Le journal d’un convalescent (25)

A ma gauche : Mika, Régi et Cyril. Je ne compte plus les anecdotes avec ces trois-là ! (pardon pour le manque de luminosité, mais ça donne un style, et on préfère rester anonymes). :-)

A ma gauche : Mika, Régi et Cyril. Je ne compte plus les anecdotes avec ces trois-là ! (pardon pour le manque de luminosité, mais ça donne un style, et on préfère rester anonymes). 🙂

Tout d’abord, pardon pour le décalage. Nous sommes mardi 1er juillet, je rentre demain à Montréal, et je m’apprête à vous narrer ma journée du dimanche 29 juin. Pas sérieux… A ma décharge : un agenda rock’n’roll, j’ai même croisé Elvis (le chien de mes parents), c’est vous dire !

Donc, dimanche 29 juin. Je suis encore à Sarrebourg. Je viens de quitter Céline (pour ceux qui débarquent, je vous invite à commencer par le commencement, c’est-à-dire le 6 juin, date de naissance de ce journal, et vous comprendrez tout). Une autre amie, Nathalie, arrivée de Metz, me récupère à la gare de Sarrebourg. Direction Voyer, un trou paumé de cette région du sud mosellan où les petites localités sont légion. Autrement dit, ça sent bon la campagne. Voyer, je connaissais pas, et franchement, vous ratez pas grand-chose, sauf si le mot « village » vous procure un orgasme. En même temps, j’étais pas venu faire du tourisme mais me remplir la panse. Nous étions attendus chez une collègue et amie de ma soeur, qui organisait un barbecue avec son compagnon. D’autres de ses collègues étaient de la partie, une bande de joyeux lurons qui forniquent à droite et à gauche, les nanas se roulant parfois des pelles en gloussant comme des pouffes. Il y a une part de vérité là-dedans, je vous laisse deviner laquelle…

Nous sommes arrivés les derniers, ce qui a toujours le mérite de produire son effet, encore que je m’en tape le coquillage. L’accueil fut chaleureux et roboratif, à l’image de la table, qui allait bientôt être annexée par l’alcool et les apéritifs, dont une tarte aux lardons et au fromage à tomber par terre. Si j’ai bien tout compris, la maison où nous nous trouvions était une ancienne ferme, ou devait avoir appartenu à une vieille fille qui se masturbait devant la cheminée en invoquant Dieu, Michael Jackson et les trois petits cochons. Tout ça pour dire que cette vieille bâtisse en cours de restauration n’était pas dénuée de charme. Dans la pièce où nous nous sustentions, une belle cheminée a fait office de barbecue.  Pour le reste, on était en présence des habituels ingrédients à ce genre d’agapes. Un troupeau de salades et du pinard pour faire descendre le tout. Et puis les desserts, au cas où les invités n’auraient pas assez mangé. C’est au cours de ce repas généreux qu’un vieux débat a refait surface, tout ça à cause des merguez au chorizo. J’ai eu le malheur de dire « korizo » en présence d’une personne au pedigree espagnol, laquelle a failli faire une syncope, précisant pour une énième fois qu’il fallait dire « chorizo » ou « tchorizo ». Bon, je vous avoue qu’on ne sent pas plus intelligent après ça, et que ça n’enlève rien à la saveur dudit « korizo ». Bref, une belle tempête dans un verre d’eau.

L’heure du café m’a fait l’effet d’un coup de barre. Il faut dire que mes journées étant ce qu’elles sont, j’étais arrivé sur place avec un oreiller dans les pensées. Disons, pour être poli, que j’ai fait acte de présence, préférant il est vrai le confortable fauteuil de leur salon à l’ambiance potache qui régnait sur la terrasse. Histoire de digérer un peu, il était entendu, en considérant toutefois le ciel qui était plutôt d’humeur chagrine, que nous irions faire une marche. Enfin, quand je dis nous, je veux dire eux. Moi, je me suis éclipsé avec un Alsacien prénommé Nicolas et plutôt sympa, qui avait d’autres obligations. M’a déposé à la gare, j’ai attrappé un train (c’est une expression, suis pas Superman) et une heure plus tard, je renouais avec Metz. Si je suis parti comme un voleur, c’est parce que j’étais attendu (encore !) à 20h…

