Le journal d’un convalescent (19)

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Lundi 23 juin. Aujourd’hui, deux rendez-vous. Un à midi et un autre le soir.

Midi et des poussières. Je suis ponctuel. Premier arrivé. Gérald déboule peu de temps après. Claire, qui complète le trio, se fait toujours désirer. Avec ces deux-là, nous avons instauré une sorte de rituel. On se retrouve autour d’une table pour le déjeuner, selon les disponibilités de chacun. La plupart du temps, on atterrit dans le même endroit, un petit restaurant dont le rapport qualité-prix nous convient. Les serveuses sont mignonnes, le service rapide. Nous sommes vite devenus accros à ces rencontres aussi courtes que réjouissantes. Car en à peine deux heures, les sujets sérieux se comptent sur le bout d’un doigt, et je suis généreux ! Bref, ça déconne à plein gaz, au point où mon pote à des sueurs froides à l’idée de transposer un jour ce pèlerinage chez lui, avec femme et enfants. Faut avouer que notre langage redevient primaire, voire carrément préhistorique, dès que nous sommes réunis. Ça ne vole pas haut et la grossièreté n’est que le prolongement – drôle il est vrai – de notre belle amitié. Je vous rassure : cette vulgarité de potaches se résume aux deux mâles qui composent ce trio explosif. Dans ce registre, Claire reste sobre, même si elle n’en pense pas moins. Je vous épargne les mimiques et autres gestes qui accompagnent certains mots. C’est pareil sur Facebook. Pas de « bonjour » ente nous, mais un « salut grosse pute » qui met tout de suite dans le ton et nous exclut illico des coincés du cul. L’espace d’un repas, nous oublions que nous sommes des adultes, et ça, ça n’a pas de prix ! Et comme nos voix ont tendance à s’exporter vers les autres tables, j’imagine que certains doivent profiter de nos dérapages verbaux, se demander à qui ils ont affaire, ou sourire, tout simplement.

Cette fois, lundi oblige, notre gargote fétiche était fermée. J’avais oublié que nous étions en France. On s’est donc rabattu sur un resto indien. Quand on est arrivé, nous étions les premiers clients. Le serveur nous a adressé un grand sourire, un sourire qui avait l’air de dire « s’il vous plait, restez ! Ma femme va venir danser pour vous, restez, je vous en supplie ! » On a pris la formule Buffet a volonté, tant qu’à faire. A la sortie, Claire a fait un bout de chemin avec nous, puis on lui a caressé les seins pour lui dire au revoir. Claire s’est esclaffée. Claire rit tout le temps, même quand elle jouit, du coup, on perd un peu ses repères… Claire a un rire qui ne fait pas semblant, comme ses trois sœurs et sa mère, que je connais très bien. Gérald m’a pris dans un voiture (enfin façon de parler), m’a déposé non loin du lieu où le travail m’attendait. Si la voiture de Gérald était un être humain, elle serait centenaire ou momifiée. C’est à se demander si elle crèvera un jour. L’intérieur sent les soins palliatifs et un peu, il faut le dire, la semence masculine suspecte. Cette insinuation n’a d’autre but que de faire éclater de rire l’intéressé, qui est un lecteur assidu de ce blog… Gérald a trois enfants, une femme, un appétit d’ogre, et une fâcheuse tendance à vous gratter la paume avec son index quand il vous serre la main. On peut été un père exemplaire et un pervers.

Près de 7 heures plus tard, je fréquentais à nouveau les abords de la très belle cathédrale de Metz, surnommée la lanterne de Dieu, puisqu’elle détient la surface de vitraux la plus importante de France pour ce genre d’édifice (vous vous coucherez moins bêtes ce soir). Philippe et Véronique ont succédé à Gérald et Claire. Encore des amis fidèles. La dernière fois qu’on s’est rencontré, ils m’accueillaient en pleine ville coiffés de perruques multicolores. Avec eux, le ridicule ne tue pas, il conserve, et cela fait toute une différence. Ils font partie des gens qui s’émerveillent de petites choses, et opus qui l’amitié n’est pas un mot inventé par Facebook. Ils ne sont jamais avares d’une petite surprise ou d’un délire, et c’est ce que j’aime chez eux.

Arrivé devant le ciné où nous avions calé notre rendez-vous, j’ai pu constater que Philou s’était laissé aller à une petite coquetterie, en l’occurrence une espèce de foulard aux couleurs de l’Allemagne sur son crâne de moine. Et pour ne rien arranger, il avait opté pour une tenue oscillant entre la décontraction et une certaine élégance… En clair, on se savait pas s’il partait à la pêche ou s’il se rendait à une réunion de bureau. Du Philippe tout craché ! Et il n’était pas venu les mains vides, me gratifiant d’un discret collier de style hawaïen lui aussi faisant référence à la Mannshaft (voir la photo), coupe du monde de football oblige. Autant vous dire que ces accoutrements ont fait tourner quelques têtes sur notre passage. Je compte d’ailleurs ramener ce présent, d’autant que la France peut croiser la route des Teutons dans cette compétition.

Après avoir sacrifié à l’apéro de circonstance – trois petits verres de vin blanc bien appréciés – on est parti en quête d’un menu. Sur mes conseils, nous avons opté pour un restaurant italien qui a bonne réputation à Metz, et dans lequel je choisis toujours le même plat, à savoir des penne con cipole, qui me fait toujours un effet bœuf avec sa sauce au thon et aux oignons, sauce sur laquelle je verse une quantité non catholique de parmesan. A la fin, on avait beau être repus, la peau du ventre bien tendue, on n’a pas su résister au dessert. Trois gourmands ne feront jamais un régime.

La soirée s’est achevée comme la journée avait commencé. En agréable compagnie. Je ne connais que cette météo radieuse avec mes amis…

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