L’abus de cocktails est

Fin juin 2004, rayon des anecdotes. Souvenirs, souvenirs…

a98750dcf5a15bcc60355f8a3b9f9881Je passe une soirée chez un ami qui s’est pris de passion pour la préparation des cocktails. En me rendant chez lui, j’ai conscience du risque qui m’attend. La cuite guette.

Ce jour-là, l’équipe de France de football affronte la Grèce en quart de finale du championnat d’Europe des nations. Je suis à la bourre, j’arrive alors que la rencontre a débuté. Je finis prestement un kébab avant de me concentrer sur le duel franco-hellénique. Concentrer ? Le mot est peut-être un peu fort. Les Bleus, qui n’ont pas convaincu depuis le début de la compétition, offre un spectacle indigne de la vitamine C. On comprend que face à ses Hélléniques (qui finiront contre toute attente par brandir le trophée), la désillusion est à envisager. Dans l’écran de la télévision, la France piétine, je réprime un bâillement. Surgit alors cette invitation jetée comme une bouée de sauvetage…

« Un petit cocktail Olivier ? »

Je m’agrippe à ces quatre mots qui font planer le risque d’une déchéance. La réponse fuse. Mon « oui » va en appeler d’autres, car les breuvages vont se succéder. On a visiblement décidé de donner du leste à la laisse de la sobriété. On trouve un prétexte à cette débâcle programmée à la 70e minute du match : les Grecs ouvrent le score. Les carottes ont l’air cuites pour les Bleus.  Pas grave, on est déjà au comptoir.

Les boissons à l’apparence laiteuse se succèdent sur la table du salon. La domination est polonaise : de la vodka bien rude, qui escalade la gorge avant de planter son pieu sur le sommet de votre crâne. Au début, je ne vois rien venir. L’alcool désinhibe, avec lui on se sent l’âme d’un tribun, prêt à aborder n’importe quel sujet. Avec mon pote, on parle surtout musique, avec notamment un hommage à Ray Charles, le père de la soul music. On revoit aussi, avec le même plaisir, la scène mythique du film Chantons sous la pluie, avec l’irremplaçable Gene Kelly. Entre-emps, la France a été éliminée. Notre deuil très relatif a été noyé dans les vapeurs d’alcool.

Après quelques cocktails engloutis, je me lève pour une petite vidange. Bref, je vais pisser. Je suis alors incapable de me remémorer la composition des boissons qui sont autant de coups de Jarnac pour notre organisme acculé dans les cordes, sur un ring où le combat est perdu d’avance. Seule certitude : il y avait du rhum, de la vodka et du cognac. Trois bouteilles finiront à la poubelle ce soir-là… Quand je suis retourné aux toilettes une seconde fois, plus péniblement je dois dire, le couloir qui y menait m’a paru plus long  et sinueux.

De retour sur le canapé, j’ai la tête lourde, je suis avachi comme un pachyderme. La température est monté d’un cran sous mes cheveux, il me tarde de prendre l’air. Je sens monter en moi cette sensation qu’on appelle « gerbe ». Un cocktail de plus et je chante du Mireille Matthieu. Et puis soudain, à une heure avancée de la nuit, mon téléphone sonne. Voix féminine au bout de la ligne. Fille délicieuse. Besoin d’entendre son amant. Le timbre de sa voix, si doux à mon oreille, ne suffit cependant pas à desserrer l’étau qui compresse mon crâne. Mais là je n’ai plus envie de vomir, j’ai juste envie de rêver… La conversation s’interrompt sur des échanges où les baisers se muent en bisous à cause de la distance. 

Mon ami et moi décidons enfin d’aller nous rafraîchir les neurones. Il doit être trois heures du matin. Le quartier est assoupi. La raison me pousse à ne pas prendre ma voiture pour rentrer (j’habite à 500 mètres). J’irai la récupérer demain. Mon complice décide de faire un bout de chemin avec moi. Je puise dans mes dernières réserves de lucidité effort pour marcher droit. L’air frais me revigore. Nous nous quittons à un feu rouge. Bison futé n’avait pas prévu autant d’embouteillages dans mon esprit; c’est même un carambolage.   Je finis par regagner mon appartement, je jette maladroitement mes habits sur une chaise de la cuisine. Je tombe comme une enclume sur mon lit. Ce soir, pas besoin de berceuse, mais j’imagine que la dépanneuse sera d’un grand secours au réveil. 

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