Aux larmes citoyens

L'Barouf, un des quartiers généraux de la communauté française à Montréal.

L’Barouf, un des quartiers généraux de la communauté française à Montréal.

La France a perdu son duel face à l’Allemagne, dans le cadre des quarts de finale de la Coupe du monde de football au Brésil. Je vous apprends rien (ça s’est passé vendredi), sauf si vous vivez dans une caverne… Je vais pas revenir sur cette élimination qui a fait pleurer dans les vestiaires des Bleus et un peu dans les chaumières de l’Hexagone.

Ce jour-là, je m’étais mis en tête de me mélanger à la grande famille des supporters, au troupeau des purs et durs. Je tenais à partager ce moment béni où, étrangement, tu n’es plus un étranger pour ton voisin. Subitement, il te parle, se sent l’âme d’un concitoyen (en un mot s’il vous plaît). Quand on dit que le sport est rassembleur… J’avais jeté mon dévolu sur un bar de Montréal catalogué comme un repaire de Français, dans un quartier – Le Plateau – où ils sont si nombreux que certains l’ont baptisé la Petite France.  Si un expatrié a le mal du pays, il peut aller s’y balader. Guérison garantie !

Quand je suis arrivé sur place, au Barouf – puisque c’est le nom de cette adresse bien connue de mes compatriotes – j’ai su que j’étais arrivé trop tard. Faut dire je me suis pointé à 11h50, soit dix minutes avant le début de la rencontre. En bon Gaulois, on appelle ça du foutage de gueule. Ce à quoi je vous répondrai : je vous emmerde, amicalement il va sans dire. On m’avait pourtant prévenu. Sur place, il y avait foule, et même une grosse caméra estampillée Radio Canada. Tout était fin prêt pour la fête. Le problème, c’étaient tous ces gens sur le trottoir. Bref, impossible d’entrer, ni même d’envisager une position assise ou un bout de télé dans mon champ de vision. J’allais devoir me rabattre sur une solution de rechange… J’en étais à ce stade, le front plissé témoignant de la gravité de la situation, quand un gars est apparu dans mon champ de vision. Ce semblable, vêtu du maillot de l’équipe de France, m’a convié à le suivre dans un autre lieu, plus calme, avec la garantie d’avoir de la place et de pouvoir regarder la télévision sans sortir les jumelles.

Rapidement, notre duo s’est élargi. Comme moi, d’autres cherchaient un itinéraire bis. En chemin, l’un d’eux a posé la sempiternelle question : « Vous êtes originaires d’où ? » C’est comme ça qu’on a appris que deux d’entre eux, cousins par ailleurs, venaient de Toulouse passer leurs vacances, tandis qu’un autre était immatriculé dans le Gers. En clair, il y avait du soleil dans leur bouche, leur peau tannée ne laissant aucun doute sur leurs origines. Quand je leur ai dit que j’étais lorrain, j’ai senti comme un flottement qui aurait pu vouloir dire « c’est où ? », « c’est bizarre, il parle pas allemand », ou encore « mes condoléances ». 

Et puis est venu le tour du gars qui nous avait enjoints de le suivre. Il a dit (je lui ai pas fait répéter) : « Moi, je viens de Bretagne. »

À ce moment-là, il y a eu comme une secousse à l’intérieur de moi, et je crois que mes pupilles sont devenues rouges. Si j’avais été un loup-garou, j’aurais pas attendu la pleine lune pour me transformer, c’est dire… Je me suis dit, in petto : « Putain, je les attire. » Je lui ai pas demandé de quelle ville ou patelin il était originaire, ni si ses parents étaient des alcoolos consanguins notoires, je pense que j’en savais assez. Arrivé dans le bar, nous l’avons ostracisé, n’ayant pas sous la main de chevaux pour l’écarteler. En fait, il s’est exclu lui-même de la bande puisqu’il était attendu par une amie un tantinet replète, française elle aussi et je subodore de la même République autonomiste que lui…

En arrivant, la serveuse, qui devait être anorexique ou tenter de percer dans le mannequinat, ce qui revient au même, nous a fait savoir qu’on ne pouvait pas se contenter de prendre un verre. Chez eux, la boisson était indissociable du repas. Stupide, mais bon. J’ai alors failli lui demander si la partie de jambes en l’air faisait partie du dessert. J’ai pas osé… Vu qu’on était un peu à la bourre, on a dit OK, considérant qu’en guise de représailles, on prendrait le plat le moins cher, ce qui était autorisé dans ce lieu aseptisé. On a donc commandé 4 bols de frites à environ 5 $ l’unité. Les frites sont arrivées, anorexiques elles aussi. Le match a débuté.

À la 7e minute, l’Allemagne ouvrait le score. C’est à ce moment-là que les mouches ont commencé à faire plus de  bruit que les hommes. On n’avait même pas eu le temps de s’échauffer la voix que les Boches nous réduisaient au silence, fusillant de leur proverbiale efficacité nos idéaux de victoire (putain, c’est beau, appelez Monsieur Goncourt, j’ai deux mots à lui dire; et donnez lui aussi ce chèque en passant…).

Par chance, je ne portais aucun signe ostentatoire de ma parenté avec le pays des droits de l’Homme. J’ai donc pu repartir en toute discrétion, la pupille humide et le nez bouffi par la morve du dégoût et de l’amertume (nan c’est pas vrai).

La France a donc perdu et j’ai rencontré un Breton. Journée de merde… 🙂

PS : je précise que je compte quelques amis bretons (sobres en plus) – enfin je crois ! – et qu’il faut être un lecteur assidu de ce blogue (en tout cas des dernières semaines) pour comprendre cette légère amertume teintée de nostalgie qui m’étreint actuellement, et que j’assume totalement. Et puis j’adore le Mont Saint-Michel (ah merde, ça c’est en Normandie…)

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