Ligne de mire…

Cette fois, c’est bon. Impossible de reculer. 

(roulement de tambours)

Le 30 août, et peut-être même le 29, je m’éclipse, je disparais. Pour toujours ? Allez savoir…

– Quoi, tu vas quitter le Québec ? Montréal ?

– Allez savoir…

– C’est quoi ton projet ? Tu vas élever des lamas en Patagonie ? Te lancer dans le cinéma ?

– Allez savoir…

– Putain, t’es chiant avec tes « allez savoir ».

– Bon, OK, j’arrête.

Mais c’est vrai que je vais bouger. Si c’est définitif ? Temporaire ? (oui, je sais, ce suspens est insoutenable)

Il y a deux jours, j’ai reçu les dernières consignes. On m’a conseillé de faire ceci et de prendre cela. Quand le grand jour sera arrivé, je serai injoignable, je pense. Seul face à l’inconnu, la solitude et le silence.

(musique de fond qui fait peur)

Peu de personnes ont été mis dans la confidence, dont un prénommé Tommy, qui m’a mis le pied à l’étrier…

– C’est quoi ce bordel, tu veux te mettre à l’équitation, c’est ça ?

– Mais non, c’est juste une expression…

J’ouvre une parenthèse pour préciser que je ne vais pas partir dans un pays en guerre. J’ai déjà fait le coup, il y a longtemps. Vingt ans plus exactement. Certains parmi mes amis s’en souviennent. Ma mère aussi. La pauvre. Faut dire que c’était brutal, comme annonce. En gros, je lui apprenais que je serai en ex Yougoslavie une semaine plus tard, dans le cadre d’un convoi humanitaire. J’avais le moral et le courage gonflés à bloc. J’étais jeune et téméraire, pour reprendre une formule consacrée. La peur m’avait tenaillé une fois sur place, à deux ou trois reprises, mais il était trop tard pour faire machine arrière. J’avais cru mon dernier jour arrivé lors d’une spectaculaire sortie de route, après quelques dérapages et coups de frein dignes des films d’action. Sans les murets de pierre qui bordaient la route, on finissait quelques dizaines de mètres plus bas dans la mer Baltique. Mon camion en était ressorti amoché, et sans l’aide d’un autochtone, nous n’aurions pas pu repartir. Après cet épisode éreintant pour le cœur, je n’avais pas été capable de reprendre le volant de suite.

Mais le pire, je crois, c’était en Bosnie, à Mostar, qui m’avait fait penser à une sorte de Beyrouth des Balkans. C’est dans cette ville lézardée de toutes parts et soumise à un couvre-feu que nous devions décharger l’essentiel de notre cargaison, composée de médicaments, de vêtements et de denrées non périssables, soit environ 10 tonnes. Entre le hangar accueillant les livraisons internationales et l’endroit où étaient stationnés nos camions, il devait y avoir une bonne centaine de mètres à parcourir à découvert. On nous avait conseillé de hâter le pas durant nos allers et retours, en raison de la présence de snipers embusqués non loin de là dans des immeubles, lesquels paraissaient soudainement lugubres à cause de ces présences funestes. Ces tireurs implacables tuaient le temps ou l’ennui en zigouillant d’une balle bien placée un pauvre malheureux. Comme la veille de notre arrivée. Je crois que c’est à cet instant précis que j’ai cessé de me penser immortel, et que mes amis et ma famille m’ont terriblement manqué. La croix rouge collée sur nos véhicules était censée nous protéger, faire office de bouclier dans la tête des belligérants, mais nous n’étions sûrs de rien. Et moi j’avais le trouillomètre à zéro !

Je ferme la parenthèse, mais il fallait que je sois un tantinet rassurant… 😉

D’ici là, d’ici la fin du mois d’août, il se passera des tas d’autres choses, enfin j’espère ! 

 

J – 46…

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