Un ange au volant

Samedi 26 juillet. Je dois me rendre à Granby pour l’anniversaire d’une amie proche. Marie. Son samouraï, le prénommé Dominic, a décidé de lui faire une surprise. Marie est née officiellement le 19, mais en raison d’un état grippal plutôt incongru en plein été, on avait dû reporter la première tentative. 

Puisque je ne possède pas de voiture, j’ai opté pour le co-voiturage, très populaire au Québec. Me suis abonné vite faite sur le site d’Amigo Express, qui a contraint, il y a quelques mois, son concurrent Allo Stop à mettre la clé sous la porte, du moins à Montréal. Pour être avant 18h à Granby, heure à laquelle Marie quittait son travail, il me fallait trouver un conducteur qui ne quitte pas trop tard la métropole. Sur ce coup-là, j’ai eu du bol. Il ne restait qu’une place dans le créneau recherché. J’allais donc voyagé avec Jessica, 24 ans. Cette dernière avait accompagné son profil d’une photo d’elle et de son véhicule… 

Le constat fut très clair : j’allais me rendre dans les Cantons de l’Est en charmante compagnie ! Disons que la jeune femme portait bien son prénom. Quand on entend Jessica, et je ne sais pas pourquoi, on pense à une personne plutôt agréable à regarder, on anticipe, on imagine… Y a des prénoms comme ça, des prénoms qui inspirent d’agréables sensations, qui rassurent, quand d’autres, Brigitte au hasard, produisent l’effet inverse. Moi, quand j’entends Brigitte, je pense à une femme avec des cheveux frisés et portant de grosses lunettes. C’est grave, docteur ? Après, faut pas généraliser ! J’en sais quelque chose : j’ai connu une Irène très jolie, et qui l’est toujours d’ailleurs. Petit clin d’œil à cette personne dont je conserve un agréable souvenir. 

Donc, Jessica. Quand j’ai vu sa voiture arriver, il m’a semblé que sa photo n’avait pas menti. Je me suis approché, nouant un premier contact en agitant ma main droite comme un gros benêt pour lui signifier que j’étais l’un de ses passagers. Elle a souri à pleines dents, m’aveuglant de son charme carnassier. J’ai pas osé lui demander une photo de sa mère, histoire de voir à quoi elle pourrait ressembler plus tard…

Quand elle est sortie, c’était encore mieux. Le nirvana. « Tu es Olivier ? », a-t-elle lancé. Après avoir refoulé un début de bave au coin des lèvres : « Oui. » (pardon pour la concision, mais j’étais groggy). Sur le moment, j’ai cru qu’elle venait d’être photoshopée, qu’une main divine avait gommé ses moindres défauts, ou qu’on m’avait jeté un sort. J’ai alors cru que Garou, Daniel Lavoie et Patrick Fiory allaient soudain apparaître pour nous servir une resucée (rien de vulgaire dans ce mot) de « Belle », chanson tirée de la comédie musicale (et mièvre) Notre Dame de Paris. J’avais devant moi l’exemple même de la jeunesse rutilante. Le genre de perfection vénéneuse qui vous pénètre dans le corps en commençant par les yeux. Le soleil allait devoir composer avec cette rivale, laquelle, j’allais vite m’en apercevoir, avait un cerveau et était très sympathique. En quelques secondes – il ne m’en faut généralement pas plus – j’avais tout photographié : sa robe blanche vaporeuse, s’arrêtant à mi-cuisses, sa peau laiteuse, ses petits souliers rouges, sa chevelure dorée, mâtinée de reflets foncés… et ce regard praliné qui faisait écho au teint un peu hâlé de son délicat visage. Bref, un tableau cette fille. Le peintre avait pris son temps, et j’étais assis aux premières loges. Car je n’ai pas hésité longtemps sur la place à prendre dans le véhicule, d’autant que les deux autres passagers n’étaient pas encore arrivés. Devant ! On a jasé un peu. C’est comme ça que j’ai appris qu’elle travaillait dans  l’immobilier, que son métier lui faisait bouffer du kilomètre (mille par semaine) et qu’elle résidait à Sherbrooke, à deux bonnes heures de Montréal. Moi, j’étais sur un nuage, inondé de cette fraîcheur qu’elle vaporisait avec une spontanéité contagieuse. C’est beau, une femme qui resplendit !

En chemin, Jessica a fini par nous parler de son copain, à peine plus âgé qu’elle, qui finissait ses études de médecine. Autant dire que je l’ai un peu envié, le mec. Dix ans qu’ils étaient ensemble, autant dire depuis leur adolescence.  Dix ans ! Dans un monde  où les rapports amoureux sont sujets à bien des turbulences, où des décollages réussis finissent en crashes dévastateurs, cela a de quoi impressionner ! Les couples qui durent, les inoxydables, ont toute mon admiration, et j’avoue qu’avec quelques notions de taxidermie, j’en aurais bien empaillé quelques-uns… 🙂 Bon, autant vous dire que je me suis retenu de lui casser le moral tout de suite. Dans la vingtaine, on idéalise. C’est après qu’on enlève ses lunettes roses !

Une heure plus tard, nous étions arrivés à destination. J’ai souhaité bonne continuation à Jessica, et si cette dernière avait, par le plus grand des hasards, tendu une joue pour une bise amicale, j’aurais saisi cette offrande, juste pour effleurer de mes lèvres d’esthète cette quintessence humaine. Belle à l’extérieur comme à l’intérieur, ce qui est loin d’être toujours le cas. Et ça aussi, je peux en témoigner ! 😉

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