Sur le chemin… (3)

Lundi 1er septembre – Richmond à L’Avenir : 24 km.

On avait dit 350 km, pas 16 000 !

On avait dit 350 km, pas 16 000 !

Aujourd’hui, c’est la fête du travail au Québec, mais pas pour nous. On se reposera un autre jour. Nos cuisses et nos mollets font des heures supplémentaires. À 7h45, le centre communautaire de Richmond est vidé. Deux kilomètres après notre départ, nous approchons de Melbourne. Euh… Je regarde autour de moi : aucun kangourou à l’horizon. L’Australie attendra…  

Notre 3e jour de marche va nous conduire vers notre futur, comme l’a si bien dit Doris, un de nos deux bergers. L’identité de notre destination : L’Avenir. Quel joli nom pour une localité. Notre avenir immédiat, nous le construisons à petites enjambées, nous avançons vers l’inconnu en picorant des tas de petites choses en chemin. En ce qui me concerne, cette longue randonnée fait un peu figure de grand nettoyage. Je poursuis l’essorage de ma tête et de mon corps. Bref, je vidange pour évacuer les impuretés.

IMG_7492Avant de visualiser notre Avenir, nous devons avaler 24 km. La météo est plus clémente qu’hier, entre nuages et belles éclaircies. Sur notre route, nous croisons un raton laveur. Du genre statique, du genre raide mort, les quatre pattes en l’air, la bouche ouverte et la langue pendante. On dirait une scène de crime. Pas une goutte de sang, et, visiblement, la mort ne remonte pas à longtemps. Pas très ragoûtant tout ça. Le malheureux a dû se faire percuter par une voiture, ou alors il se fout de notre gueule en feignant l’épuisement (connard).

Depuis que nous avons quitté Sherbrooke, des gens nous apostrophent dans la rue, ralentissent leur véhicule pour se renseigner sur le but de notre marche, d’où nous venons et où nous nous rendons… Visiblement, le sac à dos possède un pouvoir d’attraction identique à celui de la guitare. Quand on éclaire leur lanterne, leur regard s’illumine et leur visage trahit leur surprise ou leur admiration. Certains doivent nous prendre pour des fous. Nous intriguons bien du monde avec notre paquetage. Nous avons souvent droit au proverbial « bonne route ! » qui nous fait l’effet d’une encourageante tape sur l’épaule.

Nous avons fait une halte (et une pause pipi par la même occasion) dans le pittoresque village d’Ulverton. Une petite localité à l’accent british, bien entretenue, avec son lot de maisons colorées et cossues. Fête du travail oblige, nous n’avons pas pu visiter la minuscule mairie, avec son mobilier d’un autre âge… Vers 11h, j’accoste sur un belvédère situé à deux kilomètres de là. L’endroit parfait pour ma pause salade de betteraves-poulet, avec vue imprenable sur une rivière serpentant entre plaine et forêts (voir photo ci-dessous). J’avais une faim de loup. Mon repas englouti, je profite d’une petite sieste en attendant le reste de la troupe. Une heure plus tard, je reprends mon chemin, me faisant au passage tancer par un Anglophone un peu revêche, mécontent que je prenne ses tournesols en photo. Mécontent surtout que j’empiète de quelques centimètres sur sa propriété pour immortaliser ses jolies plantes, et m’enjoignant du coup à rester sur le chemin publique pour faire mes clichés. Un con…

La pittoresque église d'Ulverton.

La pittoresque église d’Ulverton.

Avec un peu d'imagination, on se bricole un petit confort...

Avec un peu d’imagination, on se bricole un petit confort…

À 13h58 (je suis précis), j’arrive devant l’église qui sera notre dortoir. Une première pour moi, et sans doute pour nous tous. La marche terminée, certains ont posé leur sac de couchage dans la sacristie, tandis que d’autres, comme moi, se sont confectionnés des ersatz de lits en rassemblant quelques chaises moelleuses, lesquelles ont remplacé les traditionnels bancs que l’on trouve généralement dans ce genre de lieu. La perspective de profiter de ce “matelas“, plus hospitalier que le sol, est accueillie comme une offrande. On devient moins difficile loin du confort de la modernité.

Le repas du soir, préparé et offert par des paroissiennes aux petits soins, fut aussi copieux que savoureux. Merci à Jeannette, Andrée – femme multicartes et multifonctions – et Marguerite de nous avoir réconfortés avec leur grosse plâtrée de spaghettis nappés de sauce et de viande. Et je ne parle pas de ces gâteaux caloriques à souhait qui ont comblé nos estomacs de pèlerins gourmands. La fatigue et la digestion aidant, nous n’avons pas veillé tard. Et dire qu’à quelques mètres de cet édifice religieux, il y a un bar à danseuses ! Si je rêve de filles dénudées, je saurais pourquoi…

Demain : L’Avenir à Drummondville.

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Y a pire comme panorama quand on prend une pause pour se sustenter !

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Notre nuit dans l’église de L’Avenir restera un des beaux souvenirs de ce Compostelle québécois.

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2 replies »

  1. Très belle ta photo des wagons de train.
    Moi aussi l’Avenir est un de mes plus beaux souvenirs. Dormir sous la voûte céleste à la lumière tremblotante des lampions (et la douche un de mes souvenirs impérissable lol)

    J'aime

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