Le journal d’un convalescent (21)

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Avec Denis, ou le Den’s comme on dit, mon pote sur deux roues et ambassadeur de la marque Ricard. Servez-lui un petit jaune à l’apéro et il sera l’homme le plus heureux du monde !

Mercredi 25 juin. Réveil difficile, nuit coupée en tranches. Ça m’apprendra à trop penser… Quand je cogite, c’est toujours pareil : je flingue les moutons. Du coup, je n’ai plus rien à compter. J’ai essayé avec des vaches, ça ne fonctionne pas. Elles percutent l’enclos, font tout tomber, et forcément ça me réveille. Les connes.

Le 25 juin est une date particulière pour moi. Le jour où la planète se souvient et commémore la disparition de Michael Jackson, moi j’ai une autre star en tête. Disons qu’elle avait ce statut auprès de sa famille, son chéri et ses proches… On est tous la star de quelqu’un, même si on ne le sait pas toujours. Prenez mon exemple : je suis lu dans le monde entier, avec, depuis peu, de nouveaux fans immatriculés en Belgique. Dess vieilles édentées m’apostrophent la rue, les plus folles me bousculant avec leur déambulateur. Chaque jour, des anonymes et autres accros à l’Ecriturien rejoignent ma rive, se lovent au creux de mes modestes mots, et agitent ce grand miroir où ils distinguent parfois leur reflet. Mes failles, mes détresses et mes coups de gueule deviennent les leurs, mon rire les contamine, et mes larmes aussi… Ma transparence n’est que le prolongement de ma sincérité, et cette mise à nu demande, et je le dis sans prétention, un certain courage. Mais il m’arrive d’hésiter, pour protéger les quelques parcelles encore secrètes de mon jardin intime.

Mais revenons à cette date maudite, au risque de casser un peu l’ambiance. Le 25 juin 2001, je perdais une amie, une amie singulière. Une amie avec le vent de la gaieté dans les cheveux. J’ai eu le bonheur d’écrire un petit chapitre de sa vie amoureuse, et je lui dois, je l’ai déjà dit, mes premiers « Je t’aime ». A 27 balais, je commençais à me poser des questions. Avant elle, ces deux mots n’avaient aucune saveur pour moi, j’étais un Viking, un dur du palpitant. Mes relations précédentes se résumaient à d’agréables compagnies. Et puis elle, ce petit bout de femme qui faisait l’unanimité partout où elle passait. La générosité incarnée. Quand elle a rendu son dernier souffle, le ciel s’est assombri, le soleil est tombé. Moi, j’ai regretté profondément de n’avoir pas repris plus rapidement contact avec elle. Quand notre histoire s’est arrêtée – par ma faute je dois l’avouer, au nom d’une sacro-sainte liberté qui m’interdisait de m’investir – je lui en ai voulu. Les gens qui se font larguer ont toujours une petite crotte d’amertume sur le coeur. C’est logique et humain, compréhensible. Je crois que j’ai porté et que je porte encore aujourd’hui ce boulet. Car au moment où je me décidais à vouloir la recontacter, conscient de l’amie formidable qu’elle serait, un coup de téléphone que je n’oublierai jamais m’annonçait la terrible nouvelle. Quand on raccroche après ça, c’est de la science-fiction. On croit rêver, on pense à une mauvaise blague. Mais le tympan est encore chaud de cette injustice, de cette blessure qui vous sort par le nez, les oreilles et tous les pores de la peau. Je pense encore à elle, et j’entretiens son souvenir si précieux à travers des amis communs. Débo est devenue notre patrimoine, un monument sacré qu’on ne veut pas voir disparaître. Le hasard a aussi fait que ma venue en France coïncide avec celle de sa soeur Arabella, qui vit désormais en Italie, le pays d’une partie de ses racines (du côté paternel). En fait, je n’ai jamais cru au hasard. Je pense que chaque rencontre, chaque événement a un rôle à jouer. Je suis autant impatient que nerveux à l’idée de revoir Arabella, qui a des airs de Débo. La dernière fois que je l’ai croisée, ou entraperçue, c’était à cet enterrement honni. J’espère ne pas voir un fantôme…

La petite bière belge, c'est moi. La grosse bouteille de Ricard, c'est Denis. On ne joue pas dans la même catégorie !

La petite bière belge, c’est moi. La grosse bouteille de Ricard, c’est Denis. On ne joue pas dans la même catégorie !

