Maudits racistes

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« Nègre, nigger… » Quelque soit la langue, on n’aime guère lire ou entendre ce mot. C’est comme les bananes auxquelles il est parfois associé. D’habitude, c’est joli une banane, et même très nourrissant. Le problème, c’est que ça remplit aussi le ventre des imbéciles, ce qui devient du coup beaucoup moins drôle. On croyait ce fruit consistant réservé à l’agriculture, mais on découvre qu’on le cultive aussi dans des stades de foot. En Europe par exemple. En devenant les projectiles de racistes patentés, elles inspirent la honte et le dégoût, elles sont moins agréables en bouche, elles deviennent l’emblème de la haine et de la bêtise. À cause de tous ces écervelés, on va finir pas les considérer différemment et leur prêter de mauvaises intentions. C’est con…  Et puis en écoutant leurs insanités, on devient un peu moins diplomate, on envisage quelques ripostes de circonstance. Au hasard : leur enfoncer cet aliment courbé dans l’orifice qui leur sert à évacuer leurs déjections, bien qu’il soit parfois difficile, chez ces gens-là, de distinguer leur anus de leur bouche. Faut dire qu’avec des commentaires qui ne sentent pas toujours bon la rose, le doute est permis…

Quoique rongé par la violence et les propos indignes, le foot n’est pas une exception dans le monde du sport. Le premier match de la série opposant le Canadien de Montréal aux Bruins de Boston est venu nous le rappeler. Demandez à PK Subban. PK Subban ? Un des défenseurs les plus talentueux de la Ligue nationale de hockey, autrement dit un des meilleurs au monde à son poste. Il est jeune, fougueux, explosif, encore irrégulier (le diamant doit encore être poli), mais de l’avis de bien des experts, il dominera la planète hockey dans un avenir proche. Et comme tous les pépites de sa race, il inspire la jalousie et devient une cible facile quand vient le temps de déraper…

Vous l’aurez deviné : PK est noir. Un tort, selon certains. Lors du premier match contre Boston, il a eu le malheur de planter deux buts, dont celui qui scellait la victoire des siens (en prolongation) contre leurs ennemis jurés. Pour que cette rivalité parle à un Français, disons que c’est le PSG – OM du hockey nord-américain, les bagarres et les nazillons dans les tribunes en moins (je ne généralise pas). Les deux clubs se détestent. C’est historique, viscéral. La haine à son paroxysme. Autant dire que ça bastonne sec sur la patinoire les jours de match. Pendant les séries, c’est pire. Paradoxalement, c’est cette tension presque sans équivalent qui rend leurs confrontations si denses et savoureuses. La dernière en date fut à la hauteur des attentes, l’état de mes ongles pourrait en témoigner. L’objectivité m’oblige à confesser que le CH a été dominé durant toute la rencontre, mais que tel un roseau pliant face au vent, il n’a jamais rompu. Par moments, on serait même cru à Fort Alamo. La puissance et le surnombre d’un côté (quand une équipe domine, on a toujours cette impression), et l’énergie du désespoir teintée de courage de l’autre. David contre Goliath, et au final, une pierre jetée en plein front qui terrasse l’adversaire et la logique. Le sport quoi.

Ce soir-là, deux hommes ont fait la différence et aimanté les superlatifs. Le premier s’appelle Carey Price. Un autre joyau dans son genre. Au faîte de sa forme, il dégoûte l’adversaire. Techniquement, il est au-dessus du lot. Jeudi, il a goalé sur la tête comme on dit ici. Bref, c’était Jésus Price comme l’ont surnommé certains. Ce mec vous ferait presque croire aux miracles… Il ne marche pas encore sur l’eau, mais sur la glace, il lui arrive d’être divin.

Et puis il y a PK Subban, très inspiré lui aussi dans la ville du Massachussets. On connaît la triste suite. Les commentaires racistes, enfantés sur Twitter par des supporteurs frustrés, sevrés de culture, dépossédés de cette humanité qui immunise le sport contre la bestialité. À 17 000 reprises, le mot “nègre“ s’est propagé sur la Toile pour vilipender ce défenseur affûté. Bien entendu, comme souvent dans le sport, cette haine d’une autre époque s’est cantonnée à une poignée d’irréductibles de la connerie. « Si on mettait les cons sur orbite, t’aurais pas fini de tourner » a dit un jour le grand Audiard. Au 21e siècle, ils sont encore nombreux à tournoyer avec les débris de satellites et à répandre leur poussière infecte dans le beau ciel étoilé de notre galaxie. Le racisme n’est pas mort, loin de là. Si nous faisons trop d’honneur à ces éclopés de la cervelle en médiatisant leur paroles rances, nous devons tout autant les combattre, notamment avec humour, une arme très efficace pour désamorcer leur fiel.

Cet épisode fâcheux, qui a entaché cette série Bruins – CH, a au moins eu le mérite de rapprocher les deux clubs le temps d’une contre-attaque salutaire. L’organisation des Bruins, à l’instar de nombreux partisans de cette formation phare de la LNH, a très vite condamné les propos diffamatoires. Même au plus fort de la bataille sportive que se livrent les deux villes, l’intolérance a été clouée au piloris. On lui a prestement montré le chemin des poubelles… Je ne connais pas de meilleur endroit pour y faire pourrir les pensées les plus abjectes, celles d’individus mis au monde dans des latrines, puisqu’il faut trouver une paternité aux pestilences qui enrobent leur verbe.

Et si on tirait la chasse ?

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