Le journal d’un convalescent (23)

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Vendredi 27 juin. Ce soir, je suis à Sarrebourg. À chacune de mes virées en France, c’est une étape incontournable. C’est comme si je me retrouvais dans un cocon. J’ai vécu des choses très fortes dans cette petite ville du sud de la Moselle, sentimentalement surtout. Déborah (lire la chronique 21 du 26 juin) y repose en paix. Je suis connecté à cette cité atone, agréable sans être craquante, cernée d’une nature généreuse. L’Alsace et les Vosges ne sont pas très loin. J’y ai conservé de solides et fidèles amis. D’ailleurs, je passe deux jours chez deux d’entre eux. Patrick et Céline. Quand nous nous sommes rencontrés la première fois, le coup de foudre a été immédiat. Ils font honneur à cette simplicité qui m’attire tant. Dès qu’ils m’ouvrent leur porte, je sens souffler le vent du bon temps. Nos face-à-face n’ont pas pris une ride.

Une fois n’est pas coutume, Pat´ n’est pas là pour ma venue. Il vadrouille en Belgique avec des copains. C’est donc son épouse qui m’accueille à la gare, avec la belle Elsa, leur fille. Une artiste dans l’âme. Elle peint des toiles et je dois dire qu’elle est douée, la petite. Plus tard, nous avons récupéré son grand frère, Thomas, à son entraînement d’athlétisme. Thomas a les yeux rieurs, une grande soif de dépense physique et un bel appétit pour les jeux vidéo. Ces gosses sont à l’image de leurs parents : polis, équilibrés (encore que j’ai quelques dossiers sur son père), bref, adorables !

Ce soir, je suis donc seul avec Céline. Thomas et Elsa lui ont dit que j’allais être leur papa ce week-end. Ça nous a fait rigoler. Leur mère leur a toutefois recommandé d’éviter de répéter ça à d’autres personnes, genre leur maître ou maîtresse, car ça pourrait donner matière à tout un tas de commérages ! Imaginez : « Mon papa, il est parti en Belgique et un monsieur est venu voir maman, et du Québec en plus. »

Céline a depuis longtemps identifié mon talon d’Achille : la bouffe. Et comme elle cuisine bien, je lui donne sans combattre mon glaive et mon bouclier pour passer à table. J’avais eu vent qu’un délicieux gâteau à l’abricot préparé par ses soins m’attendait chez eux. Je n’ai pas été déçu. J’ai fait du zèle en prenant trois morceaux. La gourmandise me perdra !

En guise de plat de résistance, on a eu droit à du saumon et de savoureuses patates cuites à la vapeur, le tout nappé d’une sauce aussi cochonne que succulente. Un vrai péché ! Un mélange de mayonnaise, de moutarde ancienne, d’aneth, de jus de soja et de sirop d’érable que mon morceau de pain a outrageusement aspiré… Retrouvailles obligent, on a aussi siphonné une bouteille de blanc à deux. D’abord dans la cuisine, pour l’apéro, et puis sur leur balcon, à l’heure du café, affalés sur deux chaises longues qui sont devenues des traquenards. Nous étions bien, il ne manquait plus que les parasols et le bruit des vagues. Nos échanges amicaux ont été dominés par la vie, avec ses vicissitudes, ses grands chambardements et ses contrepieds. Le temps était comme suspendu, et ce moment présent était plus-que-parfait. Le futur attendait dans la salle d’attente.

J’ai fini en position horizontale sur un des canapés du salon. Seul, je précise, cette transition brutale, je l’avoue, prêtant à confusion. 🙂 Il m’a depuis longtemps été assigné, il connaît mon dos par cœur… Pour les enfants, je suis devenu l’ami qui dort sur le canapé. Un rituel. C’est ma place, mon lit ma bataille (là, faut connaître un peu le répertoire de Daniel Balavoine pour comprendre). Je le quitte brutalement des potron-minet, quand Thomas et Elsa déboulent et allument la télé, sans égard pour la chrysalide que je suis devenu. Je reste alors bloqué au stade de zombie, la tête dans le pâté et des crottes plein les yeux. Je tente de rester digne, en devenant le spectateur, un peu contre mon gré, de dessins animés qui se résument pour moi à du chinois. Je mesure alors la galaxie qui me sépare de leurs années de naissance, et je me plie à la lapidaire évidence : je suis un anachronisme dans leur monde expurgé de grasses matinées…

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