Courir dans le métro

Courir. Toujours. La peur au ventre. Dans la trajectoire oblique d’un escalier mécanique, ou à l’horizontal, au petit trot ou au galop. On fonce vers une incertitude lancinante, vers ce vacarme sourd qui annonce, peut-être, l’arrivée d’un métro. Ce n’est pas sûr à 100 %, mais on tente. On dévale, on escalade, on se sent pousser des baskets, on accélère vers cette modernité qui n’attend pas les retardataires. On grappille quelques mètres, comme si le temps allait vous rendre la monnaie…

Ils sont drôles, les bipèdes souterrains de Montréal. Les marches, immobiles ou articulées, ne sont jamais assez rapides pour eux. Toujours pressés, toujours stressés, ils avalent les ralentis à grandes enjambées frénétiques. Ils ne pensent plus, ils s’essoufflent. Dans leur concentration de citadins formatés pour le gain de temps, l’anodin devient sublime. Ils ont entendu un bruit, parfois ils l’anticipent pour se donner du cœur à l’ouvrage et atterrir à temps, la tête haute, dans ce wagon qui est soudain tout pour eux.

Un métro qui se pointe, c’est d’une banalité à mourir. Mais mériter sa place dans la rame après une course de dératé, c’est autre chose. Tout est dans l’effort, dans cette constance à défier les aiguilles du temps, pour ne pas rester en rade sur un quai qui vous enduit de colle. Attendre est vécu comme un échec. Autour de vous, l’ambiance est moribonde, et l’agitation a creusé sa tombe. 

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