Sur le chemin… avec Jean-Pierre (bonus)

Ah, Jean-Pierre… J’ai fait sa connaissance dans une voiture. Oui, je sais, présenté comme ça, ça fait un peu glauque, genre rendez-vous sur un parking mal éclairé pour parler du monde fascinant des sodomites…

En fait, Jean-Marc, une des figures de proue du Compostelle québécois, était venu me récupérer à Sherbrooke la veille du grand départ. Jean-Pierre était assis derrière, le siège du passager étant occupé par la compagne du Godfather. Dès qu’il avait ouvert la bouche, j’avais compris d’où il venait. La France. Mon pays, ma patrie, ma bataille… Sur le coup, j’étais peu excité à l’idée de partager cette longue randonnée avec un Français, retraité par dessus le marché ! Bref, l’horreur sur toute la ligne ! Je m’imaginais discuter pétanque avec lui, collection de timbres… et de De Gaulle. Il n’en fut rien, sauf pour De Gaulle…

Un sac obèse

Donc, Jean-Pierre, NOTRE Jean-Pierre international. Ce qui m’a frappé en premier chez ce grand gaillard, c’est sa diction. Sur le coup, j’ai pensé qu’il avait menti sur ses origines pour ne pas avouer qu’il était Suisse. Savoyard, qu’il m’avait dit au moment des présentations. Quand JP discute, il prend son temps, il pose ses mots, il les enterre même… Disons qu’il serait recalé à une session de hip-hop. À chaud, j’ai vraiment cru avoir affaire à un Helvète. En même temps, la Savoie, c’est pas très loin. Il a dû attraper leur accent en flirtant plus que de raison avec une compatriote de Federer (le célèbre joueur de tennis pour ceux qui vivraient dans une grotte). 

La deuxième chose que j’ai remarquée chez lui ? Son sac à dos. Volumineux ! Comme je l’ai déjà mentionné sur ce blogue, j’ai cru qu’il déménageait, voire qu’il fuyait la France. Dix-sept kilos sur les épaules, « ça avait pas de bon sens », pour reprendre une expression québécoise typique (oui, je suis bilingue). Vu son âge avancé, je me suis dit qu’il ne tiendrait pas le coup, qu’un beau jour, il finirait dans le fossé après avoir éternué, cette petite secousse vidangeant les naseaux mettant en péril son fragile équilibre (je l’imagine tordu de rire en lisant ces lignes). J’avoue : par moments, j’ai presque eu pitié. Je me surprenais même à douter de sa version selon laquelle il avait pris part au Chemin de Compostelle franco-espagnol, même si à l’époque, il était plus jeune… Outre sa grosseur et son poids, le sac montré du doigt, une offrande de son fils militaire – ou un cadeau empoisonné ! – n’était pas un modèle d’aération. En clair : il tenait chaud, le bougre ! 

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Jean-Pierre sur son tracteur. On a mis un temps fou à le faire descendre… et à lui expliquer que ce n’était pas un manège…

Québécois ou chinois ?

Quoi d’autre ? Ses tee-shirts ! Très tape-à-l’œil (voir la photo du haut), le sens de la coloration, vive si possible, tendance ça pique les yeux, comme ce vêtement orange fétiche rappelant fortement la DDE, ou, pour les Québécois, les cônes délimitant les zones de travaux à Montréal. Autant dire qu’on le voyait de loin, notre Jean-Pierre. Je pense que les astronautes de la station spatiale internationale seraient d’accord avec moi ! 🙂

Mais ce que je retiendrai surtout de ce personnage d’une gentillesse contagieuse, ce sont ses gaffes, ou disons ses maladresses, et sa propension à transformer les mots. Je fais l’économie de son ouïe discutable, laissant à notre gourou Jean-Marc, qui aura aussi droit à un petit portrait, le soin de s’épancher sur sa surdité. Il faut dire que Jean-Pierre était enclin à faire souvent répéter les Québécois, son oreille de montagnard ayant eu toutes les peines à s’acclimater à la parlure locale, très détendue de la glotte…. N’eût été sa bonhommie et sa sincérité touchante, on lui aurait botté le cul en le traitant de maudit Français, une marque déposée au Québec, le « maudit Québécois », quoique autorisé, n’ayant pas le même impact…

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Les bancs sont devenus des amis précieux au fil du périple !

Bourdes et néologismes

J’ai aimé ses bourdes comme j’ai aimé ce personnage singulier, qui a rallié les suffrages au point d’être proclamé mascotte de notre groupe très féminin. J’ai par exemple adoré le jour où il m’a confié sa déception de ne pas avoir pu utiliser son dictionnaire d’anglais depuis son arrivée chez les cousins. Comme j’ai aimé, non, a-do-ré, cette scène désopilante survenue à la fin du périple, alors que la sœur d’une des participantes avait décidé de lui faire une surprise – pour célébrer un anniversaire encore tout chaud – en débarquant avec un joli bouquet de fleurs. Il sautait aux yeux que leur différence d’âge ne devait pas excéder 5 ans. Mais voilà que notre Jean-Pierre s’avance vers elle (celle qui tient le bouquet), pour lui souffler, avec la mine enjouée de celui qui s’apprête à faire un compliment : « Vous ressemblez beaucoup à votre maman. » Mine interloquée de l’intéressée, qui rectifie aussitôt en lui notifiant que c’est sa frangine. Et moi, à côté, remerciant le ciel de me faire vivre ça. Du bonbon !

