Le journal d’un convalescent (15)

photo Metz

Jeudi 19 juin. Je suis dans les tranchées à Verdun. La faute à un papier que je dois écrire sur une exposition d’envergure qui a pour cadre la capitale mondiale de la paix, centenaire de la Grande Guerre oblige… Je suis bien content de ne pas avoir vécu durant cette période. La bataille de Verdun, une des plus longues de ce conflit (300 jours), est notamment le symbole de l’absurdité. Des milliers de vies fauchées pour des gains de territoire dérisoires, c’était aussi ça, ce terrible enfer. J’avais donc le clavier embourbé dans la Meuse. Je sais, c’est pas très gai comme sujet, mais c’était ça ou des confessions scatologiques.

Le problème, c’est que mon jeudi n’a pas cassé trois pattes à un canard. Plus prosaïquement :  il ne passera pas à la postérité des souvenirs impérissables, comme courir nu derrière un âne en l’appelant Monique (je m’excuse par avance auprès des lecteurs dont la maman, ou, pire, la femme ou la petite amie, se prénomme Monique). A part bosser et croiser la femme de mon pote d’enfance dans un bus, je n’ai pas grand-chose à raconter. Ah si, j’ai mangé des pâtes au thon et bu un smoothie à midi. Cette disette signifie que je vais me coucher plus tôt ce soir, dans cette chambre du fond où je me transforme parfois en love-garou.

Ma mère m’a vu trente minutes aujourd’hui. Brièvement le matin, le nez dans un bol de céréales, et fugacement en fin de journée, le temps de récupérer un panier rempli de cerises bien mûres que je destinais au couple d’amis à qui je rendais visite, dans un village situé non loin de là. Quand je suis arrivé, Sabine s’apprêtait à mettre en route un délicieux plat de lasagnes. Pierre, son mari, m’a fait remarquer qu’à chacune de mes venues, nous mangions italien. Je me suis dit qu’il s’agissait peut-être d’un message codé. Genre : italien (même en tongues et en pyjama Dora, t’as vraiment la classe); grec (tu serais pas un peu PD ?); québécois (parle pas la bouche pleine, on comprend pas ce que tu dis); éthiopien (t’as maigri ?); mexicain (je suis chaude comme des fajitas au piment); vietnamien (paraît que ton corps est miné, c’est vrai ? Parce que moi, je suis un peu kamikaze…); japonais (fais moi hara-kiri avec ton sabre), etc.

On a mangé sur la terrasse, avec leurs deux enfants, Hugo et Thomas, qu’on a empalés puis fait cuire. Je pourrais broder encore des tas de conneries de ce genre, mais il est 0h08 et mes paupières sont obèses. Car à cause de vous, je me pose chaque soir devant l’ordinateur de mes parents, en me triturant parfois un téton pour faire venir l’inspiration (chacun sa technique). Il m’arrive d’éjaculer des mots. D’autres fois, je dois me contenter de quelques gouttes. Voilà, ça devient graveleux. La fatigue. Demain est un autre jour. Au passage, le dessert concocté par Sabine, un clafoutis aux cerises (c’est de saison), était à tomber par terre. J’en ai repris deux fois. J’aurais bien tenté une 3e part si leur pèse-personne n’avait pas fait irruption dans le salon en faisant les gros yeux. Putain, je délire ! Cette fois, j’en suis sûr : mon lit m’appelle. Je vais le remplir avec des soupirs… et péter dans les oreillers. L’odeur devrait masquer les regrets. 😉

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