, prêtant il est vrai le flanc à la raillerie. 

Vous me permettrez donc de m’extasier à mon tour, mais dans un autre métro : celui de Montréal ! Ouvrez les guillemets :

« Quel beau moyen de locomotion que ce métro inauguré en 1966 et qui tousse beaucoup. Oui, il est malade, le métro de Montréal, et ça me chagrine, pour tout vous dire. Je n’ai aucune idée du mal qui le ronge, mais ce que je sais en revanche, c’est qu’il tombe souvent en panne, ce qui agace pas mal les usagers. Je les trouve durs et injustes avec lui. C’est vrai qu’il n’a plus 20 ans, qu’on le sent grimacer quand les heures de pointe le bourrent jusqu’à la gueule. Mais grâce à ses arrêts improvisés, on peut bouquiner, forniquer (si on n’est pas pudique et que la pause est longue), réaliser une fresque, ou découvrir des détails qu’on n’avait jamais vus dans la rame, par exemple (bien le crachat sur la vitre ! Pas mal le graffiti dessiné avec les pieds !) Moi, mon petit plaisir, c’est d’essayer de traduire les borborygmes qui émanent assez fréquemment des hauts-parleurs, vieillissants eux aussi. Je leur suis toujours reconnaissant de pousser ma concentration dans ses derniers retranchements pour tenter de percer le mystère de ces grésillements, apparentés par moments à des voix de l’au-delà. 

Je fais moi aussi, Nathalie, de belles rencontres dans ce métro, des rencontres qui, parfois, me rappellent avec beaucoup d’acuité pourquoi nous descendons du singe. Mon armoire à souvenirs est pleine de ces instants irremplaçables dont je pourrais écrire un livre. Au hasard, aujourd’hui, un mec – qui finira sans doute sourd vu le degré d’intensité de ses écouteurs -, nous a gratifiés d’une petite chorégraphie, comme ça, gratos. Tu aurais dû le voir, Nathalie. Un phénomène ! Pour ne pas nous en mettre plein la vue, sans doute par modestie, ou alors pour corser l’exercice, il est resté assis sur son siège, s’excusant au passage auprès de sa voisine – une vieille peau – de l’importuner quelque peu avec ses mimiques de danseur de hip-hop, disons plutôt un succédané, vu la gestuelle assez erratique et évasive. Il était habité par la passion, laquelle, par tant d’efforts déployés, nous fit oublier le ridicule que cette situation imposait. Ça, tu vois, c’était un moment de grâce !

Je verse aussi toujours ma petite larme en constatant la mine prodigieusement mélancolique, pour ne pas dire funéraire, de mes compagnons de virée souterraine. Ils mettent tant de cœur à l’ouvrage dans ce concerto moribond que je me sens toujours obligé d’être des leurs. Alors je rejoins les rangs, le sourire dans la poche du pantalon, en imaginant le strip-tease d’une vieille rabougrie, ou ma dernière copulation avec un être vivant pour me glisser dans cette ambiance morose.

Je croise aussi parfois des musiciens, avec une grande disparité dans les talents, dont un qui me donne le vertige perché sur ses échasses. Il est coiffé d’un chapeau riquiqui, déguisé, et souffle dans sa flûte traversière pour égayer la ligne bleue du métro. Oui, Nathalie, à Montréal, contrairement à Paris, on n’utilise pas de numéros pour distinguer les lignes. On leur attribue des couleurs. Il y a la ligne orange, la ligne jaune… C’est pas bien compliqué de toute façon, car ici, il n’y en a que quatre, des lignes… Oui, quatre. Autant dire qu’il faut être sérieusement aviné, ou carrément con (l’excès de vin peut expliquer cet état consternant) pour se perdre dans le sous-sol de la métropole. Ma préférée : la verte. Elle mène notamment au stade olympique, un mastodonte au toit d’argile qui est la risée de la ville. J’ai beaucoup de tendresse pour la station qui nous y conduit, avec ses célèbres gros anneaux bien détectables sur les murs. Ils l’ont baptisée Pie IX, non pas en référence à une vache mutante dont ils auraient chloroformé les mamelles surnaturelles, mais pour saluer la mémoire de ce pape qui devait être féru de sport (on me souffle la natation et la lutte gréco-romaine) pour que l’on donne son nom à ce qui fut un passage très fréquenté en 1976, lorsque la ville administrée par Jean Drapeau accueillait les JO. 

La station Pie IX est un émerveillement pour le regard. Comment dire… ? Elle respire la gaieté. Toute de béton vêtue, elle affiche la couleur… et le sentiment qui prédomine à cet instant précis où elle s’offre à votre regard : une envie de suicide. On sent batifoler la dépression sur ses murs ternes et rugueux, comme léprosés par une tristesse intrinsèque. Je pourrais rester des heures dans cet endroit qui cache si bien sa beauté sous une apparence revêche. Moi qui ai pris le temps de gratter son écorce, à grands coups de pioche et de marteau-piqueur, je peux vous dire, Nathalie, que sa réputation de station déprimante – elle n’est pas la seule, loin de là ! – est un peu exagérée. Il bat un cœur de femme sensible dans cette roche si rustre et glaciale au toucher. Combien de femmes, au passage, dissimulent derrière un épiderme polaire les dessous d’un volcan sur le plan sexuel ? Pardons, je m’égare… (Dominique Strauss-Kahn, sors de ce corps !)

Comme vous pouvez le constater, ma chère NKM, vous n’avez pas le monopole de l’enthousiasme béat. Je peux moi aussi, et sans avoir au préalable ingéré de substances illicites ou de boissons frelatées, répandre mes entrailles poétiques sur ce métro de Montréal que je sillonne en balayant de mes pupilles les moindres aspérités, qui font toute sa saveur et lui donnent toute son épaisseur. 

Notre seule différence, et elle est de taille, est cette ironie qui parfume mes mots, quand les vôtres, sous le sceau d’une apparente sincérité, en sont dépourvus. D’où cette connotation humoristique quand on connaît la véritable nature du métro parisien… » 

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