J’ai passé la soirée et la nuit chez un couple d’amis qui habite à Vigny, ce petit village de Moselle don’t j’ai déjà parlé sur ce blogue, après avoir assisté, en décembre dernier, au démembrement d’un cochon en pleine rue dans les règles de l’art. Une scène de la vie à la campagne que je redécouvrais, le palais encore parfumé de mes céréales matinales. Bref, c’était pas appétissant. Je n’étais pas venu les mains vides. Je leur ai offert un pyjama. Pour éviter tout haussement de sourcils, je dois préciser que le présent était destiné à Thibaud, qui est venu agrandir la famille, déjà composée de deux enfants, il y a quatre mois. Le bébé parfait : il sourit tout le temps et fait des nuits de dix heures. Par contre, il rentre en transe dès qu’il voit un biberon, une attitude que bien des mâles adultes reproduisent devant une paire de nichons ou un vagin béant d’excitation. Sa mère a donné de sa personne pour mettre bas, enfin je veux dire pour le mettre au monde (ma confusion est légitime, puisqu’au terme des 9 mois de grossesse, les futures mamans ont quelque parenté avec la race bovine; vous pouvez râler mesdames, je vous entends pas). Quand je dis qu’elle a payé de sa personne, je veux dire qu’elle s’est vidée de son sang. Pas totalement, sinon je ne lui aurais pas parlé de vive voix (je fais cet aparté pour mes lectrices blondes). Elle a dit “un litre et demi”. Ça fait cher payé pour un mioche de 54 cm dont la principale activité est de remplir des couches de pipi et de caca. Remarquez, moi je perds un litre d’eau en suant comme un boeuf lorsque je suis constipé (je me dois de faire contrepoids à l’introduction dramatique de cette chronique en raclant les fonds de culotte). Tout ça pour dire que Thibaud est désormais propriétaire d’un beau pyjama, même s’il devra attendre avant de le porter, puisque j’ai pris du 1 an. Je suis prévoyant.

Les brochettes préparées avec amour par Stéphane.

Les brochettes préparées avec amour par Stéphane.

Pour célébrer ma venue, Stef et Emilie ont eu la bonne idée  de faire un barbecue (j’ai arrêté de les compter depuis mon arrivée en France). Le genre boulimique, avec une belle quantité de viandes et de salades, et une succulente glace au caramel croquant pour ponctuer le tout. Je dois aussi préciser que je n’étais pas le seul invité. Denis, alias Den’s, était l’autre pièce rapportée. Denis est un homme mécanique. De loin, on pourrait croire qu’on lui a greffé deux roues sous les bras. De près, on s’aperçoit qu’on n’est pas loin de la vérité. Denis est handicapé. Un vrai de vrai, avec le kit complet, dont une voiture spécifique aux êtres hybrides. Et une souplesse au niveau des jambes qui me rend fou de jalousie. Parfois, il lui arrive de quitter son fauteuil. Pour dormir (normal), ou lorsqu’une trop forte dose d’alcool (je peux en témoigner) l’éjecte de sa plateforme. Dans les côtes, Denis est lourd à pousser, et dans les descentes, il atteint un vitesse assez intéressante, en agitant ses bras et en criant comme une gonzesse. Dans les descentes, comme il est plus vulnérable, on en profite pour faire du chantage.

Denis a deux passions dans la vie : le foot (il est incollable) et le Ricard. Il rajoute de l’eau pour se donner bonne conscience. Le soir de nos retrouvailles, il n’a pas dérogé à sa règle, accompagné de Stéphane qui en a pris trois. Depuis qu’il travaille à la SNCF, Stef picole, se repose énormément (un jour sur deux) et vote pour des pseudos révolutionnaires. Quand je lui ai appris qu’il s’était syndiqué pour rien, considérant que Che Guevarra n’était pas français et qu’il était mort, ça lui a fait un choc. C’est là qu’il est devenu réserviste dans l’armée, pour se venger… Et moi là-dedans ? J’ai commandé une Faro, une bière belge légèrement sucrée. C’était ma façon de rendre hommage à la communauté gay établie à Friteland, et dont je garde un délicieux souvenir…

Cette mirabelle a 67 ans !

Cette mirabelle a 67 ans !

Les températures devenant un peu fraîches, on a délaissé la terrasse pour la cuisine. On a discuté de choses et d’autres, et notamment de la possibilité que je devienne un jour papa. En clair, que ma cause n’était pas totalement perdue. Je précise que nous étions sobres. J’ai quand même failli m’étrangler. Ils m’ont même ‘imaginé la bague au doigt, soulignant que tout cela pouvait arriver très vite dans une vie, en un claquement de doigts. Je reste pour ma part très circonspect avec ce genre de pronostic. Et puis j’ai horreur d’être au centre des conversations. 🙂

Comme il y avait un match de football, entre la France et l’Equateur, on s’est calé dans le grand canapé du salon, devant la télé, au moment d’attaquer le dessert, et alors que Thibaud lançait ses dernières forces dans la bataille contre le sommeil, confortablement installé sur le ventre de sa mère. Denis s’est éclipsé à la mi-temps. C’est alors que Stef a sorti une bouteille de mirabelle dont la date de fabrication valait à elle seule une entorse à mon règlement d’homme relativement sain, en dépit de quelques dérapages mémorables, dont le plus récent est survenu à Montréal, la veille de mon coup de bambou sentimental. L’étiquette sur ladite bouteille, dont l’aspect extérieur laissait présager un long séjour aux oubliettes, était encore lisible. Il était écrit… 1947 ! Curieusement, je ne l’ai pas trouvée si forte que ça… Le problème avec ce genre de boisson, c’est le fameux deuxième effet, surtout quand vous avalez une gorgée de café bien chaud après ça. C’est là que j’ai compris que les microbes allaient prendre une déculottée. La température de mon gosier s’est mise à monter brutalement. Stéphane s’est marré. Qui aurait cru que je goûterai un alcool plus vieux que ma mère ? Assurément le clou de la soirée.

Le trio au complet : Pinto - Den's - Stef.

Le trio au complet : Pinto – Den’s – Stef.

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