Sur le chemin… avec Jean-Marc (bonus)

Le Godfather. C’est ainsi que j’ai surnommé Jean-Marc. Un de nos deux bergers, avec Doris, dont j’ai aussi brossé le portrait. Je me suis beaucoup amusé avec lui, à un point que je n’aurais pas imaginé. On parle du doyen de notre groupe, 76 printemps au compteur, censé prêcher par l’exemple, alors que lui avait plutôt tendance à pécher par l’exemple ! 😉 Il est rempli de cette jeunesse qui n’a que faire des rides du corps et préfère batifoler sur les plaines de l’esprit. Je ne sais pas si c’est l’absorption de 5 fruits et légumes par jour, la fréquentation du gourou Doris, ou la fréquentation de clubs libertins qui le maintiennent dans cette jouvence, mais le “parrain“ dégage une belle vitalité. Autrement dit : la carrosserie a beau être abîmée, le moteur ronronne ! L’amour, me souffle-t-on. Sans doute… Car le veuf s’est recasé (avec Darlène), la mort n’a pas eu le dernier mot, et à regarder les quelques photos qui m’ont été envoyées pour illustrer ce papier, je comprends mieux son sourire d’éternel jeune homme. Joli couple au passage…

Humaniste et positif

C’est lui qui était venu me récupérer à Sherbrooke, la veille de notre grand départ. J’étais monté dans sa voiture, une Volvo entretenue avec le plus grand soin. Ça sentait le parfum, ça respirait la propreté. Pas une miette sur les sièges en cuir. La voiture était comme le bonhomme : tirée à quatre épingles. Je me disais que son propriétaire devait être aussi lisse que cet habitacle aseptisé. Je me trompais. Jean-Marc n’était ni trop figé, ni trop sage. Sous ses cheveux gris, la couleur avait encore son mot à dire. Ça commençait par un regard vif et bleu, comme ce drapeau fleurdelisé si cher aux Québécois, à ce détail près que si son cœur était bleu, ses convictions politiques étaient rouges. Un fédéraliste, et fier de l’être. Ça tombait bien, Doris respirait la souveraineté, Jean-Marc ne faisait que rétablir l’équilibre !

En quinze jours de marche, j’ai appris à connaître – un peu – le gaillard, et chaque jour était une agréable surprise. Une personne qui le pratique depuis quelque temps me l’a décrit ainsi : « Un grand humaniste, qui a beaucoup de respect pour la personne. » Un grand humaniste doublé d’un motivateur-né (le correcteur automatique vient de me proposer mutilateur) m’a assuré ma source, en insistant également sur son positivisme chevillé au corps.

Ce spirituel qui croit en Dieu, et peut-être encore plus en l’Homme, a été bien inspiré de croiser ma route. Il ne m’a pas fallu longtemps pour le taquiner, et pour comprendre que je pouvais tout me permettre – enfin presque ! – avec lui. Sans relâche, en ne lui laissant aucun répit, jour après jour. Le jeune n’avait aucun respect pour l’ancien, lequel, loin de s’en émouvoir, s’est jeté corps et âme dans ce duel de générations. Car il me rendait la pareille. Je lui dois au passage ce surnom qui n’allait plus quitter sa bouche durant tout le périple : « le fatiguant ». Il avait cette façon bien à lui de prononcer ce mot, en prenant un air dépité…

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Il n’y a pas meilleur que l’amour pour contrarier la vieillesse…

Un épisode me revient à l’esprit, alors que nos venions de prendre nos quartiers dans une résidence étudiante du campus universitaire de Sainte-Augstin-de-Desmaures. Ce jour-là, Jean-Marc a eu la mauvaise surprise de constater qu’on lui avait dérobé son sac dans sa voiture, les portes n’ayant pas été verrouillées. Je crois me souvenir qu’il avait fini par dire que ça ferait peut-être un heureux, l’objet dérobé contenant essentiellement du linge. Il n’avait pas fait grand cas de cet imprévu fâcheux, préférant relativiser plutôt que dramatiser. Il positivait, la vie continuait… Il y avait effectivement des choses plus graves dans la vie.

Retraités farceurs

Le Godfather ne manque pas d’humour, comme Jean-Pierre, qui a vite soustrait à mes blagues d’éternel ado. J’ai savouré ces moments. Les gens qui jugent hâtivement les retraités, les personnes âgées ou les vieux, comme on les désigne parfois avec dédain, n’ont pas dû vivre les mêmes instants que moi. J’ai adoré, par exemple, les prendre la main dans le sac, alors qu’ils installaient un gros pot de fleur sur mon sac de couchage, dans le sous-sol de l’église de Donnacona. C’était leur façon de répliquer à mes petites surprises, de bonne guerre comme on dit. Je les provoquais, ils répliquaient (le retraité est rancunier). Je prenais en effet un malin plaisir à glisser toutes sortes d’objets dans leur lit de fortune (je n’ai pas osé le fromage qui pue bien fondant). Je me languissais de leur réaction, en pouffant comme un môme ravi de sa bêtise. Je me souviens aussi d’un autre soir, où Jean-Pierre s’est marré en pénétrant dans sa chambre au séminaire de Nicolet. J’avais recouvert son lit avec une chaise et un gros crucifix. Un gros bordel. J’avais vu plus gros mais une certaine urgence avait contrecarré mes plans. Bref, ça sentait la colonie de vacances, sauf que trois des trublions montrés du doigt étaient grands-pères. Par chance, JP n’était pas un puriste de la cause catholique, ce qui m’avait valu de rester en vie. J’avais mis ce capharnaüm sur le dos de Doris, mais le pot aux roses avait vite été découvert, le mot COUPABLE illuminant mon visage peinant à rester sérieux…

