Sur le chemin… avec Doris (bonus)

« C’est ça qui est ça. » La première fois, j’ai pas tout compris. C’est ça qui est ça quoi ?

Quand Doris vous adresse un courriel, vous faites connaissance avec cette phrase mystérieuse, qui est devenue sa signature. Doris ? Au début, je pensais avoir affaire à une femme. Je me disais que la parité serait respectée au sommet de l’organigramme du Compostelle québécois. Et puis je l’ai vu, sans « e » à vu. Car Doris est un homme, un vrai de vrai, qui pisse debout, avec une poignée de main ferme et chaleureuse, et un regard qui scintille de mille souvenirs…

Doris vit dans les Cantons-de-l’Est, à Shefford. Sa maison est à son image : lumineuse. Oui, Doris aime la lumière. Celle des livres, de la vie et tous les plaisirs qui l’assaisonnent. Un épicurien façonné avec des lettres majuscules. Doris a vécu, c’est certain. Il appartient à cette race de personnes qui ne sont pas blasées par les choses essentielles, et qui entament une journée avec un regard d’enfant. Le sien n’a pas pris une ride malgré ses 62 printemps (désolé l’ami, j’ai éventé le secret !).

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Je pense que cette photo dit tout. Elle dégage une certaine idée du bonheur. Comme une pause déjeuner loin des villes…

Un fondu de marche

Doris et Jean-Marc (l’autre tête pensante du Compostelle québécois) se sont connus lors d’une randonnée au Québec. Car Doris marche. Beaucoup. Intensément. À la folie. Il marche comme il respire, et à l’heure où j’écris ces lignes, je sais qu’il a allègrement franchi la barre des 1000 km cette année. C’est presque une philosophie chez lui. La philo, parlons-en. Il l’a étudiée, il en déborde, comme il transpire de cette sagesse qui semble puiser sa source et sa force dans la contemplation. Doris me fait l’effet d’un bâton d’encens. Il me relaxe, me repose. Rien de surprenant venant d’un passionné de yoga, qui aime se réfugier pour méditer dans une drôle de cabane située sur sa propriété protégée des regards par la forêt, où la quiétude est gravée dans les écorces. Un gourou Doris ? Oui, mais pas de ceux qui un beau jour entraînent dans leur délire macabre des troupeaux d’innocents… Lui vous séduit avec sa douceur, son recul –  l’avantage d’être un vieux singe ! – ses phrases qui semblent parfois tirées d’un manuel d’espoir.

Pas touche à mes Beatles !

Doris aime cuisiner, et donc manger. La bonne bouffe, conviviale, entre amis. Les livres aussi, qu’il dévore en français et en anglais. Doris a du sang acadien, et les racines de son feuillu généalogique nous conduisent jusqu’au Nouveau-Brunswick, la seule province véritablement bilingue du Canada. Homme de dialogue, il est aussi féru de discussions. Il lui arrive, comme l’auteur de ces lignes, de se réfugier dans la musique, ses écouteurs enfoncés dans les oreilles. Car cet homme qui chérit les éléments et la nature cultive une grande passion pour la musique. Chez lui, les disques rivalisent avec les bouquins, chacun possédant son propre territoire. Au sous-sol, ladite musique étale son opulence. J’y ai posé un soir mon sac de couchage. Une des pièces m’a particulièrement impressionné. C’est en y pénétrant que j’ai découvert son penchant prononcé pour les Beatles. Je me serai presque cru dans un petit musée, avec des tas d’objets rangés pêle-mêle à la gloire du mythique groupe britannique. Ses proches connaissent évidemment ce péché véniel, son amoureuse, Guylaine, lui ayant même un jour concocté un gâteau à l’effigie de ses idoles ! 😉

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Doris sur le petit lac de sa propriété bucolique et relaxante en diable !

