Apte !

16 avril 2004.

Je suis apte au boulot. Le verdict est tombé ce matin, peu après 10h, dans les locaux de la médecine du travail de la ville où j’exerce ce métier passionnant de journaliste. Je vais donc encore devoir m’échiner à la tâche, écraser mes petits doigts sur le clavier pour pondre des articles à la chaîne…

C’était donc l’heure de l’incontournable visite médicale. L’an passé, mon chef vénéré m’avait fait croire que la charmante dame chargée de m’ausculter – la quarantaine bien conservée – allait me tâter les parties génitales pour s’assurer que tout soit bien en place. Autrement dit une opération hautement sensible à une époque où j’étais plutôt à fleur de peau, sexuellement parlant. Imaginez mon appréhension lorsque cette praticienne m’a demandé de retirer ma chemise. Je me suis dit : « D’abord la chemise pour faire diversion, et hop, une main dans le caleçon ni vu ni connu… » Mais rien de tout ça n’est arrivé. En revenant à l’agence, j’ai eu droit aux rires moqueurs de mes collègues, ravis de leur farce ! 

Cette année, pas de quadra sexy pour m’examiner. Je suis arrivé pile à l’heure. On a pris ma convocation en me demandant si j’avais ramené un flacon. Hélas non, car j’avais déjà pissé, comme tout homme qui se respecte, au saut du lit (flanqué de ce sourire béat indissociable de cette décompression matinale). Une procession toujours savoureuse pour nous les mâles, certains agrémentant ce prosaïque tableau d’une petite flatulence du plus bel effet (en gros, je pète donc je suis). Pour en revenir à mon urine, j’aurais pu me retenir pour satisfaire la requête, légitime il est vrai lorsque l’on est convoqué à une visite médicale. Sauf que dans ce cas précis, c’est pas un flacon que j’aurais rempli, mais un tonneau ! J’ai tout de même saisi le petit récipient en faisant confiance à ma vessie, laquelle a consenti quelques gouttes. Avec le vin et la vodka absorbés la veille avec des amis, J’ai craint que le flacon se désintègre. 

À peine le temps de regagner la salle d’attente et me voilà happé par un médecin. Un nouveau visage, de type méditerranéen ascendant Gypsy King. Le monsieur s’exprime avec le débit d’un TGV. J’ai tiré le gros lot, le mec ne m’inspire pas confiance. Je persiste à croire que les médecins de travail ont atterri là faute de mieux dans une carrière bloquée à ce stade peu prestigieux. Le médecin en question me mitraille avec une série de petits tests sans intérêt, en restant très laxiste dans son approche. J’aurais pu lui raconter n’importe quoi. Cet « à peu près » m’exaspère car il s’agit tout de même de ma santé. Je quitte son bureau guère plus renseigné sur mon état, malgré le tampon attestant de mon aptitude à bosser. 

J’ai donc été pesé, habillé, ce qui fausse un peu la donne. Pour faire contrepoids, le monsieur a décidé de retrancher quatre kilos du résultat final. Quatre kilos ! Nous sommes au printemps, et sauf erreur de ma part, je suis pas venu avec mon paquetage militaire… Le verdict est donc de 71 kilos sur une balance en piteux état, qui a l’air d’avoir été importée  d’Allemagne de l’Est. Puis je m’assois pour qu’il vérifie ma vue. Enfin il essaie, car l’appareil ne fonctionne pas. Vient alors le temps des questions : 

  • Vous fumez ?
  • Non.

J’ai l’impression que ma réponse lui procure un orgasme :

  • C’est bien !!
  • Vous buvez ?
  • Modérément (je repense alors au flacon : peut-être a-t-il fondu sous l’effet acide des boissons frelatées ingurgitées).
  • Vous vous droguez ?

Là, j’ai envie de lui répondre :

  • Ça dépend. Le sexe est-il considéré comme une drogue dure ? 

Je pensais qu’il allait me mesurer, en vain… Il a aussi contrôlé mon équilibre et ma sensibilité. Pas dans le sens « As-tu pleuré en regardant le dessin animé Bambi ? » Non, il m’a effleuré tantôt le bras gauche tantôt le droit pour vérifier mes réactions. Puis il m’a tapé légèrement sur les poignets pour savoir si ça me faisait mal. S’il m’avait écrasé les valseuses avec une massue, j’dis pas, mais là… 

Je suis donc en bonne santé. Du moins selon la version de la médecine du travail. Avec des tests plus poussés, ils se seraient rendus compte que je suis un vrai obsédé à qui on a greffé un sexe de cheval. Ils auraient aussi constaté que mon bras droit, bionique, était un modèle du genre, et que ma jambe gauche, bien que constituée de polystyrène, me donne entière satisfaction, mais si j’ai tendance à flotter à la piscine, moi qui aimais tant nager sous l’eau. Quant à ma vue, j’avais appris les lettres du panneau par cœur avant de venir. Et pour l’urine ? Un peu d’Orangina, moins les bulles, a fait l’affaire…

Il va s’en dire que ces dernières lignes sont le fruit d’une imagination débridée, ou décalée diront certains. Apte à travailler ou à déconner : je préfère la seconde solution.

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