Sur le chemin… (fin)

Ça devait arriver. Même les bonnes choses ont une fin. J’ai passé la plupart de mes dernières soirées à rédiger ces textes, à puiser dans mes notes et ma mémoire pour tenter de raconter au mieux ce que j’avais vécu. Je me rends compte que l’exercice était presque aussi éreintant que le Compostelle québécois… En partageant mes aventures, je tenais à rendre hommage et à dire merci aux organisateurs et aux participants de cette marche. Je trouvais dommage de garder ça pour moi. Voici, pour terminer, au risque peut-être de me répéter, ce que je retiendrai de ces 15 merveilleux jours :

La bonne ambiance : on le sait, dans ce type d’aventure, on n’est jamais à l’abri d’une chicane. Un seul grain de sable peut enrayer la belle mécanique, une seule personne peut écorner la jolie carte postale. Dit plus trivialement : foutre la merde. Je peux dire, avec l’aval de nos bergers Jean-Marc et Doris, que ce cru 2014 fut très apprécié de ce point de vue. Et la présence de trois Français dans le groupe n’y a rien changé. 🙂

L’ouverture : je crois qu’il est important de préciser que le Compostelle québécois n’est pas un pèlerinage spirituel au sens religieux du terme. Croyants comme athées sont les bienvenus. Le respect d’autrui sert de socle à cette randonnée XXL sans a priori. Autre précision : qui dit Compostelle québécois dit confort rudimentaire, le lit se résumant souvent à un matelas de sol et un sac de couchage… Oubliez les auberges 4 étoiles avec jacuzzi et tutti quanti. Gageons qu’avec trop de confort, ce genre de marche perdrait de son charme. Pire : de son âme. Les organisateurs sont d’ailleurs très clairs sur ce sujet. Faut juste savoir lire et écouter !

La philosophie du Compostelle québécois : elle tient à la mentalité de ses figures de proue, qui privilégient l’humain avant la performance. J’en veux pour preuve que les 4 ou 5 personnes qui n’ont pas accompli la totalité du périple ont tout de même reçu leur diplôme. Doris et Jean-Marc ont ainsi voulu récompenser leurs efforts et cette envie d’aller au bout qui ne les a jamais quittés… Le contraire aurait été injuste. La notion de groupe était sauve. Bravo pour cette attitude pleine de classe !

Les larmes de Manon : la dame en a un peu bavé avec ses ampoules. À croire qu’elle les collectionnait pour nous. La solidarité ambiante et autres marques d’encouragement ont eu raison de sa cuirasse. Sa grande sensibilité a vite pris le dessus. Elle fut à la hauteur du courage dont elle a fait preuve pour boucler son défi.

Les sirènes Ginette et Francine : j’en oublie sûrement, mais ces deux-là vivent une grande histoire d’amour avec l’eau et le fleuve Saint-Laurent en particulier. Les jours où il fallait faire sans douche, la nature a pris le relais. Même Jean-Pierre y a goûté ! Et il n’avait pas les lèvres bleues. Oui, on peut se baigner dans le Saint-Laurent, plus breton que tahitien côté température… À toutes fins utiles…

Une mascotte nommée Jean-Pierre… : j’ai déjà tout dit sur ce descendant de Gaston Lagaffe. Drôle, attachant, humble… Le type de Français que les Québécois apprécient.

Un parfum champêtre : des maisons colorées, des villages pittoresques, un essaim de fermes, des tracteurs, des vaches… J’ai aimé notre immersion dans le Québec agricole. Authentique, forcément !

Les longues lignes droites : au Québec, les routes monotones et interminables font partie du paysage. Un excellent test pour jauger sa patience mais aussi son moral !

Le déluge précédant notre arrivée à Québec : par chance, cela n’a duré qu’une matinée. Grâce à cette pluie diluvienne, nos ponchos auront au moins servi à quelque chose. Le malheur des uns…

La météo : souvent ensoleillée, avec des températures parfois caniculaires. Pas mal pour un mois de septembre. La réussite de cette édition 2014 tient aussi à ce temps estival qui a accompagné nos foulées et embelli nos pensées.

Cap-de-la-Madeleine : grande fut ma surprise en arrivant sur ce site que je qualifie de Lourdes québécois. Je ne soupçonnais pas l’existence d’un tel lieu. Massif et reposant. Mérite le détour, au moins une fois…

Hélène et Denise : un duo inséparable, la même taille, et deux femmes transpirant la sympathie et la gentillesse. On les voyait partir, et on savait qu’on les verrait arriver ensemble. Elles ont bâti leur propre marche et ça leur allait bien. J’ai aimé la complicité de ce binôme et ce qu’il dégageait.