Parmi ses nombreux mots écorchés, au hasard : « anrobase » au lieu de « arobase » lorsqu’il communiquait son adresse mail. Ou encore « je prendrai bien aussi un Avril » pour Advil (le Doliprane québécois). Des tas d’autres pépites ont malheureusement déserté ma mémoire. Sans oublier Facebook prononcé à la française (Fâcebouk). Rétif aux nouvelles technologies, qui se résument pour lui à un manuel écrit en chinois, JP a gardé une tendresse particulière pour les cartes postales. C’était assez drôle, et en même temps émouvant, de l’observer, après notre dernier repas pris en commun, passer d’une personne à une autre pour prendre son adresse postale. Quand il m’a demandé la mienne, par réflexe, je lui ai donné mon courriel. Il est alors revenu, à moitié hilare, me précisant qu’il voulait la postale ! On se serait cru au terminus d’une colonie de vacances, les soupes de langues en moins…

Il a cassé sa boussole

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Jean-Pierre et Manon.

Voilà, c’est ça, le Jean-Pierre que je taquine à travers ces lignes empreintes d’une amitié sincère. Enfin une maigre partie. Un mec simple, un gars bien, un ami, un être oxygénant. Le dernier soir, je lui ai offert mon toit, lui qui voulait visiter un peu Montréal, et voir notamment le balcon de l’hôtel de ville, là où le Général de Gaulle lança, en 1967, son célèbre « Vive le Québec libre ! », au grand dam notamment de Jean-Marc, fédéraliste patenté.

N’étant pas doté d’un sens de l’orientation inné, voire même basique, sans doute son côté féminin (et là toutes les lectrices de ce blogue crient « ouuuhhhhh !!!!! »), j’avais pris soin de noter les informations et destinations importantes sur un morceau de papier, lui précisant au passage que le métro de Montréal, avec 4 lignes, était un jeu d’enfant, même pour un mioche souillant encore sa couche et bavant des débuts de mots à ses parents conquis par tant de précocité. Par miracle, j’ai revu Jean-Pierre le soir. Nous avons dîné dans un restaurant portugais, proche de chez moi. Il a adoré. Histoire d’alourdir un peu plus son sac de voyage – et de faire un peu le ménage chez moi – je lui ai donné un magazine sur le Québec, un album d’un vieux chanteur du cru (s’il revient après ça, c’est qu’il a vraiment aimé son séjour) et un DVD…

Quant à moi, je n’ai qu’une chose à ajouter : merci. Pour les rires francs, les blagues de potache et cette simplicité réconfortante que tu dégages. Au plaisir, sincèrement, de te croiser à nouveau, en France ou au Québec, où 14 femmes conquises t’attendent… et trois gars qui le sont tout autant.

Avec tout mon respect,

Olivier.

PS : j’ai reçu une carte de sa part, la veille de cette publication. Drôle de hasard… 😉

Demain : le marcheur philosophe Doris.

Mes aventures sont désormais publiées sur le site du Huffington Post Québec, sur un rythme d’un texte tous les 2 jours. Voici le premier :

http://quebec.huffingtonpost.ca/olivier-pierson/compostelle-quebecois-recit_b_5941602.html

(Un grand merci à Hélène Grenier pour ses photos : JP sur le tracteur, avec Manon et sur un banc).

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J’ai souvent mis Jean-Pierre à contribution pour les photos. C’est un modèle d’une grande souplesse. Bref, pas chiant ! Celle-là, je l’adore car il attendait mon signal pour marcher. Je lui ai fait faire au moins trois allers et retours ! Je lui disais souvent à la blague que s’il demandait des droits d’auteur je serais ruiné !

 

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11 replies »

    • Bonjour Olivier,

      Voici mon adresse de courriel pour me faire parvenir l’itinéraire, si possible. Merci encore car ce récit m’a vraiment décidé à faire le trajet . J’y pensais depuis 2-3 ans en me disant un jour…..

      Ce sera l’été prochain

      Génial aussi de voir que tu utilises le terme courriel plutôt que « mail » ou email. Certains français, résidants ici depuis bien plus longtemps, ne s’y font pas!

      Je n’ose pratiquement pas signer…surtout que même si je suis 100% Québécois, j’ai déjà résidé en Haute-Savoie 🙂

      Jean-Pierre…. un autre
      jpbeauch@hotmail.com

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      • Bonjour Jean-Pierre,

        En fait, c’est Jean-Marc, un des organisateurs, qui vous a répondu et a utilisé courriel. Mais rassurez-vous, je l’utilise aussi régulièrement ! 😉
        Je pense qu’il a pris note de votre adresse…

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  1. Trop génial ce blog. Tout ce qui manque c’est un résumé des routes et chemins empruntés, bref un itinéraire d’un endroit à l’autre. En tout c’est décidé, je le fait l’été prochain.

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  2. J’ai travaillé plus de 10 ans avec J.P , que de bons moments passés avec lui dans les blindés , que de bons casses croutes , de fous rires , d’amitié , il est naturel , pas méchant pour un sou , fidéle en amitié , en résumé , un trés bon gars.Une force tranquille.Je t’embrasse mon ami .Gégé de la Chavanne.

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  3. Mon père fidèle à lui même, super description on se bidonne tout le long.
    A la base il m’avait parlé d’un « buk » ou un « bug » mais il s’agissait bien d’un BLOG!!!

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