Par une femme ? Même pas (assez rare pour être souligné… ah ah !). Non, pas trois gars de la pire espèce. Le mot « pire » est ici ironique. Car les trois loustics en question sont des amis du village. Ados, nous étions inséparables, et nous le sommes encore malgré la distance et les obligations des uns et des autres. Réginald, alias Régi, Cyril et Michaël, alias Mika, ont noirci quelques pages de ma singulière existence (ouah comme il se la pète le mec !) C’est notamment avec ce trio de lascars – et un 4e larron qui a coupé les ponts – que je suis parti un jour pour une randonnée à vélo d’une quinzaine de jours. Nous étions à peine majeurs et le vélo avait autant de secret pour nous qu’un clitoris en feu de péripapétitienne. En clair : on n’était pas des cyclistes, mais des footeux. Des coéquipiers dans la vie et sur le terrain. Excepté les gonzesses, on partageait pas mal de choses. Autant dire que cette randonnée avait des allures de défi, mais nous l’avons relevé avec un beau mélange de volonté et de fraternité. Quand nous sommes revenus, nous étions affûtés, les côtes nous faisaient sourire après nous avoir fait tant grimacer. Pour que tout se passe sans accros, nous nous étions partagé les tâches. Cyril gérait les comptes et la logistique, Mika était notre cuistot attitré, Fabrice (qu’on ne voit plus) avait été désigné infirmier, tandis que Régi avait une bonne tête de mécano. Et moi là-dedans ? Photographe. Déjà la fibre artistique et l’oeil aiguisé à cette époque ! 🙂

Plus de 20 ans après cette aventure, nous nous souvenons du moindre détail, et chacune de nos retrouvailles est propice à quelques souvenirs bien assaisonnés. Je crois que cette virée entre potes nous a fait grandir et a bétonné nos relations, déjà très ensoleillées. Je suis heureux d’avoir pris part à ce voyage épique et formateur, qui occupe une place dans le panthéon de mes meilleurs souvenirs. On ne parlait pas encore d’Internet, d’Ipad et de téléphones intelligents, mais le bonheur se contentait de petites choses et parfois de grands défis. En allant au bout de ce projet aussi fou qu’audacieux – lequel nous a fait traverser les 4 départements lorrains – nous avons écrit une belle page de notre amitié et de notre jeunesse. Il faut tenter ce genre d’expérience pour comprendre que la vie vaut d’être vécue et que rien n’est impossible. Je me souviens que le dernier jour de cette randonnée, on s’est arrêté à un petit kilomètre du village, qui apparaissait dans notre champ de vision, pour accrocher des boîtes de conserve vides à nos fidèles compagnons,  histoire de marquer comme il se doit notre retour. Un retour en fanfare qui s’est achevé devant la maison de mes parents, où une ultime photo a conclu notre grande vadrouille. On y découvre cinq copains, le visage radieux et les sourires en harmonie…

Dimanche 29 juin, quatre de ces gaillards ont à nouveau communié dans un restaurant, avant de finir la soirée autour d’une table de billard. Pour composer les deux équipes, on s’est dit que les petits (Régi et Mika, cousins lointains des Hobbits) allaient affronter les grands (Cyril et moi). Ca commençait bien ! Taquins, comme au bon vieux temps. Les petits n’ont fait qu’une bouchée des grands, avec un Mika en état de grâce quand venait le temps de rentrer la dernière boule… en trois bandes (je sais, cette phrase prête à confusion, mais on a niqué personne). De toute façon, l’essentiel était ailleurs. Nous avons délaissé nos vélos il y a bien longtemps, mais l’amitié continue de nous faire découvrir monts et merveilles…

Mon neveu Louis, très en forme au barbecue organisé par des collègues et amis de ma soeur...

Mon neveu Louis, très en forme au barbecue organisé par des collègues et amis de ma soeur…

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