L’étape passant par Trois-Rivières : pour deux raisons. Pour la première fois de ma vie, ce jour-là, j’ai fait de l’autostop (pour franchir le pont Laviolette). Ce fut aussi notre journée la plus chaude, avec près de 40 degrés en température ressentie. Une horreur ! Ma pinte de cidre, éclusée à Trois-Rivières, n’en fut que plus agréable !

Couvre-feu à 21h : le problème avec les retraités, c’est qu’ils ont tendance à se coucher tôt (enfin pas tous !). Du coup, j’ai jamais autant aimé ma lampe frontale. Moi qui me couche en moyenne vers 1h du mat’, autant dire que le changement fut brutal ! Cela m’a en tout cas incité à me coucher plus tôt. C’est pas encore parfait mais je fais des efforts !

Les ronflements féminins : je vous rassure, ce sont les mêmes que les hommes. Parité totale ! Je ne cite personne mais les marcheuses visées  se reconnaîtront ! Nous avons fini par leur attribuer un espace attitré quand cela était possible, pour maintenir le bel équilibre de notre communauté. Un soir – c’était à Champlain – j’ai cru que notre sous-sol était en travaux, c’est dire ! Donc, les femmes ronflent. Je leur avais, jusque-là, laissé le bénéfice du doute, mais depuis cette fameuse marche, il s’est évaporé !

Les lamas : Ok pour les animaux. Les chevaux, les vaches, les ratons laveurs (même morts)… On s’y attendait un peu en pleine campagne. Mais croiser des lamas, et à deux reprises, beaucoup moins. Toujours exotique comme rencontre. Avec sa tête de dernier de la classe, son sourire romantique et sa diplomatie discutable (solutionner un conflit en vous crachant à la gueule), cet animal me fascine.

Le sac de Jean-Pierre : une insulte à l’équilibre !

La nuit à l’église de L’Avenir : dormir dans une église, cela n’arrive pas tous les jours. Que l’on soit croyant ou non, l’expérience est marquante.

La perte de deux ongles : il fallait bien que je laisse une partie de moi dans ce pèlerinage. Paraît que ça repousse. Chez le lézard, c’est la queue, chez l’Homme, les ongles. Et après on vient nous dire que la nature est bien faite !

L’arrivée à Sainte-Anne-de-Beaupré : pour la joie intérieure que cela procure, et les enseignements que vous en tirez. Au bout d’un chemin, il y a toujours une leçon à apprendre…

Avant de baisser le rideau sur cette belle aventure, je vous invite à cliquer sur le lien ci-dessous. Vous pourrez visualiser les photos que ce pèlerinage m’a inspiré. Un voyage par procuration. Mon petit dessert à moi…

https://www.flickr.com/photos/127294197@N02/sets/72157647946542702/

Voici aussi le lien pour voir les photos d’Hélène Grenier :

https://www.flickr.com/photos/7248552%40N08/15393984795/in/set-72157647779918881/?rb=1

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6 replies »

  1. Merci Olivier de tes mots si évocateurs, pleins d’images vivantes, remplis d’amour pour ces marcheuses et marcheurs, ces mots porteurs de nos fous rires. Merci de ces souvenirs de douces folies et de profonds passages. Merci de ces beaux et justes portraits de ces 3 hommes ‘pèle-reins’ comme le nomme Doris. Merci de nous offrir ce cadeau d’écriture qui m’a fait revivre et réinventer ce compostelle de septembre.
    Hallelujah… Tout va bien!

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  2. moi un ‘pèle-reins’ qui écoute du Ping Floy en marchant et qui charrie un Kodak pesant au moins un sac de patates de 5 livres…ça m’impressionne! …pis en plus y connait des mots a 5 piastres! lâche pas la patate Olivier pis bienvenue dans la terre promise! en espérant que tu trouves ta ‘cabane au canada’ dans ton cœur d’écrivain! bonne chance et merci pour ce remarquable partage!

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    • Doris : ce partage est remarquable car le Compostelle québécois l’a été… Les cons ont toujours fait avorter mon inspiration. Mais les gens bien l’encouragent ! 😉

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  3. Super ce blog!!!! je suis le fils de Jean Pierre et ta description de mon père est parfaite, félicitation, c’est vraiment très bien écrit on rigole tout le long.
    PS:Mon père m’avait parlé d’un « bog » mais c’est bien un « Blog »

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  4. Estomaqué! Fatiguant tu a été… Talentueux tu es. Un fatiguant talentueux, quoi. Cela combiné à un écrivain et un photographe hors-pair. Merci d’avoir gravé en notre mémoire, lettres et photos à l’appui, notre Compostelle québécois Rive-Nord 2014

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