Poète disparu

« Ô capitaine, mon capitaine… »

Avec la mort brutale de l’acteur Robin Williams, j’ai l’impression d’avoir perdu un proche. Si je devais résumer sa carrière à un film, ce serait sans hésiter Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society pour le titre original), sorti en 1989. Je crois qu’on devrait prescrire cette fiction aux gens qui ont oublié un verbe essentiel dans la vie du commun des mortels : profiter. Il émerge du proverbial Carpe Diem (profite de l’instant présent), qui sert de socle à cette comédie dramatique où Robin Williams déborde d’une sincérité touchante, comme si ce rôle était une émanation de sa personne, ou le prolongement d’un caractère qu’on imaginait bonhomme.

J’avais été percuté par ce geste effroyable commis par cet étudiant démuni, contraint de faire une croix sur sa passion pour le théâtre, pour ne pas ternir l’honneur de ses parents, à commencer par son austère de père. Le jeune homme avait décidé de mettre fin à ses jours, préférant sans doute la liberté dans la mort que la voie toute tracée, synonyme d’emprisonnement, que lui prédestinait sa famille. Qui aurait cru qu’un jour le fameux professeur Keating emprunterait le même chemin funeste ? Je ne suis pas là pour juger, mais pour lui dire merci, juste pour ce film merveilleux signé Peter Weir. Lui dire que dans mes moments de faiblesse ou de doute, je repense à son personnage et au vent de fraîcheur que ce dernier distillait à fortes doses d’humanisme. J’ai envié ces élèves d’avoir un enseignant aussi inspirant, avec ses épaules de père et ce regard d’un bleu maternel. En prenant le gouvernail, ce professeur pas comme les autres a fait chavirer bien des certitudes dans la tête de ses brebis habituées au destin formaté. À bien y penser, John Keating était plus un pirate qu’un capitaine. 

Je joins à cette prose un extrait du Cercle des poètes disparus. La scène finale en fait, laquelle prend une toute autre dimension avec la disparition de son héros. Oui, un héros. Un héros anonyme, comme il en existe tant sur cette Terre. Lequel nous rappelle que la vie n’est jamais aussi belle que lorsqu’on la vit à fond, en privilégiant parfois les chemins de traverse. Belle leçon.

RIP, monsieur…

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