Sur le chemin… (15)

Samedi 13 septembre – Château-Richer à Sainte-Anne-de-Beaupré : 9.7 km.

Dernière journée. Déjà… J’ai l’impression d’être parti hier. Quand le temps passe si vite, c’est toujours bon signe, c’est un indicateur fiable d’une belle et agréable aventure. Nous ne serons pas épuisés aujourd’hui. À peine 10 km pour parvenir à cette Basilique Sainte-Anne-de-Beaupré dont nous apercevons au loin les deux clochers pointus. Le temps est gris, et une petite veste s’impose en cette fraîche matinée.

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Nous croisons quelques belles maisons sur notre chemin, et même quelques lamas, dans cette pose altière qu’on leur connaît, qui nous regardent passer. C’est la seconde fois que nous tombons sur cet animal, chez qui la beauté est une notion bien vague, depuis notre départ de Sherbrooke. Il y a quelques jours en arrière, l’un d’eux partageait un enclos avec un cheval. J’avoue que la cohabitation m’avait quelque peu intrigué. Ne parlant ni cheval ni lama  – sauf le Serge Lama, un de mes compatriotes – j’avais fait une croix sur une discussion qui m’aurait permis d’en savoir plus sur la nature de leur relation… Jean-Pierre et moi avons échangé quelques mots avec une personne chargée de veiller sur ce petit cheptel en l’absence du propriétaire. Cette dernière nous a notamment expliqué que lorsque l’animal avait les oreilles baissées, mieux valait reculer. C’était sa façon à lui  de vous prévenir que le canon à crachat était armé. J’avoue que la perspective d’être salué de la sorte, à même pas 8 heures du mat’, a eu raison de ma témérité, même si, comme j’ai pu le constater en m’avançant vers l’un d’eux, il ne baissait pas les oreilles avec moi. Je devais compter, sur une des branches de mon arbre généalogique, quelque parenté avec cette famille de camélidés. Parenthèse : à chaque fois que je tombe sur un lama, je pense à une ancienne prof d’anglais, pourvue de la même dentition, laquelle prenait un malin plaisir à nous sourire. Là s’arrête la comparaison, car le crachat en pleine poire ne faisait pas partie de son arsenal pédagogique…

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Au moment du départ vers Sainte-Anne-de-Beaupré.

Je retournerai dans ce magasin d'antiquités !

Je retournerai dans ce magasin d’antiquités !

Avant de quitter Château-Richer, j’ai aussi fait une halte dans un magasin d’antiquités. Une véritable caverne d’Ali Baba où je suis retourné quelques heures plus tard, avec l’ami venu me récupérer, pour mettre la main sur un vieux panneau en bois vantant une célèbre marque de soda. Jean-Marc, proclamé “Godfather“ par mes soins, s’est joint au duo que je formais avec JP, qui sera sans doute un jour canonisé à titre de mascotte du groupe de 2014. Quand je suis arrivé devant la basilique, j’ai ressenti comme une explosion intérieure. J’étais allé au bout de mon aventure, je l’avais fait, tout simplement, et j’en étais fier. Ce sentiment était unanime, et j’imagine que tous les marcheurs de ce monde ont dû vivre la même joie muette à l’issue d’un long périple… Je venais de parcourir plus de 350 km, et cette randonnée, loin de me vacciner, avait permis au virus de se propager.

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Le Québec est riche de maisons colorées…

En arrivant au pied de l’imposant édifice religieux, vous savez ce que j’ai fait ? Je me suis fait prendre en photo avec mon sac à dos, comme si je lui devais bien ça. Avec le temps, il a fini par devenir un compagnon, et même bien plus, car il faisait partie de moi, comme la coquille d’un escargot… (à l’heure où j’écris ces lignes, je ne l’ai toujours pas rendu à sa propriétaire). C’est con à dire, mais sur le moment, j’ai eu du mal à imaginer que nos chemins allaient se séparer. Encore aujourd’hui, cette petite maison greffée à mon dos me manque…

Nous avons pris un copieux déjeuner à l’Auberge de la Basilique, située en face du monument. Les accolades et embrassades ont été nombreuses. Les félicitations aussi. À 11h, nous écoutions les dernières consignes avant la messe, messe durant laquelle on allait nous remettre nos diplômes, de façon très officielle. Nos sacs ont été disposés devant l’hôtel, et nous avons pris, après la célébration, plusieurs photos du groupe. Notre cercle a fini par éclater, les gens se sont dispersés, le cordon a été coupé. Le chemin du retour a été difficile, en particulier cette portion souterraine, dans le métro de Montréal, qui me ramenait brutalement dans la réalité, après un détour de 15 jours dans un monde parallèle.

Marcher, c’est aussi rêver.

À suivre : trois portraits. Le premier sera consacré à notre mascotte  Jean-Pierre !

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Ces compagnons de route méritaient bien une photo…

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Un marcheur heureux, ça donne ça…

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4 replies »

  1. Depuis 15 jours, je lis fdèlement tes petites chroniques. Quelle belle écriture! Merci de m’avoir fait revivre ces 350 kilomètres de durs mais de bons moments. Même vu à la lumière d’un autre œil, j’ai bien reconnu le Compostelle québécois. Tes textes m’ont émue et souvent fait rire. Merci Olivier.
    Jacqueline

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