Le journal d’un convalescent (16)

 

Les femmes à la cuisine. Elle est pas belle la vie ?

Les femmes à la cuisine. Elle est pas belle la vie ?

Désolé pour le retard. Le week-end a été mouvementé. Je sais que certains d’entre vous se sont inquiétés. Faut croire qu’il y a des lecteurs accros, à la limite de l’hystérie (faut que je songe à embaucher un garde du corps).

J’en étais où ? Ah oui, vendredi 20 juin. Je me suis couché tard. La faute à trois femmes. C’est une constante chez moi : toujours bien entouré. Ce soir-là, alors que la France corrigeait la Suisse et faisait s’époumoner les rues alentours, avec leurs cafés et leurs bars imbibés de supporteurs, j’étais en minorité, avec un taux hormonal  à la limite du seuil de tolérance. Nous avions rendez-vous à 19h chez une amie. Enfin ça, c’était au début. Car avec Dali, petit raccourci de Dalila, il se passe toujours quelque chose, il y a toujours un imprévu qui s’intercale dans l’agenda. Vendredi, on recevait ainsi un premier texto nous invitant à venir plutôt à 19h30. Plus tard, un second, que j’ai encore devant les yeux : « Bon, oublié un truc essentiel pour le repas de ce soir. 20h chez moi… » Le truc essentiel, c’était le poulet qui devait accompagner ses légumes et son riz. En clair, sans lui, on devenait un peu végétariens, contraints et forcés… A 20h15, je me pointais à son domicile. Devant moi, à une bonne centaine de mètres, une fille me faisant un signe de la main. Linda. Toujours aussi charmante malgré le temps qui passe. Un mélange d’élégance et de simplicité, et une bonne dose d’humour pour embellir le tout. Je me demande parfois si elle a vieilli depuis nos années lycée.

Quand on arrive chez Dali, il faut lever la tête. Faute de sonnette à portée d’index, on en est réduit à cambrer la nuque, après avoir hurlé « Dali, on est là !! ». Par chance, et par égard pour le voisinage, on peut aussi lui passer un coup de fil ou lui envoyer un SMS. Généralement, elle passe sa tête de rasta (sa chevelure est un hymne à l’Amazonie) par la fenêtre pour nous avertir qu’elle descend… ou qu’elle va sauter, si elle est pressée. Je dois aussi préciser que Dali habite un appartement qui se situe sur 5 niveaux, cave comprise. Un petit immeuble haut et très étroit qu’elle loue pour une bouchée de pain à une sommité de la médecine cardio-vasculaire… Un mec plein aux as mais modeste, sans signe extérieur de richesse, nous a-t-elle dit. Bref, une aubaine, d’autant que le loyer n’augmente pas. A l’intérieur, la déco est erratique, bordélique et soignée. Un reflet de la personnalité de notre hôte. On se sent bien chez Dali, comme tous ces petits nids douillets qui ont vécu et se foutent de vous en mettre plein la vue. Bref, ça suinte l’authentique !

Gainsbourg nous a tenu compagnie. On trouve beaucoup de choses chez Dali, dont de vieux vinyles.

Gainsbourg nous a tenu compagnie. On trouve beaucoup de choses chez Dali, dont de vieux vinyles.

Quelques minutes plus tard, Elizabeth nous a rejoints, en provenance du Luxembourg. Chacun avait été chargé de ramener un petit quelque chose. Moi, ma mission, c’était le dessert. J’ai joué la carte de la variété : cinq pâtisseries différentes, dont un éclair au chocolat qui me faisait méchamment de l’œil. Une fois au complet, on a commencé par l’apéro. Au programme de la mise en bouche : fromage, charcuterie et champagne… Je fais l’économie du déroulement de la soirée, avec ses digressions sexuelles (les femmes sont pires que les hommes), ses fous rires rabelaisiens – dont celui de Dali, très proche du gars qui a forcé sur la binouze et adore le foot – et tous ces souvenirs exhumés de cette époque où nous sévissions en arts plastiques dans un lycée de Metz. Les Arts P., comme on disait, ont toujours été des promotions à part, et force est d’admettre que notre réputation nous précédait dans cet établissement. Nous étions, aux yeux des étudiants bûcheurs et de bonne famille des parias doublés de glandeurs. Les autres filières nous considéraient avec condescendance et un peu de jalousie. Nous étions les artistes, les bohèmes, les clowns du bahut. Un avant-goût de vedettes, une giclée encore mal assumé de notoriété. Après, il y a eu l’avenir, la dure réalité. Aucun d’entre nous, ou si peu, ont épousé une carrière artistique. Mais je m’égare…

Je veux aller à l’essentiel : le repas. Je ne pensais pas battre un record en me rendant à cette soirée. Je rappelle que nous sommes arrivés à 20 h. Je dois aussi préciser qu’avec Dali, le temps est une notion africaine, ou vague si vous préférez, et que la cuisine est une option, à défaut d’être un violon d’Ingres. Ça ne veut pas dire qu’on mange mal, ça veut dire qu’on mange différemment et que la maîtresse des lieux est un peu stressée quand elle reçoit des convives, au point où elle peut par exemple passer du riz al dente à du riz purée. Pour le riz justement, on s’en est occupé, enfin je veux dire les filles, lesquelles ont aussi épluché les carottes avec une dextérité qui a titillé ma perversité. 🙂

Moi, je les ai regardées s’agiter. J’ai offert mon aide, elles ont refusé, l’une d’elles proposant de m’ablutioner le corps avec de l’eau de rose pour me faire patienter (moi mytho ?). J’ouvre une parenthèse sur l’accoutumance de deux d’ente elles a la cigarette, d’où quelques sous-entendus de nicotine et de cannabis dans mes cheveux au retour. Mais revenons à ce qui nous intéresse, je veux dire ce poulet au curry accompagné de riz et de légumes, que nous avons dégusté… à minuit et quart ! Pas la peine de prendre un rendez-vous chez un ophtalmo, vous avez bien lu. Nous étions à l’heure espagnole, et sans doute pire… L’heure kabyle, dirons-nous, puisque cette amie singulière possède une parenté avec cette culture maghrébine, Dali ayant peu d’atomes crochus avec les standards scandinaves. Inutile de vous dire qu’on a fait l’impasse sur le fromage et qu’on est passé directement aux desserts, en ponctuant le tout avec un odorant et original thé au chocolat. J’ai rejoint mon lit à 3h. Je pense que si on avait suivi Dali, on aurait flirté avec la nuit blanche ou copulé en fumant de la beuh et en écoutant du Jimi Hendrix, dont elle est depuis toujours une inconditionnelle, et avec lequel elle partage des similitudes capillaires.

Je ne peux que dire merci à cette amie décalée et oxygénante pour son accueil digne des souks. Simplicité et générosité sont deux mots qui lui vont à merveille, qui distinguent cet hurluberlue au rire charismatique. Le genre de personnes que l’on quitte avec un sourire aux lèvres, sans oublier de noter sur un bout de papier qu’il est préférable, en cas d’invitation de sa part, de prendre rendez-vous à midi pour espérer passer à table vers 20h. Une sorte de jetlag, sauf que le décalage enfume votre estomac…

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