Le mendiant de l’indifférence

Ce n’est pas une chanson, plutôt une complainte réduite au minimum vital : manger. On songe à ces paroles bégayantes sur un disque rayé : « Un peu d’change s’il vous plaît. » Debout face à l’escalier mécanique d’une station de métro, un homme tend une main fébrile, sans trop croire à la générosité de ses rencontres éphémères. Au pied de cette chenille inclinée qui charrie son gagne-pain, l’itinérant récite une aumône qui a le poids d’un psaume. Mais sa détresse va mourir sur l’indifférence, et sa voix mal assurée est ensevelie sous le brouhaha souterrain.

Le « un peu d’change s’il vous plaît » devient presque dérisoire. Une quête à contre-courant, un anachronisme que la modernité tolère pour se donner bonne conscience. La cécité des passants, presque blasés par cette errance incrustée dans leur paysage, enfante quelques propos peu amènes chez le mendiant démuni devant tant de mutisme.

Il rouspète, et cette révolte sans effet est un baroud en lambeaux, car ils ne l’entendent pas. Trop loin pour absorber les reproches de cet anonyme qui porte un chandail rouge quasi iconoclaste dans la lividité du moment.

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