Jean-Marc, sans que j’ai recours à la torture, que ce soit physiquement ou psychologiquement – en hurlant « Vive le Québec libre ! » déguisé en De Gaulle – m’a confié que ce camarade de sentiers était, je cite, « un associé dévoué et compétent ». Ça me rappelle au passage ce mot exquis et touchant adressé à mon endroit sur le diplôme attestant de ma réussite au Compostelle québécois, et dont je garde pour moi la teneur (en gros il disait que je l’avais ébloui par mon courage, ma classe dans la douleur, et qu’il irait faire pression auprès du maire de Sherbrooke pour donner mon nom à une avenue, immense si possible, bref à mon image…) Fermons cette parenthèse de hâbleur.

Je n’ai aucun mal à corroborer son jugement. Doris, comme JM d’ailleurs, ne se la raconte pas. La modestie l’habille, la simplicité l’étreint. Il encadre son troupeau avec bienveillance, avec ce sourire discret qui témoigne d’un humour toujours en embuscade. Oui, ce souverainiste convaincu, anti-thèse de son camarade Jean-Marc, manie l’humour avec délectation, même s’il peut parfois paraître hermétique pour un Français…  ou un jeune. 🙂 Plaisanterie mise à part, je dois à ce berger inspirant un agréable réconfort physique (non, il ne m’a pas fait des câlins), lorsque ce dernier me prêta une chaussette de contention pour soulager mon mollet douloureux, chaussette qui me changea totalement la vie et me remit dans le bon sens de la marche. Je dois préciser que la crème miraculeuse offerte par Jean-Marc a aussi contribué à ma renaissance. Rendons à César…

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Mais revenons à Doris, musicien patenté (il possède au moins une dizaine de guitares et gratte aussi le ukulélé), qui fut un hommes d’affaires avisé, assez pour prendre sa retraite à 50 ans, après avoir prospéré dans le futon, dont je ne dirai aucun mal puisque je suis moi-même un converti. Ce grand voyageur a finalement bien planifié sa vie, en lui donnant la direction qu’il voulait. Au lieu de la subir, Doris en a fait sa compagne. C’est peut-être pour cela qu’il a l’air épanoui, conscient qu’il n’est pas à plaindre, même si, et cela ne nous regarde pas, il a aussi eu droit à sa part de désillusions et de blessures profondes. Ainsi va la vie. Hier une belle salope, le lendemain une mère poule. Je pense que Doris a trouvé du réconfort dans la marche, comme j’ai comblé mon amertume et ma haine avec 350 km de bonheur.

Je sais que nous allons être amenés à nous revoir (ça a déjà été le cas), comme je reverrai celui que j’ai surnommé le Godfather. Je persiste à dire et à croire qu’on a besoin de gens comme eux pour apprécier la vie à sa juste valeur, pour effacer les cons et les handicapés du cœur de notre mémoire, et pour maintenir un équilibre salutaire et même salvateur. Bref, c’est mieux qu’une séance chez le psy. Je pourrais résumer Doris ainsi : un marcheur philosophe. Je remercie le hasard de l’avoir mis sur ma route. Oups, pardon, sur mon chemin… 😉 Croyance ou pas (je crois que nous sommes tous les deux des agnostiques).

C’est ça qui est ça…

Respect, l’ami,

Olivier.

Demain : le Godfather Jean-Marc.

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Dans les cuisines du séminaire de Nicolet Nicolet. De gauche à droite : Guylaine, Doris, notre “BIG“ Jean-Pierre, et Huguette.

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4 replies »

  1. Salut OLIVE…comme t’appelle Jean-Pierre… Le commentaire est pour ce dernier. Je t’ai envoyé quelques courriels récemment. Un plus particulièrement pour ton anniversaire de naissance. L’autre pour te demander ton numéro de téléphone. Va voir tes courriels le Français…Fais suivre ton numéro de téléphone par le même moyen de communication. Merci et mes salutations à Anne. Bonne semaine.

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  2. ‘C’est ça qui est ça’ …cette tautologie à la fois épistémologique et ontologique résume bien toute la Vérité de la Vie que j’ai acquis…à datte! Yea! Yea! Yea! ` :-)))

    merci Oli de ne pas avoir dévoilé que je me joue dans’l nez quand personne me regarde!

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