Le journal d’un convalescent (24-2)

Quinze ans que je n'avais pas vu Arabelle. A travers elle, j'ai retrouvé un peu Débo. Déroutant...

Quinze ans que je n’avais pas vu Arabelle. A travers elle, j’ai retrouvé un peu Débo. Déroutant…

Je l’appréhendais, cette rencontre. Une amie m’avait prévenu. En ce samedi 28 juin, j’ai rendez-vous avec mon passé. Je remonte dans le temps. Arabelle doit passer me prendre à la gare de Sarrebourg vers 16h30. Elle vient à peine d’arriver d’Italie, de Brescia plus précisément. Qui est Arabelle ? La soeur de Débo, dont j’ai déjà parlé sur ce blogue et dans mon livre Le voleur et les nudistes. Le texte intitulé Un sourire dans la nuit lui est dédié. Après une première chronique plutôt légère, mâtinée de quelques fragrances de cul, le lecteur prend une claque, redescend sur terre. C’était voulu. J’ai construit cet ouvrage à l’image des montagnes russes de la vie. Débo aurait fêté ses 40 ans cette année. J’emploie volontairement le conditionnel, car elle nous a quitté le 25 juin 2001 dans un accident de la route. Son bourreau s’en est sorti, pas elle. Avec le temps, la vie a repris ses droits, mais ce petit condensé de joie de vivre s’est incrusté dans pas mal de mémoires.

Depuis ce tragique accident, je suis resté en contact avec sa soeur aînée, par l’intermédiaire de Facebook, mais aussi avec son père, Giorgio, qui vit lui aussi en Italie, et que je n’ai jamais rencontré (cela se fera un jour, c’est certain). Nous sommes devenus des traits d’union qui nous relient tous à la même personne. Quand Arabelle est arrivée, j’ai cru voir un fantôme à travers les vitres de sa voiture. M’a fait un signe de la main, jeté un sourire. Durant une fraction de seconde, je ne savais plus qui j’avais en face de moi. J’ai encaissé un uppercut mais je suis resté debout. Je me suis dirigé machinalement vers elle, je suis rentré côté passager, nous nous sommes fait la bise. Sur le coup, je dois dire que c’était Hiroshima dans ma tête. Le passé me revenait en pleine figure, me bousculait, remuait mes remords et mes souvenirs enfouis.

Curieusement, la disparition de Débo a accentué les ressemblances entre les deux soeurs. La moindre mimique, la plus petite gestuelle qui vous rattache à l’autre prend de l’ampleur. On se surprend à vouloir reconstruire la disparue par petits bouts. Ici un éclat de rire, là une posture ou une façon de vous toucher le bras… J’ai alors eu l’impression de revivre des tas de choses en accéléré, et parfois de parler à Débo à travers sa soeur. J’étais comme en équilibre entre la réalité et le surnaturel. Cet après-midi-là, je ne me suis pas contenté de voir Arabelle. Cette dernière m’avait vite informé que sa mère  et son compagnon, Christiane et Rudy, souhaitaient aussi ardemment me voir. Ca faisait beaucoup d’un coup, mais je crois que le moment était venu de tous les retrouver, comme si de là-haut quelqu’un en avait décidé ainsi. J’ai donc revu cette maison costaude et spacieuse où j’avais passé une nuit avec Débo, un évènement qui s’était échappé de ma mémoire, mais que Rudy a remis à sa place…

On a trinqué, mangé un cake salé préparé par Christiane, avec du gruyère, des lardons et un soupçon de pastis pour parfumer le tout. Débo s’est immiscée dans la conversation, mon livre aussi, ainsi que le message émouvant laissé par ma mère à leur attention. Elle l’avait glissé (je n’étais pas au courant) dans un des quatre bouquins qu’ils avaient commandés. Mon livre a visiblement été apprécié, et je me doute que le passage adressé à la miss  leur est allé droit au coeur. Pour remercier ma mère, Christiane m’a donné un pot de confiture fait maison.

Comme je l’ai confié après coup à Arabelle, ces retrouvailles m’ont fait un bien fou. J’ai vécu intensément les deux heures passées en leur compagnie, avec l’agréable sensation de reprendre ma place à la table des proches de Débo. J’avais vécu l’enterrement comme un étranger, mais je peux revendiquer aujourd’hui une part de cet héritage qu’elle nous a laissé à tous. Moi, elle m’a appris à aimer, ce qui n’est pas rien. Il y a une quinzaine d’années, je faisais irruption dans sa vie comme un « ouragan » (c’est le terme qu’elle avait employé). Débo était allée jusqu’à divorcer pour cet Olivier qu’elle aimait tant. Je peux dire aujourd’hui que c’était elle, l’ouragan. Tous les gens qui l’ont connue peuvent en témoigner. Il y avait toujours un avant et un après avec elle…

En disant au-revoir, Christiane et Rudy m’ont invité à revenir les voir lors d’un prochain de mes passages en France, de ne surtout pas hésiter. Je leur ai promis que oui. En souvenir d’une belle, très belle époque…

Moi, entouré de Christiane et Rudy, et de leur chien Teddy.

Moi, entouré de Christiane et Rudy, et de leur chien Teddy.

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