Boucherie du matin

Fidèle à mes habitudes, mes vacances de Noël en France ont pris une tournure marathonienne. C’est bien simple, mes amis m’ont surnommé le ministre… et je ne peux que leur donner raison, vu mon agenda chargé, excepté l’absence d’un chauffeur obséquieux et d’une secrétaire plantureuse (fantasme).

Une journée se détache d’ores et déjà du lot, alors que j’entame à peine mon 6e jour chez les Gaulois. Ma patrie, mon pays, et toutes ces mamelles amies qui applaudissent des tétons mon retour parmi les miens (re-fantasme).

Mardi 17 décembre. Je me dirige vers Vigny, petit village de la Moselle traversé par de nombreux poids lourds, C’est là que réside un ami de longue date, au chômage à temps partiel depuis qu’il travaille à la SNCF, plus grande maison de pré-retraités de France. Il y habite avec sa compagne, une infirmière noctambule, et leurs deux (bientôt trois) enfants. Deux autres personnes vont se joindre à nous, dont un handicapé étant tombé, comme Obélix, dans une marmite quand il était petit. Sauf que la sienne était remplie de Ricard, autre potion promettant d’intéressants pouvoirs si l’on considère que le coma éthylique peut terrasser un ennemi (ça se discute). Et puis une femme, ancienne cavalière reconvertie dans l’enseignement, tentant désespérément d’apprendre le français à des bourricots qui ont une utilisation hygiénique du dictionnaire.

Je fais l’impasse sur le déroulement de la soirée, les lasagnes, le vin, les cafés, les blagues moisies, les digestifs, la parade en costume nazi et le gros dérapage sexuel pour finir (le chat n’a pas survécu et deux souris ont dû être amputées après des jeux plus que douteux). Je m’attarderai en revanche sur ce moment exquis, quand je me suis improvisé raconteur d’histoire pour les beaux yeux de deux enfants. Maxime et Maélys, pour ne pas les nommer, n’ont pas eu à insister longtemps pour me voir débarquer dans leur antre assiégée par les jouets, tel un Père Noël mais sans sa barbe blanche, alors que la petite princesse, pirate à ses heures les plus agitées, avait jeté son dévolu sur le livre qui allait lui servir d’oreiller, avec ma voix pour verrouiller ses paupières (waouh c’est beau Olivier, tu es trop fort, on t’aime !) Pour faire court : une histoire de bébés tortues importunés par des mouettes affamées ou lesbiennes (ce n’était pas précisé), lesquelles finiront par se rallier à leur cause pour les sortir d’un mauvais pas, plus précisément les filets de pêcheurs complètement bourrés et chauvins. On va dire des Bretons… J’avoue qu’on ne s’improvise pas conteur en 5 minutes, mais la petite ne m’en a pas tenu rigueur, toute heureuse de profiter de ma présence divine à ses côtés, sa mère séchant discrètement une larme en constatant que sa progéniture venait de retrouver la vue grâce à moi, tandis que son père, extatique devant ma dernière prouesse, faisait fondre un cierge Pascal avec un lance-flammes acheté pas cher sur Le Bon Coin…

Je pensais en avoir terminé avec le monde des enfants, mais je dus me rendre à l’évidence en regagnant ma chambre un peu plus tard, après avoir ingurgité à forte dose du Volbeat, un chanteur danois qui kiffe Elvis et Metallica, et fait actuellement fureur sur les scènes internationales avec un son lourd et mélodique mariant habilement différents genres. Mon lit, se résumant à un matelas posé sur le sol (si si, nous sommes des amis proches), confortable ceci dit, était recouvert d’un drap ayant appartenu à la fée Clochette, alors que la couette me replongeait dans la trilogie de Toy Story, Buzz l’éclair en tête, avec un florilège de sourires enjoués interdisant tout rêve marécageux, avec invasion de bouches suceuses et fouilles rectales agrémentées de miel. À défaut de basculer dans la pornographie la plus surréaliste, je retombais en enfance…

Le lendemain, après un réveil en fanfare orchestré par les petits démons – les mômes n’ont aucune pitié pour leurs aînés le matin -, l’ambiance de la journée a radicalement changé de registre. Que s’était-il passé durant la nuit, alors que je me vidais les fosses nasales dans des mouchoirs, tout en tentant d’ignorer ces personnages de dessin animé qui passaient du bon temps sur mon lit, quand je me débattais avec un jetlag assez éreintant ? Toujours est-il que le mercredi fut sanguinolent, et même gore… Rassurez-vous, je n’ai désoudé personne dans cette famille, et encore moins éventré la maîtresse de maison, enceinte jusqu’au bout des seins, ni même copulé avec la dépouille encore tiède du chat agressé sexuellement la veille.

En fait, tout s’est passé dehors, alors que je dégustais un gros bol de céréales dans leur cuisine. Maélys tentait de couper le cordon avec son biberon en se familiarisant avec une cuillère et un bol aussi gros que le mien, non sans me jeter quelques regards mutins prompts à me donner envie de fertiliser la première venue, enfin dans les limites du raisonnable (j’ai l’estomac fragile). C’est à ce moment-là qu’Émilie, arborant un pyjama tout neuf (je la soupçonne d’avoir tenté de me séduire avec sa montgolfère surmontée d’un nombril et ses citernes de lait prêtes à remplir le futur marmot), m’a annoncé que les voisins d’en face – des paysans dans la plus pure tradition – avait réglé son compte à un cochon. Il était 10h30, l’ami Ricoré avait oublié de déposer ses croissants, se contentant d’une baguette, et le sang coulait à flots à quelques mètres de là. Décidant de vérifier par moi-même, je me dirigeais d’un pas assuré vers cette chambre de laquelle, m’avait-on promis, j’aurais une vue imprenable sur la carcasse du malheureux, lequel me faisait face, les quatre pattes en l’air, posé sur une table et exposé aux regards des badauds, la langue bien pendante, inerte, et la panse offerte au couteau de son bourreau. D’après mes amis, une dizaine de ces animaux vont connaître le même sort d’ici à janvier. Partant du principe – et comme le dit si bien l’adage – que tout est bon dans le cochon, inutile de vous préciser qu’il ne restait rien de la bête en fin de matinée, si ce n’est quelques traces de sang sur le lieu des opérations. Je dois admettre que ce dernier a été tué (à l’abri des regards) et débité dans les règles de l’art, en commençant par la tête, une vision peu ragoûtante je vous l’accorde. Je précise au passage que les petits-déjeuners sucrés sont incompatibles avec une décapitation.

Comme si cela ne suffisait pas, j’appris plus tard dans la journée, alors que j’avais déserté ce village de bouchers, que le chat (ressuscité ?) de mes amis avait ramené un trophée dans ce qui fut ma chambre. Une jolie souris, raide morte elle aussi, gisant à côté de Buzz l’éclair et de sa clique.

Je résume : un porc réduit en jambon, un rongeur zigouillé pour me souhaiter la bienvenue (un peu tard il est vrai). Par chance, la future maman a préservé mon séjour d’un accouchement aussi brutal que soudain, avec dégâts des eaux, hémorragie interne et hurlements pour accompagner le tout. J’avoue que je n’étais plus à ça près.

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