Le journal d’un convalescent (13)

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Mardi 17 juin. Quand j’ai ouvert mes yeux pleins de crottes, mes parents étaient déjà partis. Ils se sont levés très tôt aujourd’hui pour participer à une marche dans un autre département. Moi aussi, j’ai pas traîné au lit. J’avais rendez-vous avec un ami, intermittent du spectacle et depuis peu papa. Je me souviens qu’à l’époque, il faisait tomber les filles, et je me suis dit que ça n’avait pas dû beaucoup changer quand je l’ai vu. A part un – léger – embonpoint dû à l’âge, il était resté le même. J’ai oublié de lui demander s’il jouait toujours du sax… (les musiciens ont toujours la cote auprès des gonzesses).

Lui, il fallait que je le vois. Disons qu’il m’a donné une clé, une clé qui peut-être me manquait. Je vais rester volontairement évasif (oui, je sais, c’est dur le suspens), mais disons qu’il a enseveli mes derniers doutes. Il y a désormais une échéance dans ma tête, un projet. Lequel ? Vous le saurez d’ici au 30 août. Je vais passer un coton tige dans le moindre de mes recoins (démerdez-vous avec ça :-)). J’avoue que cette rencontre m’a fait du bien. J’avais en face de moi un homme qui, à un moment de son existence, était à un carrefour. Il était en équilibre et sa vie ne tenait qu’à un fil. Et puis il est arrivé ce qu’il est arrivé. Ce matin, ce n’est pas une loque que j’avais devant moi, mais un gars bien dans sa peau, qui pouponne. Disons que le fil sur lequel il luttait pour ne pas tomber est devenu une passerelle…

L’après-midi, j’avais rendez-vous avec un coutelier, dans le cadre d’un article. Un cadre commercial qui se vide la tête en confectionnant des couteaux haut de gamme. Du bel ouvrage. Je lui aurais bien acheté une de ses pièces, mais le prix a été un frein. A 200-300 euros le modèle le moins cher, ma décision a vite été prise. Tant pis. Reste que j’ai toujours été admiratif des gens habiles de leurs mains, les bricoleurs. Avant de fabriquer des couteaux, le gars s’est essayé à la sculpture et à la peinture, a retapé des meubles anciens et une ruine qui est devenue sa maison. Une demeure plutôt coquette dotée d’une piscine où j’aurais bien piquer une tête…

A peine dans ma voiture que je prenais une autre direction. Je rendais visite au frère de mon ami d’enfance. J’ai tenu à faire une photo en sa compagnie, et je dois même avouer que cela était primordial ! Parce que je dois à cette personne – Florian de son prénom – un surnom qui m’a poursuivi toute ma vie et qui me poursuit encore. Un surnom avec une consonnance portugaise : Pinto. Pourquoi ? Il ne le sait pas lui-même. Nous jouions à l’époque dans la même équipe de foot, ça lui est venu comme une envie de pisser. Dans le village, des jeunes ont commencé à m’appeler comme ça. D’autres amis l’ont à ce point adopté qu’il a éclipsé mon vrai prénom. Je crois n’avoir jamais entendu Olivier dans la bouche de certains… Bref, c’est pour la vie. On s’est maté le match Brésil-Mexique, coupe du Monde oblige, entre hommes, la femme de Flo ayant préféré nous fausser compagnie, alors qu’une odeur de mâles dominants avait commencé à se répandre devant le poste de télévision. Une fois partie, on a sorti la coke et appelé des putes, profitant de quelques ristournes grâce aux nombreuses cartes de fidélité de notre hôte. Mais non c’est pas vrai. Il a juste sorti les bières et une bouteille de Jet 27. Cela faisait une éternité que je n’avais pas bu du Jet 27. Ce n’est pas très fort et ça se boit comme du sirop. Après, faut pas se taper toute la bouteille non plus, sous peine de déraper. Déraper, voilà un mot qui colle parfaitement à notre fin de soirée. Je ne sais pas pourquoi, mais ces derniers temps, je croise des gens pervers, qui communient généreusement avec mes délires. Tout ce que je peux dire, c’est qu’on s’est bien marré, et qu’on n’a pas vu grand-chose du match de foot, pas terrible au passage. Pour le reste, je ne parlerais qu’en présence de mon avocat.

Si on avait écouté Flo, je pense qu’on aurait tanné la bouteille de Jet, fumé dix paquets de clopes (je ne fume pas, la photo est un délire), et dévoré toute la boîte de Twix glacés. Je précise que si ce dernier est habillé sur la photo, il demeure torse nu en toute circonstance une fois chez lui. Par chance, il garde le bas. Un exhibitionniste refoulé je dirais…

Le retour a été épique. Car avec mon pote Régi, nous nous étions donnés rendez-vous sur un parking en pleine campagne. J’avais laissé ma voiture et on avait pris la sienne pour aller chez son frère. Grande fut notre surprise en constatant au retour qu’une barrière avait été baissée et fermée avec un cadenas, empêchant toute sortie. Bref, la merde ! Le terrain étant cerné de fossés, toute issue de secours semblait exclue. Sauf qu’en regardant bien, on a trouvé une faille, et après quelques manoeuvres millimétrées, j’ai pu me sortir de ce mauvais pas. On s’est dit que ça ferait une anecdote à raconter, et qu’il n’y avait pas d’âge pour se fourrer dans un sacré pétrin. 🙂 Et c’est tant mieux…

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Catégories :Journal d'un convalescent

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3 replies »

  1. Eh oui on a passé une très bonne soirée. Et cette voiture bloquée sur le parking à minuit en pleine campagne nous a fait retourner en arrière dans le temps quand ils nous arrivaient des tuiles. Mais tout est bien qui finit bien jusqu’à la prochaine aventure.

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  2. C’est toujours très agréable de vous lire où que vous soyez et quoi qu’il arrive dans votre vie! Je vous souhaite un bon séjour en Europe et éventuellement un doux retour au Québec !
    Je vous lis depuis le Texas avec plaisir presque tous les jours.
    Carole

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