The Expendables : le Rambo qui est en lui

Je viens de tomber par hasard sur Expendables à la télé, ou Les Sacrifiés pour le titre québécois  un film de brutes avec Sylvester Stallone en capitaine du navire, flanqué d’une brochette d’autres gros bras. J’en profite pour exhumer cet ancien texte issu de mon livre Voleur et les nudistes…

« J’ai vu le dernier long-métrage de Sylvester Stallone, Expendables. De mon plein gré, sans pistolet sur la tempe. Premier constat: c’est un film de baston, avec du sang, de la sueur et pas de larmes. Bref, c’est du lourd. Deuxième constat : l’acteur-cinéaste s’est entouré d’une belle brochette de gros bras. Troisième constat (après j’arrête) : cette forêt de muscles cache un scénario rachitique et des montagnes de déjà-vu.

Cette nouvelle production sortie sous la griffe de Sylvester Stallone n’est pas, on s’en doute, une bluette ou un documentaire sur la nidification des Fous de Bassan en Gaspésie. Non, Stallone reste Stallone, un dur à cuire. Physiquement, il est au bord de la rupture. Je veux parler de cette pub pour produits dopants qui clignote sur son corps musculeux. À regarder son visage bouffi, on se dit qu’il a dû s’entraîner avec les cyclistes du Tour de France. Quant à la tuyauterie qui sert de pipeline à ses globules rouges, on dirait qu’elle va exploser. L’acteur bibendum aime ses grosses veines. Plus c’est gros, plus ça fait viril. Le candidat idéal pour une prise de sang.

Revenons au film, gorgé de testostérone. Sylvester retrouve la jungle qui a fait sa gloire. Le problème, c’est que Rambo a vieilli. Il court moins vite. Le scénario ? Not expendable, mais vite expédié ! Inutile de dire que les dialogues atteignent des sommets de platitude. On perçoit Rocky, plus grand punching-ball du 7e art, derrière la caméra. Les frappes de mule encaissées dans cette saga ont dû déconnecter quelques circuits.

L’histoire se déroule sur une île où un méchant Américain – un ex de la CIA – s’allie à un général bilingue et pétri de principes : on ne tue pas ses propres enfants. Car cet officier a le malheur d’avoir une fille un peu rebelle qui va faire fausse route en s’acoquinant avec la bande à Sylvestre (prononcé en français, ça brise le mythe). La fille en question est belle à croquer, et elle doit être dotée d’une mâchoire en titane. Je dis ça car une séquence la montre en fâcheuse posture : on la voit encaisser une mandale, qui, personnellement, m’aurait décapité. Mais elle, rien, nada, juste le nez qui saigne. Passons.

Le bon point du film: l’action. J’avoue que pour se libérer la tête, c’est un exutoire comme un autre. C’est plutôt efficace, parfois un peu gore – les armes contemporaines ne font pas dans la dentelle – et un tantinet drôle, sauf si, comme moi, on n’est pas un adepte de l’humour des salles de muscu. Et comme Sly aime bien ses camarades de fonte, il n’en fait mourir aucun dans les trajectoires des balles perdues, malgré un déluge de feu qui, dans la réalité, effacerait toute trace de vie dans le périmètre des hostilités.

En réalisateur un peu à court d’idées, Mister Rambo a aussi osé les clins d’œil un peu faciles. La scène où apparaît Arnold Schwarzenegger, qui fut son grand rival à l’écran, est à la limite du ridicule, le tout assorti de répliques cucus, à défaut de finir cultes, si vous voulez mon avis. Schwarzy, comme Bruce Willis d’ailleurs, ne fait qu’une brève apparition dans cette campagne de promotion pour la guerre à papa. Il arrive, on lui expose la mission, et lui se paie le luxe de décliner, arguant que c’est du suicide, alors que, dans sa jeune carrière, de Conan à Terminator, il zigouillait jusqu’à la nausée.

L’originalité du film arrive à la toute fin. Stallone, en bon leader de la castagne, se plie en dix pour secourir la femme de magazines pour hommes. Et là, on se dit : il l’aime ou il veut la niquer, les deux n’étant pas incompatibles. On sent ramper le vent de la romance, juste avant le générique final. Eh bien non, ultime rebondissement, enfin c’est un grand mot dans ce genre de film. Pas un baiser, juste une accolade affective et un « Prends soin de toi » qui fait déchanter les esprits les plus pervers. C’est d’autant plus du gâchis qu’après avoir rasé l’île, dépensé un fric monstre en munitions et désossé les méchants, l’affaire était dans la poche. Elle repartait avec son héros, et ils auraient eu beaucoup d’enfants rompus aux maniements de la machette et de la grenade, ce qui aurait ouvert la voie à de nombreuses suites.

C’est dur à avouer, mais Stallone s’est assagi. Depuis que son Adrian l’a quitté, Rocky n’est plus le même. »

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