L’espoir renaît

On y est. Le printemps s’immisce doucement dans le paysage québécois. Petit à petit, la douceur escalade l’hiver. Bientôt, ce sera la saison des conjonctivites, les yeux rougis par tant de grâces féminines jetées sur le pavé… Il faudra rester impassible devant tant de légèreté, en pensant à des vieilles édentées pour ne pas bander comme un taureau, le sexe embrigadé dans une camisole lui comprimant les roubignolles. Mais je m’égare…

Quelques tuques (bonnets) et écharpes font encore de la résistance, mais les rayons du soleil ont repris du poil de la bête. Ils sont à l’origine du sourire qui se déploie dans les pensées. Montréal quitte sa torpeur hivernale. Il fait à peine dix degrés mais les gens ont repris possession des rues. La ville revit, elle entrevoit la fin de son hibernation.

La neige se retire péniblement, en se désagrégeant sur des trottoirs humides et sales de tous ces abrasifs répandus pour expulser la glace. Aussi bizarre soit-il, le bitume qui réapparaît nous fait chaud au cœur. Le gris distille un peu de rose dans nos mémoires encore tremblotantes de ce froid qui a trop duré. Mars fut un calvaire. Bientôt, le béton nous renverra la canicule en pleine face, et nous le maudirons pour cela…

En attendant, c’est cette tonalité morose qui domine à nouveau, qui se répand dans la ville comme une traînée d’espoir, en attendant le vert. Je veux parler de cette grosse bouffée d’herbe qui nous remplira les yeux et les narines, avec quelques épices de barbecue. 

Le printemps, c’est le temps du golf et du vélo, et la mort du ski. En avril, les sourires s’affichent sur des vêtements plus légers. La démarche a l’air plus naturelle sur un sol soudainement plus rassurant. Dans les cafés, la musique semble au diapason du renouveau ambiant, tandis que les mouettes et autres volatiles deviennent les agréables messagers du renouveau ambiant.

C’est aussi le grand ballet des balais : les ouvriers municipaux entameront bientôt leur chorégraphie et feront valser les mégots.  Le revers du printemps, ce sont tous ces détritus que la neige en déroute dégurgite, vomit un peu partout. Les crottes de chiens ramollissent, des déchets qu’on croyait disparus quittent soudainement leurs sarcophages. On redécouvre alors la propension de l’homme à ignorer les poubelles, quand la neige promet d’étouffer cette indécrottable et nuisible paresse…

Le printemps à Montréal, c’est finalement une succession de petits plaisirs après la saison des frissons. Apprécier le souffle tiède d’une bise ou les bienfaits d’un petit cappuccino sur une terrasse bien garnie. Des tables, des chaises, et un serveur qui se faufile entre les clients avec un entrain contagieux. C’est la famille recomposée des jours heureux. Un bonheur qui monte, qui monte. La petite fièvre du thermomètre. Le mercure vert de joie. 

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