Le journal d’un convalescent (8)

20140612-233329.jpg

Jeudi 12 juin. Aujourd’hui, trois rendez-vous. D’abord avec l’excellent Olivier Weinberg, qui vient d’illustrer un 2e album chez Casterman, sur le Débarquement. Inutile de dire que les récentes commémorations du 70e anniversaire ont un peu mis la Normandie en ébullition, et accaparé le temps de cet ami précieux. J’avais eu l’occasion de signer une grande partie des textes du Mur de l’Atlantique, paru chez le même éditeur, et j’avais beaucoup aimé cette expérience. Si vous êtes passionnés d’Histoire, je vous invite à vous procurer au plus vite cet ouvrage didactique, disponible dans toutes les bonnes librairies de France, et bientôt (si ce n’est déjà le cas), dans celles du Québec, et notamment chez Renaud Bray. Je rappelle au passage que ce genre d’album est constitué de dessins, mais aussi de photos d’archives et de textes très instructifs. Donc ne tardez pas, d’autant que sans votre contribution, mon ami est condamné à manger des raviolis bon marché jusqu’à la fin de l’année. On s’est retrouvé dans notre repaire habituel, un petit café situé sous des arcades médiévales, dont vous avez pu avoir un aperçu dans la précédente chronique. On a aussi fait un détour par la Fnac (pour les Québécois : c’est un peu notre Renaud Bray), où j’en ai profité pour acheter un petit cadeau pour ma môman, une mère un peu juive sur les bords (« il est bô mon fils ! »). Un livre qui, je l’espère, elle n’a pas encore lu, et sans images et écrit tout petit (j’aime la faire souffrir).

Midi trente et des poussières. Je rejoins Juju, un ancien collègue et surtout un ami. Un mec bien. Il m’avait demandé de lui ramener un chandail du Canadien de Montréal pour un de ses beaux-fils, lequel est accro à cette équipe mythique. Je lui ai pris celui du gardien Carey Price, comme en témoigne la photo prise par un ancien collègue photographe qui trainait par là, la place de la gare où nous trouvions ayant été investie par des salariés de la SNCF en grève (ils le sont en moyenne un jour sur deux :-)). On a mangé ensemble à la terrasse d’un restaurant sans prétention. Je n’ai fait qu’une bouchée de mon plat de pâtes au pesto et jambon fumé, et l’espérance de vie de mon tiramisu aux framboises n’aura guère été plus longue.

La suite ? Sportive ! Il faisait trop beau et trop chaud pour que je croupisse en ville, aussi paisible et jolie soit-elle. À peine revenu chez mes parents, j’ai enfourché le vélo de la mère, peu adapté pour les grandes virées, mais j’ai dû me contenter de ce que j’avais sous la main. Avec moi, il en a vu de toutes les couleurs ! Des montées interminables, des descentes, des coups de frein brusques… Je suis parti deux heures sur les routes de campagne, sous un soleil de plomb et sans la moindre bouteille d’eau (pas bien). Une casquette ? C’est quoi ça ? J’adore ces virées où je serpente entre les champs de blé et des troupeaux de vaches broutant généreusement une herbe encore verte et dense. Ça me rappelle mon enfance et j’ai parfois l’impression d’être hors du temps, comme étranger à toutes ces nouvelles technologies qui nous ont éloigné de l’essentiel. J’ai d’ailleurs savouré une petite escale dans un café iconoclaste. De ces troquets authentiques qui résistent parfois dans les villages, du moins ceux qui n’ont pas encore été enlaidis ou presque engloutis par les pieuvre urbaines…

L’endroit où je me suis arrêté était fidèle à mes souvenirs. La patronne devait avoisiner les 80 printemps. Quand je suis arrivé, le corps en sueur, elle était assise sur sa chaise. Il n’y avait pas âme qui vive à l’intérieur. Même le bruit était allé voir ailleurs. Nul doute que je devais être son premier client. Le souffle encore un peu court, j’ai commandé un Perrier, puis je suis allé m’asseoir sur la terrasse composée d’une petite table ronde en plastique et d’une chaise de la même composition, le tout protégé par un parasol qui avait un peu la bougeotte sous les chatouilles d’un vent léger. Je me suis assis, j’ai détendu mes jambes, et j’ai fait comme tous ces petits vieux qui tuent le temps et l’ennui : j’ai regardé passer les voitures, et même un tracteur. Sur ce trottoir aux allures de plage, je me détachais du présent, je dégustais ma parenthèse, loin de tout. Dans ces moments exquis, le monde peut s’écrouler, une 3e guerre mondiale peut éclater, je m’en fous. Moi, j’avais un Perrier à siroter, des jambes à dégourdir et une vie, la vraie, à rattrapper, dans un village paumé, lequel, de mon point de vue, valait bien tous les endroits paradisiaques de cette planète. J’étais bien, détendu du gland, à contre-courant de la vie active, lové dans une paresse qui me réconfortait, auréolé de cette contemplation des choses simples qui reste l’essence du bonheur. J’ai ramené mon verre vide à la petite dame, et j’ai failli lui dire que la simplicité surannée de son petit commerce était d’un réconfort énorme dans un monde qui va trop vite. Quand je suis reparti, j’avais les guiboles légères, mais le sourire qui s’agrippait à mon visage n’a pas duré. Car après une descente, accompagné du regard par quelques groupies ruminantes, j’ai eu droit à un faux plat usant pour les mollets. J’ai bien cru que toutes les vitesses du vélo allaient y passer. Cette montée, je la connais, et à chaque fois, je la déteste avant de l’avoir entamée. La salope ! Une fois parvenu au sommet, la suite fut un jeu d’enfant.

Une douche, quelques cerises venues du jardin pour reprendre un peu de force et je me préparais à ma première reconquête. On appréhende toujours un peu ces moments.

23h27. Je reviens avec le sourire aux lèvres et le cœur plus léger. Magalie et moi avons retrouvé nos bonnes habitudes, nos vieux réflexes, et les fous rires ont repris là où on les avait laissés, il y a presque trois ans. Réconciliés, et pour de bon. Ce soir, j’ai retrouvé une amie…

20140612-233405.jpg

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s