Le journal d’un convalescent (14)

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Mercredi 18 juin. Toujours le soleil. Tant mieux. Journée de boulot aujourd’hui. Petite flammenkuche et mousse au chocolat à midi, et détour par une petite librairie de quartier dans le coeur historique de Metz. J’ai repéré un ou deux livres que je vais sûrement ramener dans mes valises. Il y a aussi ce message qui a égayé ma matinée. Un message venu du Texas aux Etats-Unis. J’ai découvert que j’avais une fidèle lectrice qui se prénommait Carole. Une accro. D’autres comme elles m’ont laissé des messages par le passé. Je suis toujours ravi de toucher des inconnus aux quatre coins du monde. Je veux brasser large, et les commentaires sont toujours les bienvenus. Ces apartés de gens que je connais pas me poussent à continuer. Je ne sais pas ce qu’ils viennent chercher, mais si ce blog, avec ses hauts et ses bas, ses rires et ses colères, sa transparence, et, quoi qu’on en pense, son humanité, leur procure du bonheur ou leur fait du bien, alors je suis un écriturien comblé.

De retour chez mes parents, je suis allé courir. Encore. Deux jours que j’avais pas fait de sport et je me sentais comme un lion, que dis-je, comme un gorille en cage. Parfois, je me dis que mon corps n’en fait qu’à sa tête. Je ne le contrôle plus. Il quémande sa dose d’efforts, puis finit par se servir. Je cours chaque séance un peu plus vite, enfin c’est mon impression. Je pense que ce n’est qu’un début. Envie de souffrir pour faire sortir le démon. A vrai dire, je pense qu’il a fini par briser ses chaînes. Un épisode récent a confirmé ce que je craignais ou espérait. Comme si cet autre partie de moi avait refait surface. Nous avons tous un double en nous, une face obscure qui peut avoir ses bons côtés. Suis pas du genre à tendre la joue gauche quand on m’a frappé la droite. La claque induit parfois une riposte. Je ne parle pas de vengeance mais d’un rééquilibrage dans ma façon de voir les choses. Disons que pour le moment, j’ai mis quelques principes entre parenthèses…

photo 3Depuis que je foule à petites ou grandes enjambées la terre de mon adolescence, je constate à quel point la nature me manque. Elle me remplit les narines, réactive de vieux besoins. Aujourd’hui encore, j’ai alterné béton, sable (oui, il y a une « plage » dans mon village !), terre et gazon. J’ai aussi testé un autre parcours, au hasard. Me suis laissé porter par mes baskets, cerné par des étangs recouverts de nénuphars, en apercevant même un cygne qui semblait s’être perdu dans ce décor bucolique. La solitude du coureur est agréable à vivre si l’on prend le temps d’observer les choses qui sont autour de nous. Moi, je ne me prive pas. Tous mes sens sont en éveil. Le toucher, par exemple, quand des herbes hautes me châtouillent les cuisses. A cet instant précis, malgré la sueur désagréable et l’effort permanent, j’apprécie l’instant présent, je fais l’impasse sur toute cette modernité dont  je suis l’esclave et le prisonnier. J’oublie tout. Mon bonheur à moi, il peut être simple comme un footing, ou un repas équilibré et léger avec ma mère, avec huile d’olives et parmesan pour apprêter des courgettes, et quelques tranches de saucisson lorrain qui me mettent les papilles gustatives en ébullition. J’avoue que ces derniers temps, j’appréhende mon retour à Montréal, alors que la nature a tant à m’apporter. Je la kiffe, cette pute qui se livre à moi sans transactions ni insinuations. Elle me chevauche avec ses parfums et me viole la pupille avec ses paysages. Mais une salope que je respecte, c’est dire…

J’ai encore pu le constater ce soir, chez les parents de mon filleul. Quand son père m’a proposé de l’accompagner dans son champ, situé à 5 mn à pied de là, je suis redevenu un ado, j’ai senti de vieux souvenirs remonter le long de mon échine. J’ai cueilli quelques framboises que j’ai dégusté sans passer par la case évier. A l’ancienne. Cela m’a rappelé l’époque, où, plus jeune, je devalisais des mûriers. Ce soir, ces gestes anodins m’ont fait l’effet d’une drogue. Je renouais avec la terre, décidant même de donner un léger coup de main à mon cousin en arrosant une parcelle de son jardin des saveurs. Je suis devenu un citadin par la force des choses, mais depuis quelque temps, des crevasses sont apparues, à travers lesquelles des brindilles se fraient un chemin. J’ai adoré cette fin de soirée où, un arrosoir dans une main, j’ai approvisionné quelques légumes en mal d’hydratation. La campagne sans le maquillage de la ville, le retour aux sources, les ongles sales, et tout ce que le naturel vous inculque en plantant sa petite graine. Je suis imbibé de nostalgie, moi le papier buvard des petits plaisirs qu’on a tendance à négliger…

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2 replies »

  1. Eh bien là quelle surprise de lire à mon sujet dans votre blogue !!! Si j’ai égayé votre matinée, vous avez égayé ma soirée quoiqu’ici à San Antonio, Texas, on ne manque pas de soleil !

    Je vous suis avec pas mal d’assiduité depuis votre road trip en 2012. Tombée tout à fait par hasard sur votre blogue en cherchant des articles sur la Gaspésie et les Iles de la Madeleine, j’ai d’abord accroché sur le titre du blogue. L’ECRITURIEN.

    Voilà juste avec cela,mon coeur fit trois tour ! Moi qui aime tant écrire ma vie , je venais de trouver ce que j’étais moi aussi. Une ECRITURIENNE !!! Depuis ce jour, mes journaux intimes sont ceux d’une écriturienne épicurienne !!!

    Ce que j’aime tant chez-vous Olivier, et puis tiens, je dis « tu » si tu veux bien c’est l’écriture espiègle et colorée qui agrémente tous tes textes. Que tes jours soient clairs et ensoleillés ou gris et pluvieux, le ton est toujours un peu comique et ça, j’aime vraiment vraiment ça.

    Je suis une québécoise pure laine qui vit au Texas depuis presque 2 ans, la carrière de mon mari nous ayant fait le bonheur de venir découvrir cette terre de cowboys ! Nous adorons cette nouvelle vie et ces opportunités de nouveautés.

    Je me débrouille pas si mal en anglais depuis mais je demeure profondément attachée à la beauté de la langue française que j’ai tant de plaisir à lire surtout si elle est écrite par des gens amoureux des beaux mots.

    Ben voilà, je me suis attachée à tes belles phrases et à tous ces mots que je découvre en te lisant ! Je rigole souvent à ta lecture et je suis toujours contente de recevoir un e-mail me disant que tu as pondu un autre savoureux texte.

    Voilà, j’aime les plaisirs et les petits bonheurs quotidiens et tu es un de ceux là ! Continue d’écrire car tu as un talent fou pour dire les choses !

    Je t’envoie encore du beau soleil texan et un sourire tout heureux !

    Carole ( une écriturienne comblée )

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