Sur le chemin… (13)

Jeudi 11 septembre – Saint-Agustin-de-Desmaures à Québec : 19.6 km.

La pluie. À fortes doses. Il en fallait bien une. Une journée de flotte à vous ramollir le corps et à transformer vos pieds en éponge.

Comme on dit chez nous (je veux dire en France), il pleuvait comme vache qui pisse. J’ai pas trouvé la vache aujourd’hui, mais je peux vous garantir qu’elle devait avoir la vessie pleine, vu le déluge… Ce qui explique aussi pourquoi cette chronique est assez chiche niveau photos, excepté celle du dessous, prise après être passés par la case séchage (celle du dessus remonte à plusieurs mois, mais ces deux maisons sont restées au même endroit et ont conservé leur couleur criarde). Je crois que mon appareil n’aurait pas supporté. C’était la météo pourrie, typique, où l’on garde ses mains au fond des poches, la tête rentrée dans les épaules. J’en profite pour lancer un appel qui parlera à tous les binoclards passant par ce blogue : ce serait bien de mettre au point des essuie-glace pour les lunettes, ou toute autre invention qui faciliterait la vie aux myopes, presbytes (aucune allusion sexuelle) et autres astigmates de cette Terre en pareille situation… Tout ça pour dire que le matin du 11 septembre, proclamée la Saint-Terroristes depuis 2001, j’ai vu que dalle, en tout cas pas grand-chose…

À peine avions-nous quitté la cafétéria du campus Notre-Dame-de-Foy (Jean-Pierre et moi) que les premières gouttes ont sonné la charge. D’abord de manière éparse, puis de façon plus intense. Le genre acrimonieuses et obèses qui ont donné le tempo de la belle symphonie torrentielle qui nous pendait au nez… En moins d’une heure, nous étions imbibés. Et il nous en restait trois au compteur ! Autant dire que j’ai laissé ma crème solaire au fond du sac. Les plus heureux dans cette histoire auront été nos ponchos. Leur jour de gloire était arrivé ! Sauf qu’en ayant mis la main sur un modèle pas trop cher, il ne fallait pas s’attendre à des miracles de la part du mien. Celui de mon camarade faisait autant pitié. On aurait dit  un ermite égaré dans la civilisation.

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Avec la mascotte du groupe, Jean-Pierre, devant l’Auberge internationale de Québec, plus présentables, et surtout plus secs !, après une matinée pluvieuse, très pluvieuse…

Avec pareil décor, nous avons fait une croix sur les pauses, préférant nous contenter de notre pilotage automatique, programmé pour nous emmener jusqu’à l’Auberge internationale de Québec, rue des Ursulines, synonyme de radiateur pour nos vêtements, détrempés par endroits. Même le Saint-Laurent semblait avoir perdu de sa superbe sous ce plafond bas et menaçant, dont le crachin cyclothymique menaçait sérieusement la quiétude de mes testicules, bien au chaud dans l’antre de mon intimité. Quant à l’horizon bouché par ce temps acariâtre, il ne nous disait rien qui vaille.

Nous avons donc progressé, cahin caha, vers notre prochaine étape, les rares accalmies nous faisant l’effet d’une bénédiction. Arrivés dans la capitale provinciale, nous avons longé le chemin Saint-Louis sur près de 7 km, avant de bifurquer sur Grande Allée, pendant presque 4 km. Une dizaine de kilomètres qui m’en ont paru le double avec cette météo humide. Nous avons pris possession de notre dortoir, que nous partagions avec quatre femmes du groupe – des ronfleuses pour la plupart – vers midi. Certains ont profité de l’après-midi, plus clémente, pour magasiner un peu, ou relaxer dans les rues de la vieille ville. Pour ma part, j’ai servi de guide à JP, en lui faisant découvrir quelques incontournables, comme le château Frontenac ou la magnifique fontaine de Tourny devant le Parlement. Gageons que la visite aurait été plus belle sous le soleil. Jean-Pierre, en quête d’une chemise de bûcheron – vous savez, ce vêtement à carreaux rouges et noirs qui procure des orgasmes au touriste français en mal de folklore – sans toutefois trouver la perle rare (je connais ce sentiment frustrant, mais avec les gonzesses). Il a en revanche acheté quelques produits à l’érable, dont un paquet de gâteaux pour sa maman presque centenaire, que je salue au passage, puisque cette dernière a enfanté un mec bien, malgré de belles dispositions à la gaffe et une ouïe cacochyme (j’y reviendrai bientôt dans un portrait).

Quand je vous décris notre virée matinale, je noircis volontairement le tableau. Vous dire que je n’ai pas apprécié me faire saucer serait un fieffé mensonge, au même titre que si je vous disais que les Québécois ont tout à nous apprendre en matière de mode vestimentaire (oh que j’aime les taquiner ! ) J’avoue : j’ai finalement aimé cette séquence pluvieuse. Tout simplement parce que cela fait partie du jeu, du programme, comme les bobos font partie des imprévus, qui font aussi le charme, quoiqu’on en dise, de ce genre de pèlerinage. Je pense que le Compostelle québécois serait plus monotone sans les blessures et les abandons, sans cette incertitude qui étreint les participants jusqu’au bout, en leur faisant comprendre que rien n’est jamais acquis, mais qu’avec un peu de foi en soi, l’impossible devient possible. Durant cette expérience, Manon, Katery, Catherine et Sylvie ont prouvé que le courage n’était pas l’apanage des super-héros, que la réalité n’avait rien à envier au cinéma… Elles ont lutté avec leurs armes, ont dû par moments se résoudre à se séparer de leur sac ou à prendre place dans la voiture pour soulager une douleur, apaiser une grimace. Non par paresse mais par raison.

Pour en revenir à la flotte – une compagne plutôt collante- elle a aussi remis le curseur à la bonne place. Il faut en effet avoir été trempé jusqu’aux os pour redonner toute sa noblesse à la prosaïque douche, ou à la caresse si réconfortante d’une serviette, même la plus laide d’entre elles. Comme il faut avoir souffert pour se sentir en vie, et pour prendre la mesure de ce dépassement qui nous surprend parfois. J’ajouterai que la solidarité inhérente au Compostelle québécois n’est qu’une composante de la réussite individuelle. “El Camino“ se charge du reste.

Marcher, c’est peut-être aussi découvrir qui l’on est vraiment…

Demain : Québec à Château-Richer.

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4 replies »

  1. Olivier,tu continues à m’épater. Rendre vivante, presque supportable, une journée de « merde », il faut le faire.
    J’aime bien ta « pisse-de-vache » . Je préfère tout de même « i mouille à verse » ou « i mouille à siaux »…Ça c’est plus qu’une averse…et c’est plus propre que ton pipi de vache.

    J'aime

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