Nager avec les phoques

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Photo prise lors d’un périple fantastique dans le Québec maritime…

(Je fais remonter à la surface ce texte issu de mon premier livre, Dans mon Québec au Canada. Parce que c’est l’été, et que ce souvenir me procure, encore aujourd’hui, d’agréables sensations. Je sais qu’un jour je me replongerai dans ce regard fascinant et si réconfortant…)

« Nager avec les phoques, se laisser couler dans un bien-être sans fond. J’ai vécu cette expérience extraordinaire dans le parc Forillon, en Gaspésie, en compagnie de ma famille et d’autres personnes venues tout comme nous se frotter à la nature intacte et imprévisible. Équipé d’une combinaison flottante, j’ai longtemps cherché leur silhouette sous l’eau un peu trouble. J’en ai vu qui se prélassaient au soleil, alanguis sur des rochers comme des épicuriens repus. Si j’en avais eu le droit, je me serais approché tout près de leur terrasse improvisée, pour profiter des rayons lumineux en leur compagnie. Mais nous avions pour consigne de respecter cet animal et son habitat naturel.

Alors j’ai attendu, j’ai rongé mon impatience en observant ces grosses algues ondulantes à deux mètres sous mes palmes. J’ai vu aussi des crabes, les yeux et les pinces pointés vers cet homme-grenouille qui empiétait sur leur terrain de chasse. J’aurais sans doute aperçu des homards et des étoiles de mer si mon esprit n’avait pas été obnubilé par l’éventualité d’un face-à-face qui me comblait. Je l’espérais intensément, et c’était presque Noël que j’entendais souffler dans mon tuba.

En les croisant pour la première fois, aussi agiles que nous étions gourds loin de notre terre ferme, je pense que c’est l’enfant qui a ouvert ses paupières d’adulte. J’ai distingué un pelage blanc, une masse qui tournoyait avec célérité sous ses nouveaux camarades de jeu. Quand les premiers phoques ont brisé la glace, l’attroupement des humains a été instantané. Nous voulions tous avoir notre part de bonheur, pouvoir les effleurer et plonger notre gratitude dans leur curiosité. Trois ou quatre phoques communs sont venus jouer ou se faire flatter. Souvent aussi, et c’était plutôt amusant à observer, ils venaient frotter leur museau contre nos pieds palmés, ce qui leur procurait un plaisir intense, comme en faisaient foi leurs paupières abaissées.

Une fois que la confiance s’installe, et à condition de ne pas effectuer de gestes brusques, les mammifères acceptent de se laisser toucher. Je revois ce phoque nageant sur le dos pour nous dévoiler son ventre comme un signe d’amitié. Ou ces petites têtes émergeant soudain de l’eau pour scruter les alentours avant de replonger aussi vite, un peu à la manière du périscope d’un sous-marin. Et puis ce regard noir et profond, ce concentré de tendresse. Quand un phoque vous regarde, l’innocence vous rattrape. Dans ce moment d’une rare intensité, plus rien n’existe autour de vous, vous êtes en conciliabule avec cette peluche animée. Vous devenez transparent, vous ne voulez plus quitter le berceau océanique. L’appréhension du départ a laissé place à un sentiment mêlé d’affection et de fascination.

Quand le zodiac s’éloigne des falaises, les commentaires fusent et rebondissent sur l’océan agité. C’est le symptôme du bonheur : quand vous avez eu votre part, vous voulez la partager. Le mien flotte encore entre ces lignes… »

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