Les mots d’un jour (1)

Mardi 8 juillet.

Déroute. – Pas la mienne, mais celle du Brésil. J’ai hésité entre humiliation, massacre (à la tronçonneuse Bosch, une marque allemande, tant qu’à faire…), raclée, cataclysme… voire même sodomie, étant donné que la gueule de bois du peuple brésilien – au lendemain d’une défaite historique de son équipe fétiche (par son ampleur) face à l’Allemagne en Coupe du monde – a dû être aussi agréable qu’une attaque brutale par derrière. De toute façon, à 5-0 à la mi-temps, ils devaient en avoir plein le cul !

Je n’ai pas regardé le match opposant la sélection auriverde à la Mannschaft. J’aurais dû. Quand on m’a dévoilé le score en première période, j’ai cru à une blague, comme bien du monde. Cinq à zéro : pour une demi-finale de Coupe du monde, avouez qu’on ne voit pas ça tous les jours ! C’est comme si un Breton commandait un lait fraise dans un bar. Vous vous pincez pour le croire. J’avoue avoir eu une petite pensée pour le Brésil, guère été impressionnant dans cette compétition. Je me suis dit que les Teutons allaient lever le pied en seconde période, par mansuétude. C’est mal les connaître. La rigueur ne connaît pas l’accalmie. Du coup, ils en ont planté deux autres, par principe et pour le panache (à ne pas confondre avec le Panaché, qui révulse les amateurs de vraie cervoise). On vous fera signe quand le mot « pitié » fera partie de leur vocabulaire.

Enfance. – J’étais à la bibliothèque de Montréal quand j’ai capté une petite musique chère à mes tympans. Elle est arrivée dans mon dos. Je l’ai reconnue tout de suite, dès les premières notes. Une sonnerie de téléphone qui m’a transporté dans cette salle de cinéma où je n’avais, enfant, d’yeux que pour lui et sa cape rouge. Je dois au compositeur John Williams quelques-uns de mes plus beaux frissons. Il fallait un hymne pour Superman, il lui a taillé la plus belle des partitions. À chaque fois que je l’entends, je me surprends à voler. La nostalgie m’apporte l’apesanteur.

(Je ne vais pas revenir sur ma passion juvénile à l’endroit de ce superhéros incapable de s’habiller correctement, à en juger par sa propension à enfiler son slip par-dessus son collant moule-coucougnettes . Je vous invite à lire ou relire cette ancienne chronique).

Tranquillement pas vite. – Dans la catégorie des expressions québécoises savoureuses, j’ai un faible pour celle-ci. Impossible de garder mon sérieux quand je l’entends, comme dans cet ascenseur où un mec annonçait à son interlocuteur qu’il arriverait chez lui « tranquillement pas vite ». Il y a comme une redondance, vous ne trouvez pas ? Le Québécois ne se contente pas de gaspiller son eau, il gaspille aussi son vocabulaire ! Il pourrait se contenter de dire « j’arrive tranquillement chez toi », ou bien « j’arrive pas vite chez toi », ce qui est moins joli j’en conviens. Eh ben non, monsieur fait du zèle ! Il combine ! Pourquoi pas, tant qu’on y est, ne pas tenter un « j’arrive tranquillement pas vite au ralenti chez toi » ? Ou alors, pour les plus audacieux : « J’arrive tranquillement pas vite au ralenti lentement chez toi » ?

Je suggère quant à moi le verbe « ramper » pour prévenir quelqu’un d’un possible retard, ou d’une arrivée aléatoire, comprise entre une et dix heures… Car quand on rampe, faites le test, on avance « tranquillement pas vite » !

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