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Jean-Marc de dos. J’ai dû ralentir considérablement pour prendre cette photo.

Son truc : superviser !

Vu son âge canonique, Jean-Marc ne prenait jamais part à la totalité des marches. Et puis nous ne pouvions pas nous permettre de le voir s’élancer à 8h et arriver vers 23h (petit tacle, juste comme ça). C’est derrière le volant de la voiture-caravane-balai, confortablement assis, que j’ai pris conscience de son penchant pour la position de mâle alpha. Car cet ancien planificateur financier, qui a investi dans la pierre jusqu’en Floride (d’où mon amitié aussi soudaine que suspecte), aurait pu être un loup, de par sa propension à vouloir dominer, tout en ayant à cœur sa meute. Oui, Jean-Marc aime coordonner, superviser, mettre de l’ordre où il y a un peu de désordre, calmer les esprits, en bon négociateur. Ça ne fait pas un pli. Une âme de chef, en quelque sorte. Le soir où les hommes ont cuisiné pour les femmes, il avait pour tâche de préparer du pain à l’ail, ce qui n’a pas nécessité un investissement colossal, si vous voulez mon avis. Il fallait le voir se vanter à propos de cette entrée incompatible avec un dîner romantique. Un peu vantard sur les bords, le Godfather ? Sans doute… 🙂 D’autant qu’au même moment, notre Jean-Pierre mythique (lire le premier portrait) injectait toutes ses forces dans la préparation de pâtes à la sauce tomate et à la viande, comme si sa réputation de mascotte était en jeu. Il suait l’implication au-dessus de sa marmite, à une cadence de cuistot étoilé. Il fut d’ailleurs à ce point zélé qu’il fit preuve d’une certaine largesse dans la quantité des portions, à tel point qu’il a fallu offrir le surplus à une âme charitable, qui le redistribuerait à des familles dans le besoin. On évitait donc la poubelle, à mon grand bonheur, le gaspillage de nourriture me donnant, pour le coup, envie de gerber.

Je précise que Jean-Pierre n’était pas le seul à surchauffer. L’auteur de ces lignes, modeste cuisinier (et je suis indulgent avec moi-même !), se prenait à croire au miracle en concoctant une salade de fruits dont la perfection allait inspirer des propos si élogieux que, par modestie, je me refuse à répéter.

Une belle connection

Quand j’y repense, je me dis parfois que le Godfather était aussi un peu comme un “father“. Celui que je n’ai jamais eu – ou vu – et qu’il m’arrive parfois de reconstruire à travers des personnages marquants ou inspirants. Jean-Marc est de ceux-là. Son humour, son grand cœur, bref, sa personnalité m’ont touché. C’est lui qui a écrit sur mon diplôme de Compostelle québécois – une marque déposée – que j’étais un « jeune homme inspirant ». Je dois à ces quelques mots la reconstruction que j’étais venue chercher. On ne peut pas faire plus beau cadeau à une personne que de lui redonner confiance. L’amour m’avait jeté à la mer et c’est l’amitié qui me balançait une bouée.

Il fallait bien un merci pour ponctuer de belle manière ce portrait. Alors merci à toi, l’Irlandais de souche, ou devrais-je dire, le « vieux bœuf », un autre de tes surnoms, mais dont je ne suis pas l’inventeur. Il prend racine dans une histoire égrillarde où il est question de deux bœufs (un jeune et un vieux) qui reluquent un troupeau de vaches avec concupiscence. Ceci dit, je préfère tout de même ma trouvaille. Godfather tu es, et Godfather tu resteras. En espérant juste que cette prose à ta gloire t’enlèvera l’envie de me couler dans le béton…

Respectueusement,

Olivier.

Demain : la fin, the end (snif).

Jean-Marc dans sa position préférée : assis. (idéalement derrière une table avec des feuilles dans la main)

Jean-Marc dans sa position préférée : assis. (idéalement derrière une table avec des feuilles dans la main)

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2 replies »

  1. Tu parles bien de moi là ? Merci pour ce texte « inspirant ». Grâce à lui tu viens de t’éloigner temporairement du coulage dans le béton. Oui, temporairement…parce que, vois-tu fatiguant de Français que tu es, j’ai marché pas mal plus que tu ne le penses. On se revoit sous peu pour régler ça.

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