Le journal d’un convalescent (11)

Dimanche 15 juin. J’aime pas les dimanches. Je l’ai déjà écrit sur ce blog. C’est veule un dimanche. J’ai toujours du mal à émerger, et puis je repense souvent aux vendredi et samedi, qui sont de meilleure compagnie…

Tout ça pour dire que j’ai mis du temps à me mettre dans le sens de la marche. L’après-midi, j’ai enfourché mon vélo. Dehors, il soufflait un vent à écorner un boeuf comme on dit au Québec. Bref, pas vraiment un temps à pédaler. En me voyant déterminé, ma mère était circonspecte. Mais un Olivier déterminé est un Olivier têtu, et qui, par trop de fierté, ne se fixe parfois aucune limite. Une fois sur la route, j’en ai chié ma race, pour reprendre une expression populaire. J’ai mouliné à contre-courant, j’ai grimacé plutôt deux fois qu’une. J’avais dans l’intention de passer à l’improviste chez la mère de ma GRANDE amie Régine, dans un village situé à une quinzaine de kilomètres de là, en me disant qu’il y avait des chances que je croise ladite Régine là-bas. Mais avant cela, il fallait combattre le vent, et surtout gravir cette terrible côte que je connaissais par coeur, pour l’avoir montée souvent par le passé. Ma crainte était d’autant plus fondée que je fonçais (enfin façon de parler) sur un vélo du dimanche, autrement dit programmé pour la balade pépère… Quand je suis arrivé au pied de cette montée démoralisante, je me suis dit que je poserai un pied à terre assez vite. Mais mon ego a dit « niet », et même, je crois, « si tu fais ça, tu fais le chemin retour sans la selle ». J’ai donc relevé le défi, sur ce bicycle minable, lequel, ai-je cru à un moment, allait finir par rendre l’âme avant moi. Arrivé au sommet, j’étais sur le plus petit plateau et avec la plus petite vitesse. En clair, je pédalais dans la semoule. Si j’étais exténué ? Disons que je respirais comme un âne. J’avais chaud, terriblement, et mes cuisses avaient la consistance du béton. Mais j’étais heureux, le buste altier du devoir accompli. Un mâle quoi ! 🙂

Comme je le soupçonnais, Régine était chez sa mère, avec ses deux enfants et son mari Gino, un Italien dans la plus pure tradition. Toujours classe, même un dimanche, comme je lui ai fait remarqué d’ailleurs. Il a souri et m’a répondu avec cet accent que je lui envie. Je l’ai dit et je le répète : l’italien est le plus beau concert du monde ! Ca m’a fait du bien de voir ma cops. Avec elle, c’est rire garanti. Un personnage qui mériterait un bouquin, tant sa vie est riche en anecdotes. Régine a aussi eu droit à son lot de claques sentimentales dans la gueule, et aujourd’hui, c’est une femme et une mère épanouie. Une de ses soeurs, Claire, était aussi là. Le même style. Dans cette famille de filles – 4 frangines plus exactement – on ne reste jamais très longtemps sérieux. Je m’y suis toujours senti un peu comme chez moi. Le genre de tribu qu’on ne croise pas à tous les coins de rue, alors forcément, quand on a la chance de faire partie de leurs intimes, on s’accroche à ces compagnies précieuses comme le lierre sur une maison…

Je suis reparti en fin d’après-midi, avec trois cafés dans le ventre. J’ai pris un autre chemin pour rentrer, sur les conseils de Claire. Un chemin de carte postale, route serpentant au milieu de champs de blé cuivrés par un soleil lui aussi à bout de force. Cette vision dominicale d’une campagne intacte, avec sa quiétude contagieuse, a suffi à mon bonheur, moi le contemplatif. Le soir, j’étais encore en vadrouille, de retour chez mon ami d’enfance pour assister au match de l’équipe de France face au Honduras dans le cadre du Mondial de football au Brésil. Sa femme avait préparé une salade vosgienne aussi délicieuse que roborative, ce qui ne nous a pas empêchés d’aller commander deux pizzas pour satisafaire nos appétits de loups. Sans oublier, pour finir en beauté, un clafoutis aux cerises et un gâteau au chocolat concoctés par madame… Les Bleus ont remporté facilement (3-0) ce premier duel. Il y a finalement des dimanches moins laids que d’autres.

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