L’addiction, s’il vous plaît ! (quel titre !)

Quinze. Au départ, ça devrait être sept. Courir sept jours de suite, c’était comme un mini défi. Mais pas quinze. Et pourtant, je m’obstine dans cette trajectoire qui va me mener jusqu’à la fin du mois d’août. Le challenge est devenu une addiction. Une évidence, un automatisme. Je crois que je suis amoureux de mes jambes…

Quinze jours que je cours une heure, parfois un peu plus, pratiquement au même endroit, la plupart du temps seul, sinon avec un groupe d’autres coureurs que j’ai rejoints récemment. J’ai trouvé l’endroit idéal pour courir à Montréal : la montagne. Enfin je veux dire le mont Royal, qui a donné son nom à la métropole. Impossible de ne pas le voir. Il domine la ville comme cette immense croix qui trône à son sommet. Ces derniers temps,  je pars me lover dans ce cocon verdoyant, sous ses frondaisons rafraîchissantes quand le soleil est trop lourd. Le mont Royal, c’est une parenthèse dans le bitume, le sein nourricier de la nature. Dans ce parc créé en 1876, j’ai l’impression d’être coupé de tout, je recharge les accus du nostalgique de la campagne qui croupit en moi. L’urbanisme cerne la montagne mais je me sens ailleurs. 

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Le Chalet du parc du Mont-Royal a été inauguré en 1932. Sa grande salle intérieure est ornée de tableaux retraçant l’histoire de Montréal, dont plusieurs œuvres de peintres célèbres.

La première fois qu’on gravit le mont divin, on appréhende un peu, surtout quand on a entrepris de le faire en courant. L’inquiétude disparaît très vite, et l’on se surprend parfois à entamer les quelque 5 km d’ascension avec l’enthousiasme de la descente… J’ai pris l’habitude de m’évader en fin de journée, ce qui semble plus adapté à mon organisme. Il m’arrive de faire une entorse en trottinant de bonne heure. D’ordinaire, c’est le dimanche. Je m’insère dans un petit peloton qui se donne rendez-vous à 8h30… Les sorties sont organisées par un magasin spécialisé dans la course à pied. L’ambiance est conviviale, l’effort à la portée de tous. Les foulées matutinales sont souvent un supplice pour moi, surtout les premières minutes, en particulier quand je suis sorti la veille et que mon vélo titubant m’a donné du fil à retordre. Et comme je cours toujours à jeun, la bouffe accapare très vite mes pensées. J’élabore alors mon futur menu pour me donner du cœur à l’ouvrage ! Faites moi confiance : je soigne le réconfort !

Courir au mont Royal promet tout un tas de rencontres. À titre personnel, j’ai croisé une couleuvre, deux ratons laveurs (une première pour moi; j’ignorais que cet animal est un agile grimpeur !), la police montée, des planches à roulettes (avec, bien évidemment, des gens dessus), des amoureux, des écureuils (le rat du Montréalais), des groupes de jeunes affublés comme pour aller en discothèque et à qui tu as envie de dire « vous vous êtes perdus ? »… sans oublier une pléthore de touristes, souvent avec des yeux bridés, que des bus bien nourris déchargent sur un parking situé non loin du sommet, je veux dire du belvédère si prisé du visiteur. On y domine la ville et ses gratte-ciels, les photographes s’en donnent toujours à coeur joie. Un classique. Rien de neuf sur la carte postale. Mais les contemplatifs en redemandent.

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Un des incontournables du parc Mont-Royal : le lac aux castors, où il est toujours agréable de venir se prélasser durant la belle saison.

Pour combattre la routine, je varie les trajets. Le site regorge de petits sentiers qui vous ramènent toujours à bon port. Je m’y aventure sans boussole, faisant toujours confiance au hasard. Quand je ne reviens pas sur mes pas – en savourant la descente – je bifurque vers l’immense cimetière Mont-Royal, où dorment près de 200 000 personnes, dont quelques célébrités locales, y compris mafieuses. Une sorte de Père Lachaise, avec ses routes et ses petits carrefours, auréolé de cette quiétude qui rend – et c’est là le paradoxe – ce genre d’endroit bucolique. Quand je quitte l’enceinte des morts, je me retrouve dans celle des nantis. Je veux dire la ville de Westmount, blottie à flanc du mont Royal, avec ses demeures cossues et robustes, ses pelouses impeccables. Il m’arrive de cambrioler subrepticement ces maisons d’un regard un peu envieux. C’est mon petit dessert alors que mon périple prend fin, dans une ultime descente qui me ramène sur le plancher du Mile-End, un quartier moins huppé mais tout aussi charmant. La sempiternelle suprématie de la beauté du dedans…

Dans une semaine, je vais devoir abandonner la course à pied pour une autre parenthèse. J’ai hâte, je suis paré. Samedi prochain, je deviens un nomade…

Le vaste cimetière Mont-Royal est autant emprunté par les promeneurs que les cyclistes et les coureurs...

Le vaste cimetière Mont-Royal est autant emprunté par les promeneurs que les cyclistes et les coureurs…

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