Sur le chemin… (2)

Dimanche 31 août – Windsor à Richmond : 22.3 km.

La nuit a été courte. Dormir sur un matelas à même le sol, disons que c’est pas trop mon truc. Mon dos a pas aimé. À 6h, les lumières s’allument. Il va falloir s’y habituer : chez les marcheurs, en tout cas ceux avec qui je me trouve, l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt. Je relativise : autour de moi, il y a quelques éclopés. Je suis perclus de courbatures, la journée commence bien. Aujourd’hui, le tarif est le même qu’hier : 23 km. Du côté du ciel, c’est différent. Il a grise mine. Par chance, la pluie, tombée en abondance durant la nuit, a fait une pause. Pas une goutte durant la matinée. En contrepartie, la météo nous gratifie d’une belle humidité dans l’air. Comme la veille, les premiers kilomètres sont plutôt encourageants. Nous marchons d’un pas alerte et mon sac me paraît étrangement plus léger. Faut dire que je me suis délesté d’un rouleau de papier toilette. Pas sûr que ça fasse une grosse différence au niveau du poids… De toute façon, j’avais pas prévu de chier dans les bois.

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Bibi devant un cheval appaloosa, avec ses yeux bleus, d’après un ancien collègue féru d’équitation et accessoirement de juments…

Dans ma bulle

Je finis par me retrouver seul en tête. J’ai décidé de m’enfermer à doubles tours dans ma bulle. Je mets à profit cette longue randonnée pour faire le vide, javelliser mon esprit avec une bonne dose de silence. Mais pas dans l’immédiat, car le groupe Pink Floyd et son album The Division Bell m’accompagne les premiers kilomètres. Je pense que le virus de la marche s’est immiscé en moi. C’est un sentiment particulier que de se retrouver seul avec soi-même. Exit l’iPad, l’ordi, et tous ces petits cordons qui nous relient à la modernité galopante et nous y enferment. Marcher, c’est aussi redécouvrir le monde qui nous entoure et revenir à l’essentiel… L’essentiel, c’est ce qui rassemble les 18 personnes de ce périple usant et réconfortant. S’amuser, discuter, partager… tous ces mots qui nous semblent parfois démodés ou auxquels on n’accorde pas toujours l’importance qu’ils méritent. Se rendre d’un point A à un point B, en se fiant uniquement à ses jambes, réapprendre l’effort, craindre les ampoules… Et soulager son corps endolori avec des compagnons qui ont pour nom Advil (le doliprane québécois), Ibuprofen et aspirine…

Un nouveau rythme

Depuis deux jours, quand le parcours s’achève, j’ai l’impression d’avoir gagné dix ans, et même plus. En clair : j’ai troqué ma trottinette contre un déambulateur. Autant dire que l’on se couche tôt, ce qui est nouveau pour moi, plus habitué aux horaires de noctambules, je veux dire jamais au lit avant 1h. Ici, je fais comme tout le monde : je m’écroule dans un champ d’oreillers sans trop demander mon reste, même si, lorsque je ferme les paupières, vers 22h, mes compagnons roupillent depuis au moins une heure. Parenthèse : côté ronflements, les femmes n’ont rien à envier aux hommes. Il m’est arrivé de croire qu’on dormait sur un chantier ! (les intéressées se reconnaîtront) 🙂

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Ces deux chevaux métalliques ont servi de décor à notre pause déjeuner, à une petite heure de notre destination, la ville de Richmond. Une œuvre en hommage au peintre Coburn, né dans la région.

Ce soir, nous dormons dans un centre communautaire, face à l’hôtel de police de la ville de Richmond. La veille, on y a célébré un mariage, d’où un grand nettoyage de la salle avant notre arrivée. Pour le repas, certains, comme moi, ont passé commande auprès d’un restaurant du coin, d’autres se sont ravitaillés dans un supermarché tout proche. Sur les tables : des pizzas, du chili con carne, du saucisson, de la bière et du vin, entre autres… À certains endroits de notre dortoir, il règne comme une ambiance napolitaine. C’est en tout cas ce que m’inspire ce linge suspendu à un fil relié entre deux chaises.

Je redécouvre les plaisirs de la vie en communauté et le confort rudimentaire. Ce pèlerinage a l’air parti sur de bonnes bases…

Demain : Richmond à L’Avenir.

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Nous avons aperçu plusieurs de ces repaires à chenilles dans les arbres. La brume et l’humidité matinales ont donné à ces cocons inquiétants une dimension poétique.

 

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